Compte-rendu
du petit déjeuner
Compte-rendu du petit déjeuner du 5 mai 2009 avec Corinne Lepage, vice-présidente du Modem, tête de liste du Modem aux élections européennes du 7 juin prochain.
par Laurent Samuel
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Photo © Richard Varrault
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Corinne Lepage nous prie d'abord d'accepter les excuses de Yann Wehrling, N° 3 de la liste du Modem dans la région nord-ouest. Pour la petite histoire, les JNE l'avaient reçu il y a quelques années lorsqu'il était secrétaire national des Verts, en compagnie de Dominique Voynet, qui ne l'avait guère laissé s'exprimer.
Corinne Lepage précise d'abord que son mouvement Cap 21 est un parti consititutif du Modem, à l'intérieur duquel il bénéficie d'un statut d'autonomie et d'une expression indépendante. A ses yeux, le Modem est aujourd'hui sur sa ligne de "développement soutenable", ou, plus exactement d'"évolution soutenable" (voir son livre « Vivre autrement », aux éditions Grasset). Les nouveaux adhérents, en parrticulier, sont très sensibles à ces thèses, à la différence de certains anciens UDF.
Corinne Lepage affirme ensuite avoir refusé de participer à la liste Europe-Ecologie (comme, auparavant, au gouvernement Sarkozy en 2007 via Bernard Kouchner) pour deux raisons :
- le manque de cohérence de cette liste, la multiplicité des courants intellectuels qui la constituent, de Daniel Cohn-Bendit, dont elle se dit "intellectuellement proche", à José Bové.
- l'absence de stratégie à moyen terme, de projet pour l'après 7 juin (date des élections).
Pour autant, Corinne Lepage espère travailler avec les élus d'Europe-Ecologie au Parlement européen, et "s'entend très bien" avec Hélène Flautre, tête de liste Europe-Ecologie dans la région nord. Leur principale divergence porte sur la laïcité et le refus du communautarisme, thèmes centraux pour Corinne Lepage.
Elle espère avoir 2 ou 3 élus Cap 21 parmi les élus du Modem.
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| Photo © Richard Varrault |
La discusson aborde ensuite la crise économique, qui peut être un "levier de transformation", le projet de circuit de F1 à Flins, qui "empêche des agriculteurs bio de s'installer" et les lois Grenelle, pas près d'être votées par le Parlement frrançais.
Ses priorités au Parlement européen seront :
- le paquet climat-énergie
- la politique de prévention santé
- la très importance directive sur les sols, en cours de discussion
- la fiscalité verte
- la gestion du progrès scientifique et de l'expertise
- les nanotechnologies, pour lesquelles Corinne Lepage souhaite une réglementation "de type Reach".
Sans oublier la composition de la future Commission européenne, pour laquelle elle rejette une nouvelle présidence Barroso en raison de son "orientation libérale".
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Agriculture biologique
Compte-rendu du petit déjeuner du 23 mars 2009 avec Vincent Perrot, délégué général de la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique des régions de France
Par Nathalie Giraud
2009, année charnière avec le nouveau règlement bio européen et l’annonce d’une nouvelle marque française bio.
Contexte : la France ne compte que 2% de terres agricoles biologiques et l’objectif du Grenelle de l’Environnement est de passer à 6% en 2013. La FNAB compte 7000 producteurs bio pour 11000 en France. La région Rhône-Alpes est en tête.
Quels sont les moyens mis en œuvre pour réussir à tripler la surface ?
Les aides à la conversion en bio : les aides dont les demandes sont déposées pendant les premiers mois de l’année sont jugés le 15 mai. En 2008, le ministre de l’agriculture Michel Barnier a donné 12 millions d’euros supplémentaires en plafonnant le montant des enveloppes. Ce qui était multiplié par deux, soit un montant de 25 millions d’euros, grâce à l’Union Européenne : « Michel Barnier (qui quitte le Ministère en mai) a fait un bon boulot, il a fait bouger les lignes. C’est important. Mais il reste beaucoup d’incertitudes que l’on espère régler dans les mois qui viennent. » Pour l’instant, l’enveloppe supplémentaire pour la conversion au bio reste faible.
La PAC (la politique agricole commune) et l’agriculture biologique
La PAC a deux piliers : primo, le développement rural, dont les besoins agro-environnementaux sont financés à 100% par Bruxelles. Les aides directes sont données en fonction de la production effectuée. Secundo, en 2007, la nouvelle PAC inclut dans le plan de développement rural l’aide à la reconversion bio et une aide au maintien qui vient après l’aide à la reconversion. L’Etat répartit autoritairement dans chaque région et ce sont aux régions de décider là où elles distribuent les enveloppes. En 2009, les regroupements régionaux savent qu’il va y avoir des reconversions mais plutôt de petites surfaces, accentuées sur la production de plantes aromatiques et médicinales. L’orientation des aides à l’agriculture menacée en France semble aller vers un chemin plus durable. La FNAB attend les mesures apportées à l’agriculture biologique.
Ce qui fait défaut
- La vision faussée vis-à-vis du bio : « pour certains, la bio fait peur car ils pensent que c’est encore l’agriculture de papa, alors que la bio, c’est très pointu. »
- « Avant, la bio c’était pas valorisant. En revanche, les biotechnologies étaient valorisantes, elles faisaient l’objet de publications scientifiques… »
- « S’il n’y a que des petites surfaces qui se reconvertissent, on n’y arrivera pas. »
Les actions à mener
- Il existe des expériences en région pour faire passer le savoir aux conventionnels. Des agriculteurs sont formés pour changer de méthode de désherbage par exemple. « Nous, on préconise une promotion plus importante tout comme les aides. Il faudrait une possibilité de transfert quand une région n’utilise pas l’enveloppe, l’utiliser ailleurs pour la bio, ce qui n’est pas le cas. »
« Il y a une promotion à faire pour pousser les agriculteurs : c’est une voie d’avenir pour que la bio s’installe. Le problème, c’est que les petits volumes sont disséminés sur le territoire. »
- Mieux vaut qu’un producteur produise pour nourrir ses volailles qu’acheter cette alimentation ailleurs : ça coûte moins cher.
- Relocaliser pour développer le lien au sol. Il faut arrêter les animaux hors-sol nourris au soja chinois !
L’exemple de la Suisse
Leur politique agricole est différente du système européen. Ils payent leurs agriculteurs en fonction de leur respect de l’environnement. C’est une rémunération de reconnaissance pour les bénéfices environnementaux.
Les OGM
La réglementation européenne autorise 0,9 % de contamination accidentelle en bio. Mais la contamination se retrouve aussi dans l’alimentation des animaux. Les contrôles sont parfois mal faits. Il doit y avoir des mesures correctives. Par exemple, il n’y a pas de mesures pour les 300 mètres de distance entre une surface bio et une non bio. Mais jusqu’à maintenant, les parcelles OGM ont été isolées. C’est la haute autorité qui décidera de la coexistence. Mais comment organiser une coexistence qui permette de rester à O contamination ? A la FNAB, cela a déclenché la volonté de faire appel à un identifiant privé pour montrer aux consommateurs que les pratiques de ce producteur visent à refuser les OGM. Il sera demandé qu’il fasse son possible pour revenir à O contamination l’année d’après. Il est important de montrer l’approche systémique de l’agriculture bio : de la même manière que l’on ne traite pas une maladie juste sur la maladie mais dans l’ensemble de l’organisme, la bio est opposée aux produits chimiques. Il existe plein d’inconnu concernant les OGM car les nouvelles résistantes ne vont-elle pas engendrer de nouvelles mutations dans la plante ? Par exemple, aux Etats-Unis, ils ont dû arrêté certains cultures car se fixer O OGM, c’était impossible. En France, il y aura certainement un combat à mener sur les OGM.
La lutte pour les semences
Pour qu’une variété de végétaux continue sa vie, il faut des échanges, qu’elle s’adapte à différents terroirs, sinon elle s’appauvrit. Les pratiques développées aujourd’hui sont trop souvent liées à l’urgence, la rapidité, utilisant la contre-saison. Il faut une meilleure adéquation entre génétique et environnement. Certains semenciers sont créateurs et producteurs de variétés bio et non bio, tel le groupe Limagrain.
Les fondamentaux de la bio sont toujours valables :
- Durabilité, lien avec les consommateurs
- Juste prix pour les productions
- Santé des consommateurs
- Santé des écosystèmes
Une nouvelle marque bio
Le nouvel identifiant français bio est en projet depuis 2007 et qui sera mis en application le 1er janvier 2010. Une charte sera signée. Son engagement vise, entre autres, à éviter les contaminations avec l’obligation de faire diagnostic de son engagement, à régler le problème des emballages… Cela répond aussi aux objectifs qui ne sont pas pris en compte par le règlement européen.
En France, il n’y a pas encore d’organisation qui rassemble les inter-professions et toute la filière, comme en Allemagne. On travaille avec d’autres collègues européens (suisses, belges, allemands…), mais certains veulent aller vers leur démarche. Mais des partenariats sont prévus.
On va améliorer les échanges avec les agriculteurs de Biocoop par exemple. On va renforcer le travail avec la viticulture. On va développer la formation.
La bio a l’ambition de s’implanter partout mais pas avec une vision exportatrice.
vperrot@fnab.org- www.fnab.org
Merci à la mairie du 2e arrondissement de Paris pour son accueil.
OGM et pesticides
Compte-rendu du petit déjeuner du 10 mars 2009 avec Gilles-Eric Séralini, responsable scientifique du CRIIGEN (Comité de Recherche et d'Information Indépendantes sur le génie GENétique)
Par Laurent Samuel
Gilles-Eric Séralini, biologiste à l'université de Caen, a d'abord rappellé que le CRIIGEN a été fondé en 1999 par plusieurs personnalités, dont Corinne Lepage et Jean-Marie Pelt, pour imposer une expertise indépendante sur les OGM. Sa passion : comprendre comment les polluants en conjonction peuvent avoir des effets sur notre santé, même au dessous des seuils autorisés. Pour lui, la vraie question n'est pas les risques des OGM, mais « que fait-on pour connaître les risques des OGM ».
Gilles-Eric Séralini nous a présenté le rapport remis en décembre 2008 par le CRIIGEN aux autorités européennes sur la réorganisation de l'EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments). Ce rapport met en avant trois points essentiels : expertise contradictoire ; tests plus longs sur les OGM en attente d'autorisation ; accès à l'ensemble des données scientifiques.
Gilles-Eric Séralini a également évoqué le récent rapport du CRIIGEN sur la toxicité du bisphénol A, ainsi que ses études passés sur le Roundup ou le maïs OGM MON 863 de Monsanto. Un débat s'est engagé sur la validité scientifique de ces travaux, réalisés, faute de moyens financiers suffisants, sur de petits échantillons de rats.
Enfin, Gilles-Eric Séralini a présenté son dernier livre : « Nous pouvons nous dépolluer » (éditions J. Lyon). Idée de base : notre organisme recèle un « système éboueur » qui permet de le détoxifier. Selon lui, des gènes activeraient des enzymes qui élimineraient tel ou tel polluant. Dans cette perspective, ce biologiste teste certaines plantes ou composés à base de plantes susceptibles de nous « détoxifier ». Un domaine de recherche qui gagnerait à l'évidence à être développé...
Pour en savoir plus : www.criigen.org
Formation/débat JNE sur Darwin
Par Marc Giraud et Jean-Baptiste de Panafieu
Le 8 janvier, Jean-Baptiste de Panafieu (auteur de « Evolution ») et Marc Giraud (« Darwin, c'est tout bête ») ont exposé les principes de la théorie darwinienne devant une vingtaine de membres des JNE, de l'AJE (association des journalistes de l'environnement) et de l'AJSPI (association des journalistes scientifiques de la presse d'information). MG en a d'abord résumé les principes : 1) les animaux présentent des variations, 2) il naît plus d'individus que le milieu ne peut en nourrir, 3) seuls les plus aptes se reproduisent et transmettent leurs caractères. L'évolution se situe donc au niveau des espèces et non des individus.
Ce qui a choqué le monde est la notion de hasard : les variations apparaissent de manière imprévisible, puis sont triées par les contraintes du milieu, c'est la sélection naturelle. Il n'y a chez les êtres vivants aucune tendance spontanée à « s'adapter », comme le suggérait Lamarck, et les caractères acquis ne sont pas transmissibles. Notre vocabulaire est truffé de pièges, notamment le mot « évolution », qui suggère un déroulement vers un but, un dessein (l'évolution fonctionne en ramifications, il n'y a pas de « lignée »). JBP prend l'exemple de l'ours polaire, qui n'est pas devenu blanc « pour » être discret sur la neige. La mutation blanche est apparue et a été sélectionnée. Une autre mutation blanche existe d'ailleurs chez des ours noirs, dont les individus portent un pelage blanchâtre. On assiste peut-être à la naissance d'un nouvel ours blanc. L'évolution bricole avec ce qu'elle a : les plumes sont apparues avant le vol, pour des raisons probablement thermiques ou de parades nuptiales. Les êtres qui en étaient pourvus s'en sont servis ensuite pour voler. Il n'y a pas non plus de « progrès » ni de complexification systématique. MG rappelle que les parasites évoluent parfois en êtres simples et perdent de nombreux organes. D'autres formules se révèlent être des pièges. La « théorie » de l'évolution est une théorie dans le sens scientifique, elle n'est pas qu'une simple hypothèse. Elle est étayée par les faits.
JBP décrypte la formule « la nature est bien faite », qui sous-entend une notion d'équilibre idéal, voire de conception religieuse de la science. Des physiciens s'emparent de cette notion pour l'appliquer à l'univers, mais ils ne sont pas des biologistes de l'évolution. En réalité, la nature est pleine de tentatives et de ratages. Notre œil, dont les créationnistes prétendent qu'il n'a pu qu'être créé en une seule fois, est un rafistolage illogique plein d'imperfections. Lapalissade : tout ce qui ne marche pas a été éliminé. Seuls restent les êtres ou les organes viables, d'où cette impression fausse que tout fonctionne miraculeusement. D'autre part, les écologistes parlent facilement d'« équilibre » à préserver, alors qu'on ne constate qu'un ensemble de déséquilibres en perpétuel bouleversement. Des catastrophes inimaginables ont déjà eu lieu sur terre, les changements dus à l'homme sont bien moindres et la nature continuera de vivre. Ce qui n'empêche pas d'être préoccupé par la disparition de la biodiversité, dont on empêche l'évolution.
Après quelques échanges sur l'évolution de l'homme – qui n'a aucune raison de voir grossir son cerveau ni de perdre son petit orteil – MG dit quelques mots sur l'autre scandale de la théorie de Darwin : l'animalité de l'homme. La peur de l'anthropomorphisme, encore très présente aujourd'hui, a elle aussi des bases religieuses, la Bible ayant énoncé que l'humain est un être à part. D'autres questions passionnantes sont débattues. Une conférence sur Darwin aura lieu au Mardi de l'Environnement du 3 février avec des thèmes différents, plus axés sur l'aspect naturaliste de terrain qu'était Darwin, ainsi que sur nos nouveaux rapports avec les animaux, trop souvent oubliés dans les ouvrages sur la théorie darwinienne.
Kalaweit, du rêve de l'enfant à la passion de l'adulte
Compte rendu du petit déjeuner du mardi 28 octobre 2008 avec Aurélien Brulé
Par Richard Varrault
Du rêve à la réalité
Pour Aurélien Brulé, tout commence à l'âge de 13 ans. Il s'intéresse alors aux gibbons. Cette espèce est présente dans un zoo du sud est de la France près du domicile familial. Il y passe de longs moments à les observer, s'attache à eux et décide de défendre cette espèce de grands singes.
Aurélien ne s'explique pas lui-même cette passion. Sans doute est-elle venue de la lecture des livres de Jean-Yves Collet, écrivain, cinéaste animalier et membre des JNE qui a notamment participé au tournage du film « Le peuple singe » (1986-1989). Après avoir envoyé 7 lettres au cinéaste, notre jeune passionné finit par obtenir une réponse et rencontre l'écrivain au retour d'un de ses voyages à Bornéo. Fort de cet entretien et muni d'une lettre de recommandation, il peut alors librement aller étudier les gibbons du zoo.
De ces observations sortira un livre qu'il publie à l'âge de 16 ans : « Le gibbon à mains blanches ». Les échos de cet ouvrage, via la presse locale, arrivent jusqu'à Muriel Robin qui deviendra sa « marraine » et lui donnera son premier coup de pouce pour l'aider à concrétiser son rêve : partir pendant un an pour commencer les premiers repérages dans les forêts asiatiques. Ce voyage le conduit d'abord au Myanmar puis à la frontière de la Thaïlande et du Cambodge.
C'est dans l'avion, de retour en France, à la lecture des journaux qui relatent de gigantesques incendies et plus d'un an de sécheresse en Indonésie, qu'il fait le choix d'aller vivre dans ce pays.
Entre temps, Chanee -gibbon en thaï- aura passé son bac et complété ses connaissances, durant 6 mois, au centre de primatologie de l'université Louis Pasteur de Strasbourg.
En 1998, il se rend à Bornéo et se rend compte qu'il y a énormément de gibbons captifs. Ils servent au trafic local : les petits sont enlevés à leurs mères pour servir d'animaux de compagnie. Ce grand singe vit difficilement en captivité. Vers 6-7 ans, arrivé à sa maturité, l'animal devient agressif. Il est alors tué ou mis en cage et finit par mourir. Alors qu'à l'état sauvage, le gibbon vit au minimum 30 ans.
En mai 1998 (démission du président Haji Muhammad Suharto sous la pression de la rue), après un mois de négociation avec les administrations, Chanee obtient les autorisations nécessaires pour monter un projet dans la province centrale de Kalimantan à Bornéo. Il s'agit d'un protocole d'accord de coopération internationale, valable 5 ans, entre le ministère des forêts et Kalaweit –gibbon dans un dialecte de Bornéo-, association française régie par la loi de 1901, créée par Chanee.
De la réalité à l'engagement
Dix ans plus tard, Kalaweit peut s'enorgueillir d'avoir recueilli 300 gibbons, sur deux sites inscrits dans le programme de réhabilitation visant à les relâcher dans la forêt : le premier site à Bornéo, créé en 1998, le second à Sumatra en 2003. Kalaweit, c'est aussi une cinquantaine de personnes à temps plein et un manager pour chaque projet.
Toutefois sauver les gibbons ne suffit pas si la forêt disparaît. L'association a donc développé tout un travail avec les populations locales, dans la réserve de 4 000 ha à Bornéo comme dans celle de 1 000 ha à Sumatra.
A l'heure actuelle, des protocoles d'accord sont signés avec environ 1 000 familles. Chaque protocole définit la zone à protéger, délimitée par les familles elles-mêmes, en fonction, par exemple, des cultures traditionnelles. Une fois que les familles ont signé le protocole, chaque village le signe à son tour, puis le chef de district et finalement le gouvernement de la province ou de la région. Comme d'une manière générale les hommes politiques suivent les souhaits des populations, l'association Kalaweit est arrivée à créer ces réserves protégées.
En contre-partie d'une exploitation non destructrice de la forêt, Kalaweit s'engage à apporter une aide médicale, voire financière et dans certains cas une aide à la création d'écoles.
L'objectif est de travailler sur des microprojets, très concrets, au plus près des réalités du terrain.
Chanee a également apporté une réponse originale aux problèmes du trafic des gibbons et de la déforestation en créant la radio Kalaweit FM qui émet 24h/24 en bande FM à Panrakaryanan dans la partie centrale de la province du Kalimantan. Cette radio, destinée aux 15-25 ans diffuse essentiellement de la musique. L'animateur ne parle pas d'environnement, ni des singes, mais la radio diffuse 5 messages « choc » d'une minute sur l'environnement. Par exemple l'écoute de l'agonie d'un orang-outan, ou des messages destinés aux propriétaires terriens pour qu'ils ne vendent pas leurs terres aux compagnies d'huile de palme.
Aujourd'hui, 60% des animaux apportés à l'association le sont par des auditeurs et ces derniers font pression sur leur voisinage s'ils apprennent que quelqu'un garde un gibbon captif. Cette radio marche tellement bien qu'à l'heure actuelle l'association est en train de créer une télévision locale (façon MTV) avec deux messages visuels et un texte « choc » déroulant en permanence.
L'association qui ne vit que de dons et du soutien de fondations dispose d'un budget de 250 000 euros par an. Ces soutiens viennent essentiellement d'organisations étasuniennes, il s'ensuit que l'identité française de l'association se dissout progressivement.
A titre d'exemple, ce sont des fonds venus des Etats-Unis et de la BBC qui vont permettre à l'association de tourner un film d'une heure et de réaliser une série télévisuelle en 36 épisodes. Là où France Télévision a tout refusé, les partenaires anglo-saxons se sont décidés en 10 jours. Film et série seront diffusés à partir de septembre 2009.
Chanee est un explorateur téméraire. En septembre 2008 il s'est fait larguer par un hélicoptère dans la zone forestière d'altitude (de 700 à 1 500 m) encore vierge, des montagnes de Muller, au nord de Bornéo. Il y a vécu un séjour difficile d'un mois, sans téléphone satellite ni moyen de communication. Mais le résultat est là : Chanee a constaté qu'il existe encore des zones pratiquement vierges de toute présence humaine avec des écosystèmes préservés, tant que les sociétés qui prospectent l'or, ou des minerais rares, ne mettront pas leur dévolu sur elles !
Le projet d'une expédition avec plus de moyens est déjà programmé pour 2009.
Pour conclure, il faut souligner la ténacité et l'engagement de cet homme depuis l'âge de 16 ans, aujourd'hui âgé de 29 ans, son courage et ses qualités d'adaptation. Ces caractéristiques sont d'autant plus remarquables que Chanee a dû, et doit encore, affronter la corruption au quotidien, de même qu'être blanc est pour lui un handicap supplémentaire dans cette Indonésie pleine de subtilités difficiles à appréhender « de l'extérieur ».
Là encore, il faut souligner que notre invité a su faire son propre chemin : il a appris la langue locale, s'est marié à une indonésienne aux côtés de laquelle il vit sur place presque toute l'année et est devenu père de famille.
En savoir plus .

Carte : CIA, The World Factbook, Indonesia, updated on 4 December 2008

Les livres de Chanee :
Vocation nature – Notre combat pour la survie des singes
Chanee & Robin, Muriel avec la collaboration de Yves Pacelet Arthaud, 2007
Bornéo, au nom de la vie
Les presses du Midi, 2004
Le gibbon à mains blanches
Les presses du Midi, 1999
Sites Internet :
http://www.kalaweit.org : le site de l'association
http://www.kalaweitfm.com : Kalaweit Radio, 99,1 FM à Palangkaraya “Hits Music Station”
http://chaneekalaweit.blogspot.com : le blog de Chanee
http://www.murielrobin.net/050500.htm : la page du site de Muriel Robin et Kalaweit
Petit déjeuner « loi Grenelle » le 22 octobre 2008, à la mairie du 2 nd arrondissement
Par Nicole Aussedat
Arnaud Gossement, porte-parole de la FNE
Guillaume Llorca, responsable investigation du WWF-France
Au lendemain du vote à la quasi-unanimité (moins les Verts et les Communistes), le WWF et la FNE ne crieront victoire que lorsque la loi Grenelle 2 sera votée car la loi Grenelle 1 est une loi de programme, une loi-cadre qui nécessite une application concrète.
Cependant, la FNE semble plutôt satisfaite. « Bien sûr le compromis du Grenelle a des faiblesses, ce n'est pas un idéal, mais la mobilisation et le travail fournis ont été hallucinants ».
Points forts et les points faibles
Arnaud Gossement cite les avancées qui comptent à ses yeux :
l'inversion de la charge de la preuve, qui met le choix de l'écologie en priorité dans les procédures de décisions,
La compensation de la biodiversité, un enjeu gigantesque. Le coût de la destruction de l'environnement était déjà évoqué dans la loi de 76, mais n'avait jamais appliqué.
Mais sur Climat-énergie, rien de nouveau, sauf une augmentation à 23% de réduction des GES en 2020 au lieu de 20%, et de 50% dans les DOM-TOM. Cependant, la définition des énergies renouvelables est plus juste, beaucoup de députés ayant réalisé que les centrales à charbon qui compensaient les pics de consommation reléguaient le nucléaire dans les énergies non renouvelables.
Guillaume Llorca pour le WWF estime que l'eau et les déchets, des sujets transversaux, sont les parents pauvres de cette loi, de même que ce qui concerne la santé et l'environnement. D'accord, on parle de pesée embarquée pour les déchets, mais on accepte aussi de nouveaux incinérateurs en qualifiant même les déchets d'EnR.
Arnaud Gossement estime que, sur l'eau, il faudrait déjà appliquer le droit communautaire, et que ce sont les sites et sols pollués qui ne sont pas assez pris en compte dans le Grenelle.
Enseignements du Grenelle
Guillaume Llorca estime que les parlementaires ont pris leurs responsabilités, alors qu'on craignait qu'ils invoquent leur absence du Grenelle pour se défausser. Beaucoup en tant qu'élus locaux y avaient participé dans le collège des collectivités locales, et par leur travail et leur vote ils ont prouvé leur implication.
Dans la loi Grenelle 2 plus spécialement dédiée à l'urbanisme, il faudra sans doute inclure une réforme des institutions ; quand on voit par exemple la multiplication des Plans Climat qui fleurissent aux différents échelons, de la commune à la région, on se dit qu'il faut tout réorganiser. De plus, les élus ont une vision à court terme (leur mandature) alors que le développement durable exige une vision à 25 ans.
Le Conseil économique et social qui va devenir aussi « environnemental » et s'appellera le CESE, intègre déjà 2 observateurs, de la FNH et la FNE. Plus généralement, la nouvelle gouvernance à 5 est encore embryonnaire, mais comme le Président français a énoncé que l'avis des 5 collèges supplantait désormais les arrêtés préfectoraux, les règles de représentativité des ONG dans les institutions seront probablement débattues dans un « Grenelle 3 ». Ce qui reporte la création de la Conférence des parties prenantes prévue à l'article 1 à l'été prochain.
Arnaud Gossement ne souhaite pas que l'enjeu économique continue de s'opposer à l'enjeu écologique, et d'ailleurs la fiscalité écologique n'apportera pas d'argent à l'Etat. Bercy n'ayant pas voulu participer au Grenelle, progressivement, le MEEDDAT a dû lui-même essayer d'avoir une vision globale du financement des mesures du Grenelle.
Le Grenelle nous a permis de connaître les autres mondes – syndicats, patronat - (dit le WWF) et nous a aussi appris que désormais le lobbying devait se faire à l'échelon européen (dit la FNE). Il ne nous a pas apporté de nouvelles subventions, seulement des défraiements normaux pour les frais de déplacement.
Les relations entre les différentes associations durant le Grenelle se sont articulées autour des thèmes abordés, et ne s'en sont trouvées ni améliorées, ni détériorées.
En conclusion, citons Arnaud Gossement qui met en avant « le Grenelle invisible, tous ces jeunes actifs qui ruent dans les brancards et veulent changer de job, cette explosion de la société civile ». Selon lui, l'écologie semble reprendre les rênes, alors qu'elle s'était peut-être fourvoyée en politique. Au-delà d'une loi de programme, le Grenelle, c'est un véritable séisme !
Le WWF estime que 10% de sa masse salariale (83 salariés et un budget de 12 millions d'euros) ont été investis dans le Grenelle, que plus généralement, la communication coûte de plus en plus cher (30% de l'ensemble) par rapport aux programmes. L'Europe finance 20% du total, les entreprises 23% et les adhérents le reste.
La FNE (3000 associations) gère un budget de 2 millions d'euros, dont 60% d'origine publique, pour 32 salariés, et malgré l'ouverture à des financements d'entreprises, le partenariat coûte souvent plus cher qu'il ne rapporte. Il est difficile car il n'y a pas plus incontrôlable qu'un écolo ! La communication n'est dotée que de 10 000 euros par an.
Calendrier : L'examen de la loi Grenelle 1 au Sénat a été reporté en janvier 2009.
21 mai, au siège du Conservatoire du Littoral
Petit déjeuner avec Jérôme Bignon, député de la Somme, Président du Conservatoire du Littoral et de l'Agence des Aires Marines Protégées,
et Emmanuel Lopez, directeur du Conservatoire.
Illustrant le mot de Jean-Louis Borloo soufflé par Emmanuel Lopez déclarant que le Conservatoire est le « plus grand musée vivant de France », Jérôme Bignon cite les 30 millions de visiteurs annuels (pour 10 au Louvre), pour ces « biens communs mis hors marché ». Le Conservatoire possède 113 000 ha sur près de 800 sites, une superficie qui a doublé en 10 ans et court sur 11% de la côte hexagonale, sans oublier les DOM et les TOM.
Au niveau des ressources, le Conservatoire s'est vu en 2004 attribuer la taxe de francisation des bateaux de plaisance « pour les 30 ans du Conservatoire », ce qui lui rapporte désormais 36 M d'€ par an, attribution qui doit être conservée dans le temps.
Au niveau de la loi, celle du 27 février 2002 donne des possibilités de « profondeur vers la terre, et de profondeur vers la mer » en autorisant notamment à créer des zones de préemption par arrêt préfectoral. Dans ce cas, le Conservatoire vient juste après le département, qui, s'il acquiert le terrain, ne peut faire que du portage foncier au profit du conservatoire. L'expropriation est toujours possible et utilisée en moyenne dans 10% des cas. Les acquisitions à l'amiable ont tendance à baisser en pourcentage.
Cette loi de 2002 autorise désormais le Conservatoire à intervenir sur le domaine public maritime. Ex de Chausey : 6 ha émergés ou 5000 ha d'estran quand la marée est basse ; le Conservatoire en est désormais attributaire pendant 30 ans - ce qui lui permet de démontrer que sa gestion est bonne ! A Chausey, l'Etat reste propriétaire, et le Conservatoire est devenu le médiateur de l'espace littoral.
Autre exemple de profondeur vers la terre cette fois, l'acquisition du domaine de Regnière-Écluse dans la vallée de la Maye, en Somme, assez loin dans les terres, mais en lien biologique avec le littoral, donné par le dernier descendant avec un montage type « National trust » (ouverture au public et comme souvent dans le cas du Conservatoire, usage social de l'endroit).
Le Conservatoire assure également un rôle de gestion raisonnée avec les agriculteurs : 6000 conventions sont signées avec eux, pour limiter le gros bétail, les intrants, dans les principes d'une agriculture raisonnée a minima, bio a maxima (pour 20% des cas officiellement, plutôt 30% en réalité). Le Conservatoire aide ainsi à la reconquête par l'agriculture extensive de terres qui étaient exploitées en intensif ; en contrepartie, il soulage l'agriculteur des impôts fonciers et de certains travaux d'aménagement. L'homme est bien au centre de cette démarche de développement durable.
Le public confond souvent le Conservatoire avec la Loi littoral, qui, elle, est un instrument au service des maires pour mieux gérer leurs côtes - Jérôme Bignon estime qu'elle est pleinement efficace dans le cas des intercommunalités. Le public a tout de même une bonne perception de l'action du Conservatoire malgré sa signalétique discrète.
Le rapport qui a précédé la création du Conservatoire visait à un tiers de la côte en naturel. Actuellement, l'objectif du Conservatoire est de gérer 250 000 ha en 2050, sachant que le plus facile est fait. Se pose alors une dernière question : le Conservatoire va-t-il intensifier sa politique de reconquête par une destruction du bâti pour tendre cers cet objectif ? Clairement oui, et « c'est une leçon d'espérance à notre époque très pessimiste » ; la procédure est coûteuse, certes, mais chaque année sont démolies une trentaine de constructions sur la côte ; l'objectif du Conservatoire est de réaliser au moins une opération à grande échelle par an, comme celle de la Pointe du Raz.
Jérôme Bignon a d'autres attributions : il est également président de la nouvelle Agence des Aires Marines Protégées créée en 2006, et qui a pour but de créer et de gérer des aires marines protégées sur les 200 miles marins , en suivant la politique ambitieuse confirmée par le Grenelle. Une synergie remarquable avec les missions du Conservatoire.
Non chasseur, il est également président du groupe chasse de l'Assemblée nationale, et évoque la réunion qu'il organise au Conservatoire avec les chasseurs, les ONG d'environnement et les administrations le 22 mai, dans cette logique d'asseoir tous les partenaires qui gèrent les espaces naturels autour d'une table ; les conflits d'usage lui semblant préhistoriques, il affirme que l'unique chance de construire la chasse du 21 ème siècle est de régler les problèmes en se parlant enfin.
Petit-déjeuner JNE/ADEME
Le 17/01/08
Les nouveaux habits de Brice Lalonde
Dans le cadre de leurs petits déjeuners avec l'ADEME, les JNE ont reçu le 17 janvier dernier Brice Lalonde, ambassadeur des négociations sur le changement climatique, sur le thème : " A quoi sert un ambassadeur du climat ?" L'ex-ministre de l'Environnement répond que son rôle est à 70 % tourné vers l'extérieur et consiste à préparer et porter la voix de la France dans les réunions internationales sur la lutte contre le réchauffement. Le reste de son temps est consacré à des actions « internes », notamment pour sensibiliser au problème les entreprises françaises.
Brice Lalonde explique qu'après Bali, le calendrier est très chargé, avec en particulier une réunion de 17 pays industrialisés les 30-31 janvier à Honolulu, à l'invitation du Président Bush. Il souligne qu'à Bali, les Etats-Unis ont, pour la première fois, accepté de « considérer sérieusement » une réduction mondiale de 50 % des gaz à effet de serre d'ici à 2050. Tout le problème est de transformer cette bonne intention en objectifs chiffrés. Or, le temps est très court entre l'entrée en fonction du futur Président (e) et la conférence de Copenhague, en décembre 2009. De plus, aux Etats-Unis, personne ne se déclare pour Kyoto, même chez les démocrates. En revanche, le cap and trade (marché des permis d'émission) est en train de s'imposer, car la majorité des entreprises est pour. Ainsi, un tel marché se crée entre la Norvège, la Nouvelle-Zélande et certains Etats américains.
Brice Lalonde regrette que l'Europe ne dispose pas d'une équipe de négociation communautaire pour les réunions de type Bali. Il souhaite que la France travaille davantage avec les pays en voie en développement. Pour lui, il faudrait aussi associer les villes au processus post-Kyoto.
Tout au long du petit déjeuner, il est clair que le nouvel ambassadeur se plie à contrecoeur à la réserve diplomatique, notamment quand il est question de la position de la Russie... Visiblement, l'ancien leader de Génération Ecologie se sent encore un peu à l'étroit dans ses nouveaux habits d'ambassadeur. Il doit s'habituer à un rôle qui ne consiste pas à prendre des décisions, mais à les populariser. Sa connaissance des dossiers et de la langue anglaise devraient cependant lui faciliter la réussite de cette mission.
Merci à la Maison de l'Isère pour son accueil et à la Fédération des parcs naturels régionaux pour son aide à l'organisation de ce petit déjeuner.
Compte-rendu du petit-déjeuner JNE-ADEME
Avec Jacques Muller, sénateur Vert
Contre les OGM, de Wattwiller au Sénat
Par Thierry Jaccaud
Wattwiller ? Oui, les célèbres eaux minérales. Mais aussi depuis peu son sénateur-maire Vert : Jacques Muller, que les JNE ont rencontré lors d'un petit-déjeuner jeudi 31 janvier.
Jacques Muller nous a retracé son parcours : diplômé ingénieur agronome de l'INA-Paris Grignon, spécialisé en économie rurale, il choisit de devenir professeur d'économie rurale à temps partiel afin de pouvoir également consacrer du temps au militantisme. Pour les pays du Sud, avec le CCFD ou Frère des hommes, et également pour la non-violence : il participe à la fondation du Mouvement pour une alternative non-violente (le MAN) en Alsace. A la fin des années 1980, il rejoint les Verts, peu d'années donc après leur fondation en 1984.
Sautons en 2001 : Jacques Muller est candidat aux élections municipales de Wattwiller, village de 1 800 habitants. Une seule liste est présentée, de toutes sensibilités sauf les extrêmes. Il n'est pas tête de liste, mais ses colistiers lui proposent à l'unanimité de devenir maire : il accepte. Après sept ans, avec des décisions prises à l'unanimité ou presque du conseil municipal, le village est passé au zéro pesticides pour l'entretien de la voirie. Un bâtiment communal est construit : il est primé par le Parc naturel régional et par la région Alsace pour ses qualités environnementales. La première centrale photovoltaïque du Haut-Rhin est également construite.
Survient la question des OGM, portée par un agriculteur qui exploite des terres en biodynamie sur le territoire de la commune : que va faire la mairie pour garantir la poursuite de son activité, c'est-à-dire pour garantir que ses récoltes ne soient pas contaminées ?
Jacques Muller poursuit sa démarche participative. Il invite le conseil municipal, les citoyens et la quarantaine d'agriculteurs de sa commune à débattre avec deux chercheurs de l'INRA Colmar. Puis il organise une consultation à bulletins secrets du conseil municipal : à l'unanimité moins une voix, les conseillers sont contre la culture d'OGM en plein champ sur le territoire de la commune. Le maire prend alors un arrêté annuel en 2004 interdisant de facto la culture d'OGM sur la commune, en imposant une distance d'isolement de 3 km, rayon d'action des abeilles. Jacques Muller ne choisit pas de rédiger un arrêté interdisant purement et simplement la culture d'OGM pour éviter que l'arrêté soit immédiatement annulé devant le tribunal administratif.
Rebelote en 2005… mais le préfet défère alors le nouvel arrêté devant le tribunal administratif. Prudent et pragmatique, Jacques Muller avait réduit à 400 mètres la distance d'isolement afin d'éviter l'annulation de l'arrêté. Commencent alors des tribulations judiciaires qui ne sont pas encore terminées aujourd'hui. En effet, le TA annule l'arrêté, mais affirme que le ministre de l'agriculture aurait dû adopter des distances d'isolement. Ni une ni deux, Jacques Muller le demande au ministre. Qui refuse. Qui est alors attaqué au TA pour carence. Le TA somme le ministre de répondre. Qui ne répond pas. Le TA donne encore un mois supplémentaire au ministre. Et au dernier jour de cet ultime délai le 5 février 2007, le ministre de l'agriculture s'affirme « incompétent » ! Cette fois, le tribunal administratif doit rendre un jugement : le maire de Wattwiller at-il le droit de protéger les cultures biologiques de sa commune en adoptant des distances d'isolement ? Le jugement devait être rendu avant l'été 2007, il ne l'est toujours pas en février 2008.
Entre temps, le maire de Wattwiller est devenu sénateur suite à la démission de Jean-Marie Boeckel, nommé au gouvernement. Il se saisit aussitôt du dossier des OGM. Et il est aujourd'hui devant une question sensiblement différente : doit-il procéder comme il l'a fait dans son village, en tentant de faire adopter des amendements qui rendent la culture d'OGM impossible, ou doit-il proposer un choix de société en proposant l'interdiction de la culture d'OGM en plein champ comme le demande par exemple la pétition www.ogm-jedisnon.org ?
Réponse le 5 février, jour du premier passage du projet de loi au Sénat, ou à la fin avril en seconde lecture.
Thierry Jaccaud
Rédacteur en chef de L'Ecologiste
www.ecologiste.org
Compte-rendu du petit-déjeuner JNE-ADEME du 6/12/07
Thème : « les abeilles risquent-elles de disparaître ? »
Par Christine Virbel
Deux invités sont venus expliquer aux JNE les raisons pour lesquelles les abeilles disparaissent dans la plupart des pays industrialisés : Henri Clément, apiculteur et président de l'Union Nationale de l'Apiculture Française (UNAF) et Philippe Lecompte, apiculteur bio et président de l'association Réseau Biodiversité Abeilles.
L'Union Nationale de l'Apiculture Française ( vu sur le site www.unaf-apiculture.info ) a été créée en 1946, à l'initiative de quelques apiculteurs dans le but d'édifier une structure syndicale unifiée de la profession et de constituer un interlocuteur solide auprès des pouvoirs publics. Elle regroupe aujourd'hui plus de 100 syndicats départementaux, en métropole et outre-mer, représentant environ 22 000 apiculteurs.
Le réseau Biodiversité pour les abeilles (vu sur le site www.jacheres-apicoles.fr ) a été créé en 1992. Il rassemble des apiculteurs, des agriculteurs et des organisations professionnelles mettant à disposition leur expertise scientifique et technique. L'ensemble des données collectées enrichit progressivement le site internet Agriculture, Biodiversité et Abeilles , créé et soutenu par le leader chimique mondial BASF. Début 2007, le Réseau Biodiversité pour les Abeilles regroupait 60 apiculteurs, 82 agriculteurs et 45 organisations agricoles.
Les deux professionnels ont indiqué que les cheptels d'abeilles ont bien connu une forte diminution en France. Mais des divergences d'opinion sont apparues au cours du débat quant aux raisons de cette diminution, ou du moins leur hiérarchisation.
Pour le président de l'UNAF, Henri Clément, « ce sont en premier lieu les pesticides qui déciment les cheptels d'abeilles depuis l'après-guerre dans les pays industrialisés où l'agriculture intensive s'est implantée. Si les apiculteurs professionnels n'avaient pas reconstitué les colonies, l'abeille aurait quasiment disparu de France. Les pollinisateurs sauvages tels que les papillons, les bourdons ou les abeilles solitaires n'ont pas cette chance et subissent une hécatombe inquiétante faisant craindre pour la biodiversité ». D'autres causes viennent s'ajouter : « les parasites comme le varroa et la nosémose, cette dernière étant présente partout sans pour autant tuer toutes les colonies, ou l'invasion du frelon d'Asie, prédateur d'abeilles localisé actuellement dans le Grand Sud-Ouest mais risquant de s'étendre. » Henri Clément a aussi parlé de possibles effets des OGM (à l'étude) et du changement climatique faisant débuter la floraison toujours plus tôt, amenant des pucerons chaque année et perturbant le cycle habituel des abeilles. Pour conclure, Henri Clément a indiqué : « Tous ces éléments sont à prendre en considération, mais il faut les hiérarchiser et le problème principal est celui des pesticides car les produits phytosanitaires tuent en 4 jours seulement et ont parfois des effets rémanents 10 ans plus tard sur les larves d'abeilles et même sur les petits mammifères. »
Pour Philippe Lecompte, « le problème de la disparition des abeilles vient surtout du fait que les surfaces en prairies fourragères ont été divisées par cinq dans les années quatre-vingt-dix exposant les abeilles à la disette ». En dehors de ce problème de ressource alimentaire, « une autre cause de la disparition des abeilles apparaît à partir des années quatre-vingt : le varroa qui diminue leurs défenses immunitaires et laisse passer des maladies opportunistes comme la maladie noire. » Une autre maladie intervient également : la nosémose. En revanche, Philippe Lecompte a indiqué qu'« à part pour le désherbage, les pesticides ne sont pas la cause de la disparition massive des abeilles. » Ses préconisations sont les suivantes : « il faut développer les jachères apicoles et planter les 64 variétés de fleurs sauvages visitées par les abeilles et pour cela faire évoluer la réglementation européenne qui n'autorise la plantation que de 9 de ces plantes. Et puis il faut aussi revoir la distribution du budget affecté à la recherche pour les abeilles. Sur 5 millions d'Euros investis en France, 52% va à la recherche sur les produits phytosanitaires, 6% seulement pour la ressource et 34% pour les virus. »
A la question de savoir si les abeilles allaient disparaître ou non, Henri Clément a conclu la séance en indiquant « l'abeille domestique ne va sans doute pas disparaître car les apiculteurs les réintroduisent mais il n'en est pas forcément de même pour les pollinisateurs sauvages. »
Christine Virbel
La polémique a rebondi depuis avec l'introduction en France d'un nouveau pesticide. Lire ici la réaction de France Nature Environnement :
Nouveau pesticide, nouveau risque pour les abeilles ?
France Nature Environnement demande
l'application du principe de précaution
Alors que, en application des décisions du Grenelle, le plan de réduction des usages de pesticides est en cours d'élaboration, le Ministère de l'agriculture a annoncé hier aux associations environnementales présentes au Grenelle son intention d'autoriser l'insecticide Cruiser (produit par la société Syngenta) en enrobage de semences de maïs. La molécule active de ce pesticide, le thiaméthoxam, appartient à la même famille que celles présentes dans le Régent et le Gaucho. France Nature Environnement saisit le Ministère de l'agriculture pour lui demander d'appliquer le principe de précaution et de surseoir à cette autorisation dans l'attente de preuves complémentaires concernant l'absence de risque de ce type d'usage de la molécule vis-à-vis des abeilles (adultes et larves) et des espèces non cibles.
Les substances actives présentes dans le Régent (fipronil), le Gaucho (imidaclopride), le Poncho (clothianidine) et le Cruiser (thiaméthoxam) appartiennent à la même famille d'insecticides systémiques utilisés en enrobage de semences. Bien que leur toxicité vis-à-vis des abeilles soit très officiellement reconnue, elles sont homologuées au niveau européen. a France a justement été le seul pays européen à retirer l'autorisation d'usage du Régent et du Gaucho en enrobage de semences de maïs. Elle s'apprête également à refuser l'autorisation du Poncho. FNE regrette l'absence de communication de l'avis de l'AFSSA [1] et considère que les retours d'expérience exposés en réunion par le Ministère sont insuffisants à ce stade pour autoriser ce produit en France.
Le Ministère de l'agriculture doit, certes, faire face à une forte pression de la part de maïsiculteurs confrontés à un parasitisme croissant des cultures. Mais pour FNE, le problème de fond reste la monoculture de maïs, qui est une aberration sur le plan agronomique à l'origine de la dépendance de cette culture aux pesticides.
Pour Claudine Joly, référente agricole de France Nature Environnement : « La France a, vis-à-vis du Gaucho, du Régent et du Poncho, une position originale et courageuse que nous saluons. Nous lui demandons de rester dans cette logique en refusant l'autorisation du thiaméthoxam. FNE demande également que la monoculture de maïs soit enfin remise en cause et que les techniques alternatives à l'usage des pesticides soient promues, en particulier la rotation des cultures. »
Contacts : Claudine JOLY : 02 31 40 92 91
service communication : 06 07 69 27 10
[1] AFSSA : Agence française de sécurité sanitaire des aliments
Compte-rendu du petit-déjeuner JNE-ADEME
Par Loïc Chauveau
«Un échec positif» : c'est ainsi que Pierre Radanne a résumé la conférence des Nations Unies sur la convention internationale sur le changement climatique qui s'est réunie à Bali du 3 au 14 décembre dernier. Négociateur pour le compte des pays de la Francophonie, l'ancien président de l'Ademe a dressé pour les JNE un bilan sombre des négociations sur le climat sans pour autant verser dans le catastrophisme.
Certes, le texte final arraché au bout d'une nuit et d'une journée de palabres mélodramatiques est d'une faiblesse insigne. Les 191 Etats membres de l'ONU ont refusé l'objectif de réduction de moitié des gaz à effet de serre à l'horizon 2050. Isolés, les Etats-Unis ont finalement reconnu l'ardente obligation de diminuer ces émissions sans pour autant prendre un quelconque engagement qualitatif. Les Etats émergents (Chine et Inde) et derrière eux, les pays en voie de développement, s'appuient sur ce refus pour s'exonérer, eux aussi, de tout effort. Les recommandations alarmantes du GIEC sur les conséquences du réchauffement climatique sont repoussées en notes de bas de page.
Pierre Radanne fait cependant remarquer que le protocole de Kyoto n'est pas pour autant jeté aux orties. A Bali, les Etats n'ont pas remis en cause les outils du protocole tels que le marché carbone ou les mécanismes de développement propre. Mieux, un accord a été trouvé sur les indemnisations à verser aux Etats du Sud qui refuseront la destruction de leurs forêts primaires équatoriales, véritables poumons de la planète. Et l'urgence d'un transfert massif de technologies propres en direction des pays en voie de développement est reconnue même si l'épineuse question de la protection des brevets constitue un obstacle difficile à franchir.
Alors pourquoi l'échec? Selon Pierre Radanne, il tient à une inversion des priorités dans la négociation. Le secrétaire de la convention sur le climat, Yvo de Boer, n'a eu de cesse que de faire accepter par les Etats un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour les pays riches à l'horizon 2020, pour l'ensemble des pays de la planète à l'horizon 2050. Si le refus de l'administration américaine de George Bush est acquis dès le début de la conférence, l'adhésion des pays en voie de développement peut être gagnée à condition de déterminer les méthodes permettant à ces pays de se développer sans avoir un recours excessif aux énergies fossiles. Il aurait donc fallu commencer par déterminer le cadre d'un développement propre pour les Nations pauvres avant de leur parler d'objectifs chiffrés de réduction des gaz à effet de serre. L'essentiel de la croissance démographique des prochaines décennies s'effectuera dans ces pays du sud. L'urgence n'y est pas de limiter le réchauffement climatique, mais de diminuer la pauvreté et donc d'assurer le développement. Faute d'avoir répondu à ces attentes, le secrétariat de la convention a échoué à se faire du Sud un allié.
Le texte de Bali permet cependant de démarrer les négociations sur l'après Kyoto. Les engagements juridiques des pays riches pris en 1997 arrivent à échéance le 1 er janvier 2013. Il faut d'ici là trouver un nouvel accord de limitation des gaz à effet de serre. L'Union Européenne a d'ores et déjà annoncé que ses 27 états membres s'engagent à réduire de 20% ses émissions à l'horizon 2020. Les prochains rendez vous climatiques auront lieu à Poznan (Pologne) en décembre 2008 et à Copenhague (Danemark) en décembre 2009. Mais, un rendez vous tout aussi important aura lieu le premier mardi de novembre 2008 : l'élection présidentielle américaine.
L'accord sur www.unfccc.int
Ce petit-déjeuner s'est tenu le 17/12/07 à la mairie du 2 e arrondissement de Paris.
Compte-rendu du petit-déjeuner JNE-Ademe
Le 3 octobre 2007

Par Claude-Marie Vadrot
« Nous n'avons pas fait la révolution »
(Jacques-Olivier Barthes, l'un des représentants du WWF au Grenelle de l'environnement)
Au petit déjeuner qui a réuni les journalistes des JNE et Christian Garnier pour FNE, Franck Laval pour Ecologie sans frontière et Jacques-Olivier Barthes pour le WWF, ces négociateurs du engagés dans le marathon des réunions depuis le début du mois de juillet sont assez dubitatifs sur les résultats de l'effort sans précédent qu'a consenti le milieu associatif pour être à la hauteur du défi qu'il s'était lancé puisque c'est d'Ecologie sans frontière qu'est partie au printemps l'idée d'une mise à plat de tous les problèmes environnementaux, idée reprise par tous les candidats et donc par le vainqueur final.
Quand on leur demande s'ils ne font pas preuve de « naïveté politique », ils se défendent chacun à leur façon.
Christian Garnier : « On est lucide, on y est allé sans illusion ; Il y a avait déjà eu chez nous une longue discussion, un mois et demi, sur le Pacte écologique de Nicolas Hulot. Mais bon, on profite d'une fenêtre entrouverte, c'est maintenant ou jamais. Hélas, les gens s'imaginent que nous allons décrocher la lune. On y est allés sans illusion, mais avec espoir. Ce qui est fondamental, c'est d'avoir rencontré d'autres cultures, celle de la CGT par exemple, même s'il n'en sort rien, il se sera passé quelque chose. Par exemple on a réussi à faire exploser le lobby routier et habitat.
Jacques-Olivier Barthes : pour nous, ce qui est fondamental c'est le rapprochement de l'environnement et du social car ils sont indissociables. Ces discussions ont permis au monde associatif de s'étalonner, de comprendre, de changer de catégorie. Ca, c'est positif. D'ailleurs, ce qui nous a surpris c'est que parmi les journalistes, nous avons changé d'interlocuteurs. Mais il faut prendre garde à l'emballement des médias : rien de ce qui s'est raconté dans la presse n'est décidé, acté. Jusqu'au bout nous serons dans le rapport de force et il faut se méfier. C'est pour cela que les responsables internationaux du WWF, de Greenpeace et des Amis de la terre ont décidé de mettre la pression au cours de la dernière semaine.
Franck Laval : pas de naïveté, pour ce qui nous concerne nous savons parfaitement à qui nous avons affaire et quels sont les enjeux politiques. Pour cette raison, nous avons déjà lancé l'idée d'un Grenelle européen sous la présidence française de l'Union Européenne. Il nous faut, ici et en Europe, passer à la vitesse supérieure. Rien n'est acquis, tout peut mal tourner jusqu'au dernier jour. Et même après.
Pour nos trois interlocuteurs il y a finalement ignorance de ce qui va se passer même si, pour Jacques-Olivier Barthes, le premier succès est celui du désenclavement de l'écologie. Pour Christian Garnier, participant au groupe énergie-climat, la discussion est heureusement sortie de l'ornière des spécialistes pour aborder le social, le prix de l'énergie, ce que de nouvelles taxes signifieraient pour les ménages les plus pauvres. Il explique également que le nucléaire n'a pas été mis de côté dans les discussions, contrairement à ce qui était programmé car tous les échanges ont rapidement débordé des lignes fixées vers un affrontement ouvert.
Les critiques les plus vives portent sur les débats décentralisés trop fréquemment transformés en grand-messe préfectorale suivie de quelques questions et il a fallu que les associations se fâchent pour, qu'avant, toutes les associations locales qui le souhaitaient puissent participer avant, à une discussion générale. Cette tournée de province a trop ressemblé au débat raté sur l'énergie, il y a quelques années.
Bien entendu, expliquent les trois associatifs, les groupes de pression émanant du Medef, des syndicats et de la FNSEA ont « marché à fond jusqu'au bout, et dans ce domaine ce sont des experts redoutables ». Mais, affirme Jacques-Olivier Barthes, nous avons évité d'être dupes, de nous laisser faire, de les laisser nous bombarder et bombarder l'opinion publique ». Ils tombent d'accord sur une autre certitude, quelques jours avant la grande réunion finale : les élus locaux et les élus nationaux sont déjà dans l'après-Grenelle et c'est auprès d'eux que s'exercent les pressions les plus fortes. Pour Frank Laval il est clair que, déjà, des choses essentielles sont passées à la trappe dans les synthèses de présidents de groupes et des rapporteurs, notamment dans le secteur santé-environnement qui concerne aussi bien la pollution de l'air que les pesticides : « manquent des engagements précis, c'est là que le bât blesse ».
Jacques-Olivier Barthes veut espérer que le statut des « lanceurs d'alerte » et la liberté des laboratoires de recherche en environnement pourront être validés. Une autre certitude pour Christian Garnier, c'est que dans le bâtiment, « la bataille de l'isolation, de l'économie d'énergie est gagnée et nous sommes passés, c'est important le vocabulaire, de la notion de maîtrise de l'énergie à celle de l'économie d'énergie ». Mais il ajoute que, par exemple, si sur les OGM, le verbatim des discussions est passionnant mais, il faudra traduire des consensus apparents en décisions.
Mais, expliquent-ils tous, au-delà des effets d'annonce probables, restera probablement encore la résistance des Corps d'ingénieurs et l'idéologie de l'économie productiviste.
Nous avons porté une parole forte, conclut Jacques-Olivier Barthes, celle de la révision nécessaire des modes de vie, mais il est clair que nous n'avons pas fait la révolution.
Conclusion : nos interlocuteurs étaient tous conscients que ce ne sont pas les associations qui feront pencher la balance, à la fin du mois d'octobre, le 15 décembre puis plus tard au Parlement, entre toutes les suggestions contenues dans le millier de pages produit par les réunions de Grenelle, même lorsqu'elles ont fait une quasi unanimité.

Par Carine Mayo
A quelques semaines de l'issue du Grenelle de l'environnement, la secrétaire d'Etat se réjouit de l'ampleur prise par la consultation publique. La chaîne officielle consacrée au Grenelle http://fr.youtube.com/GrenellEnvironnement arrive parmi les 10 premiers sites visités référencés par You Tube, et 4500 contributions individuelles ont été mises en ligne sur le forum du site www.legrenelle-environnement.gouv.fr/ . Parmi les sujets qui passionnent le plus les Français, le changement climatique (loin devant) et la possibilité (contestée !) d'une réduction de la vitesse maximum autorisée de 10 km/h sur route, mais aussi le bio dans les cantines, les déchets, le bruit, les ondes électro-magnétiques et la pollution lumineuse. Il est à noter par ailleurs que les débats liés à la biodiversité ont suscité peu de réactions parmi les citoyens. Mme Kosciusko-Morizet rappelle que la consultation régionale et la synthèse des débats sur Internet sont supervisés par Bettina Laville, « commissaire à la transparence ». A la question des journalistes portant sur le choix des villes où va se développer la consultation régionale dont la plupart sont dirigées par des élus proches de la majorité présidentielle, la secrétaire d'Etat répond en expliquant que ce sont les villes de taille moyenne, les plus volontaires qui ont été retenues. Quant à la date à laquelle va se tenir la table ronde finale, elle n'est toujours pas annoncée ! Les journalistes font remarquer que les processus de consultation et de décision sont un peu flous et que la place de l'information et de la presse n'a pas été pensée. « C'est une méthode qui se construit au fur et à mesure » plaide Mme Kosciusko-Morizet. Pour l'heure, on sait que la table ronde finale regroupera les collèges qui ont participé aux différents ateliers, qu'elle se conclura par 15 plans-programmes. Qui les annoncera et quand ? Quel rôle tiendra le président de la République dans cette phase finale ? On ne sait pas. Mais la secrétaire d'Etat envisage l'élaboration d'une loi issue du processus du Grenelle début 2008. Pour elle qui a défendu la Charte de l'Environnement, il y a plusieurs années, le débat parlementaire sur ce sujet a évolué et est beaucoup plus « pro-environnemental ». Reste la question des taxes qui revient souvent. Selon Mme Kosciusko-Morizet, la réponse est claire : « l'environnement n'est pas un prétexte pour lever de nouveaux impôts ». Il faut aussi éviter l'écueil d'une fiscalité punitive « je vous taxe parce que vous polluez, et polluer c'est mal », et s'orienter davantage vers un système de bonus-malus, encouragement à acheter des voitures peu émettrices de gaz à effet de serre, crédits d'impôt… Face à la critique concernant le caractère franco-français de l'exercice du Grenelle et à la méconnaissance du cadre législatif européen de certains acteurs, la jeune femme reconnaît que c'est une faiblesse du processus, tout en soulignant le vif intérêt qu'y portent nos voisins européens, et la demande de certains d'organiser un événement semblable à l' échelle européenne lors de la présidence française. Enfin, la secrétaire d'Etat note d'ores et déjà quelques points positifs liés au Grenelle : la participation du public, le rapprochement entre les associations de protection de l'environnement et les syndicats, et la qualité des débats, qui suscitent parfois de vives réactions, comme cette demande établie à l'unanimité par les participants à l'atelier sur la biodiversité d'arrêter le projet de mine Cambior en Guyane qui a fâché les industriels concernés. Quant à l'après-Grenelle, Mme Kosciusko-Morizet y pense déjà et note une forte demande des associations d'institutionnaliser le dialogue entre le gouvernement et elles. S'orientera-t-on vers une conférence annuelle des associations, sur le modèle de la conférence annuelle salariale ? Se poserait alors la question des critères de légitimité des associations, la biodiversité de ces dernières étant importante !

Avec Francine Bavay, vice-présidente (Verte) de la région Ile-de-France, et Stéphane Lhomme, porte-parole du Réseau Sortir du Nucléaire
Par Christine Virbel
Francine Bavay, vice-présidente chargée du développement social, de l'économie sociale et solidaire, de la santé et du handicap du Conseil Régional d'Ile de France et Stéphane Lhomme, porte-parole du collectif Sortir du Nucléaire ont rencontré les JNE mardi 4 octobre pour leur exposer les raisons de leur opposition au Grenelle de l'environnement, et de leur participation au Contre-Grenelle de l'environnement, le 6 Octobre, aux côtés des animateurs du journal La Décroissance.
Francine Bavay a tout d'abord précisé que le Grenelle avait un point positif, celui de reconnaître les associations et de discuter avec elles. D'une manière générale, les deux interlocuteurs ont expliqué que leur crainte était que le Grenelle ne soit que « purement formel » et ont jugé qu'il ne traitait pas des problèmes de fond, à savoir pour Francine Bavay, un changement de mode de vie, comme le pratiquent déjà de jeunes actifs préférant gagner moins mais en vivant de façon plus écologique, et pour Stéphane Lhomme « un arrêt total du nucléaire, ne contribuant pas à l'abaissement des émissions de CO2 si l'on considère l'énergie utilisée pour la production d'uranium de moins en moins accessible ou son transport, sans compter les déchets radioactifs pour des centaines de milliers d'années. »
Francine Bavay a indiqué que les interventions en faveur de l'environnement devaient se faire en amont, dans le cadre d'une « syndicalisation de l'environnement », qu'il fallait « établir d'autres indicateurs tels que le taux de pollution, les flux de matières » pour mesurer l'état de développement des pays (plus seulement le PIB) et que plutôt que de donner une couleur « verte » à l'actuel système économique, il fallait « une rupture qui de toute façon se fera d'ici 40 ou 100 ans lorsqu'il n'y aura plus de pétrole ». La solution, selon Francine Bavay, étant de re-localiser le travail pour éviter les transports de marchandises, en un mot, produire sur place.
Stéphane Lhomme a expliqué que « le Grenelle risquait d'avoir un contre-effet en faisant croire aux gens que l'environnement était dorénavant pris en compte mais que les mesures qui allaient en sortir ne seraient prises que si elles représentaient un coût zéro, voire un bonus pour le gouvernement, notamment par le biais des amendes pour excès de vitesse si l'on baissait la vitesse de 10 km/h. » Concernant le nucléaire, après avoir rappelé que le parc nucléaire était « l'un des plus grands pollueurs chimiques des rivières en raison de l'utilisation de produits chlorés pour tuer les légionelloses présentes dans les tours de refroidissement, mais aussi du zinc, du cuivre… », Stéphane Lhomme a expliqué que « le nucléaire n'est pas une solution énergétique puisqu'il ne représente que 2% de la part de l'énergie dans le monde, en régression d'ailleurs avec 445 centrales dans le monde en 2005 et 432 en 2006 ; que l'Allemagne, qui se désengage du nucléaire, fournit de l'électricité à la France (5,5 TWH en 2006) selon des documents officiels de rte.fr et que la fusion est purement expérimentale mais pollue d'ores et déjà. »
Les deux interlocuteurs ont invité les JNE au grand forum alternatif et citoyen du 21 octobre à Paris.

Avec Luc Hardy, chef de l'expédition, Olivier Gilg, directeur scientifique et président du GREA (Groupe de recherches en écologie arctique), et Bertrand Charrier, vice-président de Green Cross International
Par Carine Mayo
Cette expédition, qui s'est tenue du 18 juin au 18 juillet 2007 dans le cadre de l'année polaire internationale avait pour but l'observation de la faune et de la flore de la côte est du Groenland. Dix explorateurs dont quatre enfants ont participé à l'aventure. Par cette entreprise, les membres de l'expédition ont voulu témoigner du changement climatique et aider à prévoir et comprendre les capacités d'adaptation de différentes espèces. Le constat ne surprend pas : la banquise a fondu et s'est amincie (1,30 m d'épaisseur en moins en quelques décennies).
Certaines espèces que l'on attendrait pas dans cette région arctique, y sont désormais visibles comme les coccinelles ou certains coléoptères. D'autres, notamment des oiseaux, semblent trouver refuge au Groenland. C'est le cas des Bernaches Cravant qui avaient disparu du nord de l'île depuis un siècle et qui y reviennent sans doute à cause de la protection dont elles bénéficient en Europe, ou encore des oies à bec court qui sont particulièrement vulnérables pendant leur mue et qui apprécient de pouvoir stationner dans les zones inaccessibles du nord de l'île.
Une constatation qui devrait amener à faire de cette région un espace protégé. Les scientifiques ont aussi récolté des lichens, des mousses et des plantes à fleurs afin de déterminer par analyse génétique leur vitesse de dispersion depuis la dernière glaciation et leurs capacités à s'adapter aux nouveaux bouleversements. Enfin, ils ont rencontré à plusieurs reprises des ours polaires qui se tiennent à la limite des eaux libres. Rencontres impressionnantes doublées du sentiment d'assister à une disparition inéluctable : deux-tiers de la population d'ours devraient disparaître d'ici 20 à 30 années. Que restera-t-il de ce monde observé par ces explorateurs ?
Déjà les grandes entreprises envoient au Groenland des géologues pour recenser les mines de plomb, de zinc et les gisements de pétrole. Le désir de protéger l'environnement survivra-t-il au désir de profiter des ressources, et à l'attrait que représentent ces nouvelles richesses pour le Groenland et le Danemark qui possède l'île ? Trouvera-t-on des mesures de protection comme on l'a fait pour l'Antarctique ? Bertrand Charrier explique que l'ambition de Green Cross International, présidée par Mikhaïl Gorbatchev est justement de prévenir les conflits liés aux ressources naturelles.

Par Roger Cans
Sénatrice (Verts) du Nord et vice-présidente du groupe N°2 chargé du dossier « préserver la biodiversité et les ressources naturelles » au Grenelle de l'environnement, Marie-Christine Blandin a présenté le 18 septembre à la presse les données de l'opération engagée et ce qu'on peut en attendre.
Marie-Christine Blandin a d'abord expliqué pourquoi elle avait été désignée et pourquoi elle avait accepté cette mission. Il se trouve que, il y a plusieurs mois déjà, elle a travaillé avec Hubert Reeves et le sénateur UMP de la Manche, Jean-François Legrand, fondateur du parc naturel régional des marais du Cotentin, pour alerter ses collègues sur le dossier de la biodiversité. Le courant est bien passé entre l'ancienne professeur de sciences naturelles et le président de l'Association nationale des élus des zones humides. Il a donc été désigné président du groupe N°2 et elle vice-présidente.
Pour la militante verte, le problème de la biodiversité est « aussi grave que le changement climatique » car la disparition d'une espèce est « irréversible », alors que, par exemple, la diminution de la couche d'ozone ne l'est pas, comme viennent de le prouver les dernières observations scientifiques. On ne peut pas non plus rester insensible à la disparition d'espèces emblématiques comme les grands singes, un fait qui la « bouleverse ». Pour elle, défendre la nature est le combat des cow-boys et des Indiens, c'est-à-dire prendre la défense de la nature contre des technologies agressives. La réunion de travail du 4 octobre 2007 sera symbolique puisque, il y aura exactement 50 ans, la « petite boule » du Spoutnik était lancée autour de notre petite boule bleue…
« J'animerai les débats, mais je laisserai les autres décider », a-t-elle souligné. Il n'est pas question pour elle de trahir son parti en s'associant à des décisions d'un gouvernement auquel elle s'oppose. « Les Verts sont très présents dans le Grenelle, mais individuellement », a-t-elle précisé. A cet égard, comme l'a aussi constaté de son côté Michèle Rivasi, Marie-Christine Blandin juge que « l'architecture du Grenelle est démocratique » mais regrette que le calendrier ne le soit pas. En effet, les cinquante personnes appelées à faire des propositions ne peuvent ni auditionner ni faire émerger de nouvelles connaissances en quelques réunions seulement. « Chacun vient donc avec son savoir et la matière produite dépend de ces cinquante personnes ».
La sénatrice du Nord regrette aussi qu'on ait oublié les parcs naturels, mais elle se félicite qu'on ait, à la dernière minute, créé un « atelier intergroupe OGM », surnommé le « G 7 », avec des personnalités importantes comme le pneumologue Alain Grimfeld et Laurence Tubiana, chargée de la chaire Développement durable à Sciences Po. Enfin, elle ne comprend pas pourquoi la réunion interrégionale des DOM soit prévu à la Réunion, alors que c'est la Guyane qui est au cœur du combat pour la biodiversité.
Marie-Christine Blandin résume la volonté de son groupe « biodiversité » à deux axes principaux : d'une part, la connaissance , c'est-à-dire les inventaires d'espèces, l'examen des services rendus par les écosystèmes, la protection des collections génétiques, la diffusion et le partage du savoir et donc la réhabilitation de l'enseignement des sciences naturelles ; d'autre part la gouvernance , c'est-à-dire un contrôle de la politique menée au plan international (importations et exportations) et au plan national. La vice-présidente compte beaucoup sur la présidence française, en 2008, du groupe « IMOCEB », qui est l'équivalent du GIEC pour la biodiversité.
Au plan national, la question se pose d'une « Agence pour la nature », à l'instar de l'ADEME et des autres agences d'intervention. Le groupe 2 souhaite étendre le principe de la « trame verte » avec ses corridors biologiques et « un maillage opposable » pour l'aménagement du territoire. Il souhaite aussi étendre l'expérience des unités de valeurs accordés aux agriculteurs à bonnes pratiques, avec éventuellement des points de retraite pour les conjoints. En milieu urbain, il s'agit de « restaurer le vivant en ville ».
Des désaccords ont surgi à propos de la pêche en mer, notamment lorsqu'il a été proposé des « quotas individuels transférables ». Pour la forêt, l'essentiel est « la traçabilité du bois ». Le consensus est général pour des mesures fiscales incitatives et la réduction des pesticides, « ces machines à tuer ». Une satisfaction : l'arrêt du projet CAMBIOR pour l'exploitation de l'or à proximité du marais de Kaw, en Guyane. « Il faut espérer que le projet ne sera pas relancé après le Grenelle », dit Marie-Christine Blandin, qui compte beaucoup sur le travail à venir du « comité de suivi ». Pour elle, il faut obtenir « l'exception biodiversité », comme la France a obtenu « l'exception culturelle » auprès de l'OMC (organisation mondiale du commerce).
Le 20 juin 2007, l'association a reçu Patrick Viveret, philosophe, conseiller à la Cour des comptes et auteur de deux ouvrages : le rapport Reconsidérer la richesse -réalisé en 2000 à la demande de Guy Hascoët, alors secrétaire d'état chargé de l'économie solidaire- et le livre Pourquoi cela ne va pas plus mal , paru chez Fayard en 2005.
Interview-compte-rendu, par Françoise NOWAK (13/07/07)
Patrick Viveret : « Jamais le meilleur programme écologique ne fonctionnera, si l'on ne met pas en place les conditions d'une sobriété heureuse »
De l'étymologie des mots de l'économie à la création d'un statut pour les structures qui soutiendront des positions minoritaires, dans le cadre du Grenelle de l'environnement, Patrick Viveret ouvre de nouvelles voies pour gérer une société respectueuse des besoins fondamentaux de l'être humain et efficace vis-à-vis des défis écologiques.
JNE : La « valeur travail » a beaucoup été évoquée, durant les campagnes électorales de l'année 2007. Qu'est-ce que cette formule évoque pour vous ?
Patrick Viveret : Dans notre société, les enjeux symboliques et émotionnels sont très importants. Cette réalité découle d'une mutation de nos systèmes d'information, et de la révolution scientifique en cours qui nous permettra bientôt de produire artificiellement du vivant humain. L'écho des mots sur nos imaginaires est ainsi devenu déterminant, ce qui a bien sûr des effets positifs… mais c'est aussi une source de confusion.
L'histoire de la valeur « travail » est très caractéristique, de ce point de vue.
Considérons d'abord le mot « valeur » : il trouve son sens « minimal », en quelque sorte dans l'expression contemporaine « création de valeur ». Pris dans son sens originel, il signifie « force de vie », ce qui fait qu'alors l'expression « valeur ajoutée » veut dire « force de vie supplémentaire »… On est ainsi aux antipodes de la notion de « création de valeur marchande »…
Pour ce qui est du travail, maintenant : à l'origine, ce mot a un sens très négatif. Il vient du latin tripalium, qui veut dire « outil pour empêcher les chevaux de se débattre quand on les ferre », et « instrument de torture ». Au départ, il renvoyait également à l'idée de dépendance et de pénibilité rendue nécessaire pour raison de survie, ce qui fait qu'en ce sens, les personnes qui mendient aujourd'hui sont des travailleurs ! Parallèlement à cela, le droit au travail est dorénavant affiché dans les principes constitutionnels.
L'histoire du travail a ainsi abouti de nos jours à des paradoxes saisissants !
La déformation de la notion de départ à laquelle nous assistons aujourd'hui résulte d'un triptyque dont le premier volet est la lutte actuelle pour l'accès au travail, le second, le succès des luttes antérieures pour l'humaniser et le protéger par le droit. Quant au troisième, c'est la possibilité, pour ceux qui exercent un travail choisi, de construire leur propre estime de soi à travers cette activité, donc d'y trouver de la « force de vie » !
Ce revirement sémantique n'a toutefois pas annulé la réalité première du travail, pour tous ceux qui ne bénéficient pas du triptyque que je viens d'évoquer, c'est-à-dire ceux pour qui le travail signifie « pénibilité et dépendance, associées à nécessité » !
JNE : Que pensez- vous de la formule « travailler plus pour gagner plus » ?
P. V. : Le revirement sémantique dont je viens de parler donne, aux gens qui considèrent le travail comme une valeur, un habillage très valorisant à la possibilité d'en faire travailler d'autres à leur profit.
Nous sommes donc confrontés au risque majeur de voir se développer, dans notre société, une nouvelle forme de domesticité, notamment à travers certains « services à la personne » exercés dans des conditions de grande précarité, et sous-payés.
Autant, si votre métier fait une large place aux relations humaines et qu'il est payé décemment, « travailler plus pour gagner plus » peut être une bonne chose, autant cette perspective est noire pour ceux qui font un travail pénible, comme par exemple les gens de ménage qui commencent dès 6 du matin!
Par rapport à cette proposition, il devrait y avoir un débat public, qui pourrait aboutir à la décision de soutenir, pour chacun, une part de travail choisi, en l'aidant à développer les compétences nécessaires pour réaliser un projet professionnel conforme à ses aspirations. Une telle option permettrait à tous d'accéder à de la reconnaissance sociale, génératrice d'estime de soi.
Elle a déjà été expérimentée il y a quelques années en Italie, sous la forme de chèques spécifiques : des gens qui avaient un emploi non conforme à leurs aspirations ont ainsi eu la possibilité de n'exercer leur métier habituel qu'à mi-temps, et d'avoir une activité en cohérence avec leur projet, l'autre moitié du temps. Cette formule a de plus dégagé des mi-temps pour des chômeurs !
JNE : En tout état de cause, « travailler plus pour gagner plus », n'entraîne-t-il pas « consommer plus »?
P.V. : consommer plus est un problème pour ceux qui vivent déjà dans l'excès, mais pour 3 milliards de personnes, c'est l'inverse ! En outre il y a un lien direct entre la surconsommation, constatée d'un côté, et la sous-consommation, subie de l'autre, comme l'a fort bien montré le Rapport mondial sur le développement humain , réalisé dans le cadre du programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), en 1998.
Les auteurs de ce document avaient évalué qu'à l'époque, on pouvait éradiquer la faim dans le monde et permettre à tous les humains d'avoir accès à l'eau potable comme aux soins de base de façon accessible : il aurait suffi d'ajouter 40 milliards de dollars annuels aux financements publics investis à l'échelon international pour l'aide au développement, au titre de l'aide publique. Ces spécialistes relevaient également qu'au même moment, les dépenses mondiales de publicité s'élevaient à 400 milliards de dollars annuels (montant passé à 700 milliards, en 2007 !).
Loin d'être « de circonstances », le rapprochement des deux chiffres est tout à fait pertinent, car les désirs fondamentaux sont du côté de l'être, et la publicité les dérive du côté de l'avoir. Que fait-elle, en effet, sinon associer la possession d'un produit à de la beauté, de la sérénité, de la paix, du bonheur… bref toujours à des états positifs, dans le registre de l'essentiel ?
Par ce transfert de ce qui est de l'ordre de l'être dans l'ordre de l'avoir, on crée de la rivalité, et ceux qui sont victimes de ce leurre combattent leur angoisse de mort par la recherche de plus en plus de richesses, dans une sorte de cercle vicieux. Après une brève satisfaction, ils retombent dans leur mal-être, et entrent fatalement dans un processus d'addiction.
JNE : Que faut-il mettre en place, selon vous, pour sortir du déséquilibre entre une consommation addictive pour certains, et une sous-consommation subie, pour d'autres ?
P.V. : Le même rapport du PNUD s'est intéressé aux budget mondial des stupéfiants -qu'il avait établi à 400 milliards de dollars- et au budget de l'armement, soit 800 milliards de dollars à l'époque. Il en avait conclu qu'avec moins de 10 % du montant totalisé en ajoutant ces deux sommes à celle de la publicité, on aurait pu satisfaire l'intégralité des besoins fondamentaux encore inassouvis sur la planète.
Or i l y a une correspondance directe entre le budget des stupéfiants et celui de la publicité, d'un côté, et la problématique du mal être, de l'autre, de même qu'entre le budget de l'armement et la problématique de la maltraitance.
Tout cela nous montre qu'il nous faut ce qu'Edgar Morin appelle de « l'anthropolitique » (de anthropos : l'être humain) ou encore, dit autrement, que la question du sens doit être considérée comme un enjeu structurel et politique.
Jamais le meilleur programme écologique ne fonctionnera, si l'on ne met pas en place les conditions d'une « sobriété heureuse », comme dirait Pierre Rabhi. Pour prendre une image, si vous demandez à un toxicomane de suivre une cure de sevrage, mais que vous ne lui proposez pas parallèlement du mieux être, il préfèrera à coup sûr son addiction !
JNE : Pour vous, sur le plan matériel, qu'est-ce qui est « essentiel » ?
P. V. : Je vous répondrai en me référant, là encore au rapport du PNUD que je viens d'évoquer. Selon cette étude, les chapitres essentiels, sur lesquels il faut impérativement agir sont : la malnutrition, l'accès à l'eau potable, les soins de base et l'éducation de base.
Les chiffres qui y étaient donnés mériteraient d'être réactualisés chaque année, ce que Jean Gadrey a fait, pour ce qui est de la publicité, dans son livre sur les nouveaux indicateurs de richesse. C'est dans cet ouvrage, d'ailleurs que j'ai trouvé le montant que je vous indiquais tout à l'heure, pour 2007.
JNE : Vous parlez d'« anthropolitique ». Comment différenciez-vous ce concept de celui de « politique »?
P. V : « L'anthropolitique », c'est la politique telle qu'elle devrait être pratiquée, c'est-à-dire comme un art de gérer les passions humaines, en ne réduisant surtout pas les humains à un appareil biologique. Nous sommes des êtres qui savent qu'ils vont mourir, avec des angoisses et des désirs -dernier terme qu'il ne faut surtout pas confondre avec le mot « besoin » !- L'anthropolitique doit travailler sur les demandes fondamentales des collectivités humaines, elle doit en particulier mettre en place une politique publique du temps de vie.
Actuellement, on parle du problème des retraites. On ne pourra traiter correctement cette question que si on change la notion d'« activité », dans une approche anthropolitique.
Que sont donc, en effet, l'activité et l'inactivité ? Dans la prétendue « inactivité », on met les activités domestiques… alors que le mot économie - né il y a 2500 ans ! - vient de « oikos et nomos », ce qui signifie « organisation de la maison » ! Le bénévolat, lui aussi, est mis dans cette catégorie, bien qu'il constitue un véritable capital social. D'ailleurs, s'il y avait une grève générale des associations, le pays serait paralysé ! Ceux qu'on appelle aujourd'hui les « inactifs », sont loin d'être pour autant improductifs !
Le prétendu déséquilibre, qui pose le problème du paiement des retraites à venir, est en fait porteur de 3 bonnes nouvelles : la vie est plus longue, notre formation aussi, et le temps de travail a été réduit. Si on ne modifie pas la notion d'activité, on ne va aboutir qu'à de mauvaises nouvelles : soit on va revenir sur l'âge de la retraite, soit on va réduire les prestations correspondantes -et revenir au temps des personnes âgées pauvres- soit les deux !
JNE : Que préconisez vous de faire, pour éviter une dégradation des droits à la retraite ?
P. V. : La retraite, c'est le temps du libre choix, le moment où beaucoup de gens réalisent enfin l'activité de leur rêve, parce qu'il ne sont plus dans la contrainte de travailler pour vivre. Ce sont donc des personnes qui vont mieux : elles coûtent moins cher, leur utilité et leur contribution sociales sont plus fortes.
A l'autre bout de la chaîne, sachant que le Conseil européen qui s'est tenu à Lisbonne a consigné le projet européen de développer une économie de la connaissance, il y a tout lieu de mettre l'entrée dans les études dans la rubrique « activité », en instituant un revenu pour les étudiants. Quant au budget rendu nécessaire pour ce faire, on pourrait le constituer par exemple en redonnant à l'Etat la possibilité de créer de la monnaie sans intérêt. Une analyse approfondie du fonctionnement du crédit montre qu'en France, dans les faits, ce droit exclusif a été transféré - sans le moindre débat public- aux banques privées, sous la présidence de Valéry Giscard-d'Estaing, avant d'être généralisé par le traité de Maastrich. Or les banques retirent de cette nouvelle organisation des intérêts faramineux, facturés au contribuable. Il y aurait là de quoi récupérer des sommes colossales… Pour vous donner une idée, sur les 1140 milliards d'euros que la dette française totalise, les intérêts cumulés représentent plus de 900 milliards d'euros à ce jour ! L'économiste Keynes avait pourtant qualifié le système de facturation d'intérêts cumulés de folie, dès le début du XXe siècle !
Aujourd'hui, la situation des retraites est bloquée, parce qu'on reste coincé dans des définitions économiques et statistiques obsolètes ! Quoi qu'il en soit, rester dans la configuration actuelle n'est pas viable : bientôt, plus personne n'aura la possibilité d'accumuler 40 années d'activité professionnelle, au sens actuel de cette expression, ce qui nous mène tout droit à des conflits intergénérationnels !
JNE : Avez-vous également des solutions pour résoudre le problème du chômage ?
P. V. : Si on prend en compte la question du sens, il faut passer d'une politique de l'emploi à une politique de métier. Le mot métier vient du compagnonnage, il renvoie à un projet de vie. Aujourd'hui, on ne peut traiter la question de la survie planétaire si on raisonne en terme d'emploi, car ce mot va avec l'idée dominante de créer toujours plus de richesse, avec moins d'emploi. Une démarche qui aggrave les problèmes d'emploi dans le monde, justement ! De plus, elle conduit actuellement le Brésil, la Chine et l'Inde à devenir ensemble la ferme l‘usine et le bureau du monde avec, à la clef, des impacts écologiques insoutenables !
C'est pourquoi il ne faut pas prendre le problème en partant de l'offre des entreprises, mais de l'offre des « compétences à vivre » des individus, du projet de vie que chacun porte. Construire l'éducation dans la perspective de l'emploi fait que cette éducation est souvent obsolète, quand les personnes concernées arrivent sur le marché. Un être humain doit pouvoir être maître d'oeuvre de sa propre vie et pouvoir inventer son propre métier. La question de l'argent doit être en lien avec cette finalité. La monnaie est une création conventionnelle pure. En trouver est beaucoup plus facile que de changer notre approche. Comme je l'ai évoqué tout à l'heure, quand la politique monétaire était du ressort de la politique publique, ce recours à la création de monnaie était aisé, indolore, et très efficace !
JNE : Vous proposez de repenser des fondamentaux de la société. Allez-vous pouvoir faire adopter ces idées au sein du Grenelle de l'environnement ?
P. V. : Lors de la journée préparatoire qui s'est tenue en mai dernier, j'ai été invité, l'après-midi, à une réunion restreinte de réflexion, avec le chef de l'Etat et Monsieur Juppé, notamment, dans le cadre d'une sorte de « comité de sages ». J'ai pris la parole après Edgar Morin, qui venait d'intervenir sur l'urgence de prendre en compte la question du sens, dans le contexte environnemental actuel. Il avait visiblement convaincu tous les protagonistes autour de la table de prendre cette dimension en compte à l'échelon collectif, à commencer par le chef de l'Etat.
J'ai alors abordé le sujet de la comptabilité nationale, pour montrer que ce système, créé au lendemain de la seconde guerre mondiale, avait émergé en écho aux orientations que la société s'était donnée au sortir de la première : il fallait reconstruire le pays et préparer l'éventualité d'un deuxième conflit. Les autorités du pays ont alors tout misé sur l'industrie, et focalisé les instruments comptables sur les échanges dans ce domaine. Ainsi, la façon dont nous comptons n'est qu'une convention historique, et il y a des contes derrière les comptes !
Aujourd'hui, le monde a changé, et ce grand récit est devenu inapte à traiter les questions de notre époque.
Après ce qu'avait dit Edgar Morin, l'impératif de revoir les paramètres de la comptabilité nationale est apparu comme une évidence, et Monsieur Juppé a conclu qu'il faudrait effectivement s'engager dans une réforme de cet outil… mais peut-être faudra-t-il encore quelques piqûres de rappel, avant que ce projet prenne vraiment corps !
En tout état de cause, la prochaine réunion de ce comité nous avait été annoncée pour mi-juillet, mais à ce jour, aucune des personnes concernées n'a reçu de nouvelle invitation.
JNE : Considérez-vous que le PIB devrait disparaître de la panoplie comptable de l'Etat ?
P.V. : Il est clair que la notion actuelle de PIB ne permet pas d'avancer sur les problèmes d'écologie. Pour le PIB la seule chose qui compte, c'est la notion de flux. A travers ce paramètre, dès lors qu'elles génèrent des mouvements monétaires, les activités dangereuses pour notre survie sont comptabilisées positivement, tandis que l'on relègue les actions vitales gratuites dans la sphère de l'improductivité. Mais il ne faut pas attendre d'avoir réformé la comptabilité nationale pour inventer et utiliser d'autres indicateurs. Là où le PIB est utile, gardons-le. Il est en revanche urgent de le comparer avec d'autres, qui éclairent la réalité sous des angles différents.
Dans le domaine des transports, par exemple, les indicateurs classiques sont au vert. Le fait de confronter les résultats qu'ils donnent à ceux que fournissent de nouveaux indicateurs, potentiellement plus appropriés, permettrait de déclencher des enquêtes complémentaires quand les voyants des indicateurs plus récents sont au rouge. On pourrait alors agir de façon préventive, si ces enquêtes confirment la réalité des risques.
JNE : Y a-t-il d'autres outils sur lesquels vous souhaiteriez et pourriez agir, dans le cadre du Grenelle de l'environnement ?
P. V. : Oui, c'est la question de l'application de la loi organique des lois de finances (LOLF), que j'ai d'ailleurs également évoquée le jour de la réunion préparatoire.
La réforme engagée sur cette loi, depuis 30 ans, a certes changé profondément le budget de l'Etat : on est passé, avec elle, d'un système sédimenté en plusieurs centaines de chapitres, à un ensemble comportant des missions, des programmes et des actions, ainsi qu'à une évaluation de leurs effets. Mais si ce travail a permis d'abandonner une logique de moyens au profit d'une recherche de résultats, il n'a jamais intégré l'objectif d'oeuvrer à un développement durable.
Il faut donc maintenant revoir les missions des différents ministères à la lumière de cet impératif. Il faut aussi faire en sorte que les cellules chargées d'arbitrer sur le budget de l'Etat intègrent systématiquement des personnes compétentes en matière de d'organisation sociale et d'écologie… et prennent en compte leur position !
L'Etat demande dorénavant aux grandes entreprises de présenter chaque année un bilan environnemental et social. La moindre des choses serait qu'il s'applique à lui-même ce qu'il impose aux autres.
JNE : Pourriez-vous nous donner un exemple illustratif de ce que la réforme de la LOLF pourrait modifier ?
P. V. : Prenons le cas de l'exonération d'impôt sur les prêts immobiliers. Si on applique cette exonération sans conditionnalité, cela va encore aggraver l'effet de serre, car lorsqu'on est propriétaire, on ne déménage pas facilement pour se rapprocher d'un nouveau lieu de travail, plus éloigné qu'avant. Mais si on encadre les prêts consentis de critères d'attribution sur les modes de construction, de transport des matériaux, d'isolation, de dépenses énergétiques, ça change tout. Du reste, ne pas le faire signifierait qu'on ne prend pas au sérieux la question du changement climatique.
Il en est, par ailleurs, de la propriété comme du travail. L'aspiration à la propriété peut résulter, pour les uns, d'un besoin de sécurité et d'harmonie, c'est à dire de besoins fondamentaux. Elle peut au contraire traduire chez les autres, un désir de possession. Dans ce cas elle n'est surtout pas à encourager.
Gandhi l'avait déjà dit : « il y a suffisamment de ressources pour satisfaire les besoins de tous, mais il n'y en aura jamais assez pour satisfaire les désirs de possession de chacun ».
JNE : Comment garantir un Grenelle productif ?
P. V. : Pour assurer une issue positive à cette initiative, Il faut tout d'abord que le gouvernement accepte de reconnaître que cette question fondamentale du développement durable, qui reste neuve pour lui, demande d'y consacrer du temps. Il est crucial, ensuite, d'éviter de réduire ce Grenelle au traitement des seuls problèmes environnementaux, et d'exclure d'en faire une opération « parisienne » ou peu axée sur la dimension internationale.
Cette manifestation doit au contraire être le début d'un processus qui débouchera sur des changements structurels, à moyen terme, notamment en transformant le débat parlementaire sur la loi de finance en débat d'orientation sur le développement durable.
Par ailleurs, cet objectif de « Grenelle productif » appelle des décisions très concrètes. J'ai proposé, durant la réunion préparatoire, qu'on applique la « politique du chiche » : sur les points de désaccord, il serait bon de donner un statut à ceux qui ont des positions minoritaires. Si on reste dans la logique classique, ils vont claquer la porte. Au contraire, si par exemple on donne, à des associations du type Sortir du nucléaire , les moyens de travailler sur leurs propres positions, si on leur donne la possibilité de faire des études, d'expérimenter ce qu'elles revendiquent, elles auront envie de continuer à participer au travail global. De plus, si, par la suite, les faits donnent tort aux tenant des positions majoritaires, la société ne repartira pas de zéro !
Cette décision de donner un statut aux structures minoritaires permettrait de construire de la conflictualité positive, et d'opérer une mutation démocratique : passer de la société civile à la société civique !
JNE : Existe-t-il des indicateurs de bonheur ?
P. V. : Le rire et le sourire sont des indicateurs très fiables, en la matière !
S'il faut évidemment aller le plus loin possible pour avoir les indicateurs quantitatifs les plus précis et représentatifs possibles, il ne faut pas oublier que le quantitatif doit être au service du qualitatif. Il est d'ailleurs réconfortant de savoir qu'une réunion internationale sur le thème « Mesurer le progrès des sociétés » est convoquée cet été à Istanbul par l'Organisme de coopération et de développement économiques (OCDE), en coopération avec la Commission Européenne, l'Organisation de la conférence islamique, les Nations Unies et la Banque Mondiale.
Plus on arrive dans le domaine de l'essentiel, plus on est dans l'indicible… Le droit de compter autrement va avec le droit de ne pas compter du tout ! Dans l'évaluation, il faut du qualitatif. Tout ne peut être compté…Il est donc très important que le débat puisse avoir lieu !

Le 08/03/07
Par Claude-Marie Vadrot
Au cours de sa rencontre avec les membres des JNE, Denis Baupin, maire-adjoint de Paris (Vert) chargé des transports a beaucoup insisté sur « les promesses tenues » et signalé que si une partie des bobos et du Tout-Paris se plaignaient, par journaux interposés, de la politique de la circulation s'efforçant de privilégier les transports publics au dépens de l'usage de la voiture individuelle, il n'en était pas de même, d'après les sondages, de la population parisienne qui approuve largement ce qui a été fait. Il en veut pour preuve, la visite de Dominique Voynet quelques jours plus tôt à Montmartre, visite qui a n'a été contestée que par une association de commerçants. « Donc, sur cette question, les Verts n'ont aucune inquiétude électorale à avoir tenu leurs promesses, même si, puisque nous ne sommes qu'une composante de la majorité, nous ne sommes pas allés aussi loin que nous l'aurions souhaité ; il faut à la fois responsabiliser les gens et agir de façon réglementaire, dans le cadre des lois ». Il a ajouté, « c'est vrai nous avions promis de réduire la circulation, et nous l'avons fait : elle a diminué de 25 % ; je crois que même s'ils ne sont pas tous d'accord, les Parisiens nous sont reconnaissants d'avoir tenu nos promesses ; il ne faut pas croire ce que disent un certain nombre de médias sur l'insatisfaction, sur les embouteillages, etc. Le ressenti majoritaire de la population est différent ».
Denis Baupin a notamment rappelé que les émissions d'oxyde d'azote avaient diminué, d'après Airparif, de 32% depuis 2001. Pour les émissions de gaz à effet de serre, la diminution a été de 11% et elle aurait été largement supérieure sans l'arrivée dans les rues des véhicules 4 x 4 qui a ralenti cette diminution.
Notre interlocuteur a également rappelé, s'agissant des transports en commun, que la ville de Paris et la Région Ile de France ne possédaient de réels pouvoirs que depuis avril 2006, c'est-à-dire au moment de l'entrée en vigueur des nouveaux textes sur la décentralisation. Depuis le 22 janvier dernier, il y a 15% de bus en plus, en banlieue et à Paris et l'offre des soirées de samedi et de dimanche a été augmentée, comme celle des heures de pointe a assuré le maire-adjoint. « Mais, hélas, souligne-t-il, suite à une décision gouvernementale, ni la Région ni Paris ne sont plus au conseil de la RATP, ce qui ne facilite pas les choses ».
« L'automobiliste est une victime, sa voiture est trop grosse, elle lui coûte cher, les constructeurs le poussent à dépenser de l'essence, entretiennent une idéologie ». Denis Baupin explique à propos du stationnement que s'il n'y avait que des petites voitures dans Paris, la ville gagnerait l'équivalent des places actuellement disponibles.
Denis Baupin a également insisté sur le « bras de fer permanent avec la Préfecture de police qui n'a abandonné que très progressivement une partie de ses pouvoirs ». Ce qui permet d'apprendre que la ville de Paris n'est pas maîtresse des règles de circulation sur une partie de la voirie parisienne. Pour la moindre piste cyclables, pour le moindre couloir de bus, il faut donc des mois sinon des années de négociations. La ville n'est pas maîtresse non plus (y compris pour les contractuels qu'elle paye) de la politique de verbalisation et de répression. « Une partie des gens pensent qu'avec une voiture il est possible de faire n'importe quoi et n'importe où et la Préfecture de police ne les dissuade guère ; alors je passe plus de temps à négocier, à régler des détails qu'à penser une politique ! ».
Pour le vélo, l'augmentation de leur nombre depuis 2001, est de 50 % et ils représentent actuellement 1,5 % de tous les déplacements sur une longueur de 400 kilomètres de pistes cyclables. « Le problème, explique Denis Baupin, c'est de changer l'image culturelle du vélo. C'est ce qui s'est fait à Lyon avec les vélos en libre service et nous espérons que cela se produira à Paris d'ici à la fin de l'année avec nos 20 000 vélos. Il faut arriver à montrer que l'usage de la bicyclette, ce n'est pas une régression sociale, bien au contraire ; c'est pareil pour le passage du bus au tramway ».
« Il faut inventer un code de la rue, ajoute Baupin, il faut partager l'espace disponible et cela passe par le ralentissement des voitures. Actuellement, la vitesse moyenne de déplacement en voiture est de 16 km/h, alors pourquoi les automobilistes refusent-ils l'idée que la vitesse maximum soit un jour limitée à 30 dans Paris ? »
Notre interlocuteur a également précisé qu'il n'existait pas de projet bien défini pour l'ancienne voie de chemin de fer de la petite ceinture, le choix étant entre une mise en espace vert et préserver un espace de transport, qu'il n'était pas question d'instaurer un péage, que le nombre de bus fonctionnant au gaz allait augmenter et que pour la suite du tramway, la ville de Paris était priée de se passer de toute participation de l'Etat.
Depuis ce petit-déjeuner, Denis Baupin a été désigné par les Verts comme tête de liste pour les municipales de 2008 et il a publié un livre « Tout voiture, no future » (Editions l'Archipel, 312 pages, 18,95 euros) qui résume tout le travail qui a été fait sur Paris et tous les projets de changement de la circulation dans la capitale. C'est aussi une dénonciation des résistances qu'il a rencontrées et des pressions qu'il a subies.

Par Nicole Aussedat
Corse mais tunisien d'origine, Serge Orru a grandi dans une fratrie de 7 frères et sœurs, dont le père communiste considérait la transformation de la Mer d'Aral en désert comme une des belles réalisations du productivisme. À 20 ans, en Alsace, lors de la réintroduction du chamois, la fréquentation d'un garde forestier lui ouvre les yeux et forge sa conscience environnementale. Il commence sa carrière en dirigeant une vingtaine de villages de vacances dans cette région, et bouscule les habitudes en organisant replantations et recyclage. Mais sa grande réalisation est le Festival du Vent, créé il y a 15 ans à Calvi, le vent étant le souffle, le premier acteur de la pollinisation des plantes et aussi des idées. Le Festival basé sur le pluralisme de pensée, festif et joyeux, rassemble toutes les cultures, l'art et la science, le sport et la philosophie, l'économie et l'écologie et connaît un immense succès. Parmi ses réalisations, l'interdiction des sacs plastiques en Corse, les 300 millions d'enveloppes recyclées de la campagne présidentielle…
Serge Orru a pris ses fonctions en juillet 2006 et son cœur de mission est de rendre les différents programmes plus performants, mieux communicants. Le WWF compte 132 000 membres cotisants, mais vise les 500 000, veut développer le bénévolat, la régionalisation – un challenge. 71 permanents gèrent un budget de10 millions d'euros, ce qui en fait la première association en France, avant Greenpeace avec lequel « on se partage la tâche », et dont la grande force commune – par rapport à FNE par exemple – est la réactivité. Il a l'impression de faire ce qu'il faisait avant, dans une liberté d'action y compris vis-à-vis de WWF international.
Pour lui, l'important, c'est le vivre et le faire ensemble. Il ne souhaite pas ostraciser telle ou telle pratique, mais rassembler l'ensemble de la population pour une solidarité autour du vivant. Son action au WWF est dans cette ligne. Sa grande priorité est le changement climatique car « le ciel nous tombe sur la tête ». Il s'agit de convaincre le monde de l'économie, d'influencer les entreprises de l'intérieur. « Si le monde de l'écologie ne se préoccupe pas de l'économie, nous allons rester sur le quai ». Même après l'action spectaculaire du Peuple des Dunes qui a dénoncé son projet de prélèvement massif de sable, un partenariat comme celui que le WWF mène avec Lafarge lui semble bénéfique (leurs restaurations de carrières sont bien faites, par exemple) car ces entreprises s'inquiètent, et d'après lui, les enfants des patrons leur donnent un sérieux coup de main.
Le WWF lance d'ailleurs son 8 ème appel des enfants le 5 juin prochain, avec comme parrain Yannick Noah (père tancé par ses enfants !). 10 000 des 39 000 écoles primaires contactées souhaitent recevoir le kit pédagogique.
L'influence de WWF se mesure aussi par exemple par le retentissement énorme qu'a eu un simple communiqué de presse sur les dégâts environnementaux causés par la culture de la fraise espagnole, ce qui a par ailleurs donné un coup de main utile à WWF Espagne pour agir dans ce sens.
Enfin, tout comme Cédric du Monceau a été à l'origine de la Charte de l'environnement, Daniel Richard, son prédécesseur, a été instigateur de l'Alliance pour la Planète lancée le 27 mars 2006. Cet organisme informel à géométrie variable rassemble de multiples associations qui apprennent à se connaître, travailler ensemble et, tout en communiquant peu vers l'extérieur, « sédimentent quelque chose de solide ». Pour preuve, la vigueur des ateliers sur le BVP (« on a mis le feu dans la pub »), Reach ou le papier recyclé, de l'ensemble des moratoires EPR, OGM, autoroutes ou incinération, ou encore les notes données aux candidats qui y sont très sensibles, d'abord sur leurs actions, puis sur leur programme, et enfin très prochainement sur les 12 candidats en lice.

Le 22 mars 2007 Par Danièle Boone
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| Photo © Reza A. Nadéri |
Le premier petit-déjeuner organisé conjointement avec l'AJT a eu lieu le 22 mars. Onze journalistes côté JNE, huit côté AJT. Danièle Boone a animé le débat avec Carine Mayo, présidente des JNE.
Le discours de l'intervenant, Jean-Pierre Lozato-Giotard, un ingénieur de formation, devenu spécialiste en Ingénierie Touristique et culturelle des Territoires, professeur à l'Université Sorbonne-Nouvelle, était limpide, non pas idéaliste mais vraiment concret. « Le comment nous intéresse plus que le pourquoi », tel est son credo. Il nous a fait remarquer que trop souvent lui et son équipe sont appelés quand la maison brûle. Ils ont notamment travaillé au plan de sauvegarde de Venise.
Alors, d'abord des chiffres :
- Selon l'OMT, de 1950 à 2005, le nombre de touristes internationaux a été multiplié par 30 passant de 25 à 760 millions. Toujours selon l'OMT, il devrait dépasser le milliard en 2010.
- CO2: le tourisme représente 15% de la consommation du kérosène et l'avion représente 3% des émissions de CO2. Mais ce qu'il faut savoir, c'est que ces 3% annuels actuels équivalent à l'ensemble des émissions de CO2 de l'humanité jusqu'à 1940 !!!
- Ordures : à la fin de l'été, 5 tonnes de déchets ont été ramassés le long du GR 20 en Corse.
- Autre chiffre impressionnant : un cargo coule chaque jour dans le monde. On ne parle que de ceux qui sont liés à des catastrophes écologiques. Alors imaginez le fond des mers !!!
- Premier point abordé : les études d'impact établies par des équipes de biologistes, de géologues, etc… Ainsi par exemple, pour l'eau, il faut chercher un équilibre entre la quantité d'eau et la nature des sables. Beaucoup d'eau mais un terrain propice à l'affaissement doit éveiller la vigilance.
- Autre point : le tourisme n'est pas toujours négatif. Ainsi aux Seychelles ou aux Maldives, l'arrivée du tourisme a fait prendre conscience de la fragilité de l'écosystème et du coup, son développement a été limité. Par contre, les politiques de tourisme de masse des années 1950 où seul le nombre a été visé, est une catastrophe. Exemple : la côte adriatique autour de Rimini ou la Costa del Sol. Parfois, avec beaucoup de volonté, un retour en arrière est possible. Exemple : les Baléares dont la réhabilitation a commencé dans les années 1990.
- Constat : le tourisme s'attaque sans cesse à de nouveaux espaces naturels. 100 000 visiteurs en Antarctique en 2006, un territoire hyper fragile resté pourtant très longtemps vierge.
Que faire ?
- Limiter le flux pour ne pas dépasser un seuil de fréquentation acceptable. On sait que la basilique Saint-Marc ne peut pas supporter plus de 4000 personnes à l'heure !!! C'est déjà énorme, non ! Pareil pour la nature, créer des zones à accès limité voire même des zones de protection totale où seuls les chercheurs seraient autorisés.
- Créer des itinéraires bis. C'est bien connu les touristes de masse sont des moutons. Pourquoi ne pas canaliser les flots et comme pour les autoroutes, créer des itinéraires bis.
- Dernier paradoxe relevé : les coins super sympas sont souvent ceux qu'on dit pas du tout touristique !!! Cherchez l'erreur !
Voilà pour un bref compte-rendu forcément incomplet de cette rencontre très riche.

Par Jean-Claude Noyé
Les JNE ont rencontré le jeudi 15 mars, Bettina Laville, conseillère d'Etat. Enarque, membre du PS, elle a créé le festival des films de l'environnement (Riena), a été conseillère de Jospin sur les questions environnementales. Elle a également créé le Comité 21 puis l'Association pour un développement vraiment durable, qu'elle dirige. Bref, c'est une écologiste convaincue, et depuis longtemps. Comme telle, serait-elle aussi isolée au Conseil d'Etat que peuvent l'être les journalistes en charge de l'environnement dans leurs rédactions ? Première question qui reçoit pour toute réponse : « C'est une information confidentielle ! ». Ce qui, en soi, représente une réponse affirmative. Question complémentaire : « Quel est l'état d'esprit qui prévaut au Conseil d'Etat ? » Et notre invitée de distinguer entre la section administrative et le service du contentieux. Ce dernier a récemment reconnu que le droit européen primait sur le droit national. Cela n'avait jamais été affirmé auparavant et, souligne-t-elle, enterre à tout jamais des contentieux interminables relatifs à des règlements issus de lois « scélérates » (pour l'environnement) prises par des ministres. De ce qu'elle explique, on peut aussi déduire que les problèmes d'environnement étant toujours traités par une section dite « travaux publics », que le Conseil d'Etat n'est pas encore en phase avec la société (civile et politique) où les questions d'écologie et de protection de la nature ne relèvent pas seulement des formes d'aménagement du territoire…
Bettina Laville se félicite de l'arrivée progressive d'une nouvelle génération au Conseil d'Etat. Ainsi du nouveau président du service du contentieux, un homme très jeune qu'elle qualifie d' « exceptionnel » et qui devrait rester à ce poste pendant dix ans. A la section administrative et au service des travaux publics, les choses sont plus compliquées et elles évoluent plus lentement. La grande difficulté est qu'il n'y a pas de jurisprudence concernant le développement durable, parce qu'il s'agit d'une notion « juridiquement » floue. L'expression utilisée par notre interlocutrice est qu'il s'agit d'un droit mal défini ou difficile à définir selon les critères habituels. Dire que telle mesure est incompatible avec le développement harmonieux, respectueux des hommes et de la nature, voilà qui, en l'état, est difficile à démontrer au niveau du droit. Bettina Laville estime que la définition même du développement durable est à l'origine de ce que certains de ses collègues du Conseil d'Etat appellent, avec ironie, « le droit gazeux ». Plus globalement, cette difficulté renvoie à une contradiction de fond entre la complexité croissante de la société contemporaine et la propension intrinsèque du droit à être simplificateur. Le Conseil Constitutionnel, dont dépend le Conseil d'Etat, n'a du reste jamais été saisi de ces questions.
Aux côtés de Bettina Laville, Jean-Michel Belorgey, ancien député, aujourd'hui président de la section du rapport (annuel) au Conseil d'Etat, porte aussi la question écologique. De lui, notre invitée dit qu'il a écrit dès les années 80 des « choses visionnaires ». Il est à l'origine d'un intéressant rapport sur la précaution et la responsabilité, publié en 2004, qui situe la place du droit européen par rapport au droit français. Reste une difficulté majeure, souligne à nouveau la Conseillère d'Etat : la carence de jurisprudence relative au développement durable, une notion juridique qui n'est pas (encore) déclinée alors que c'est une notion sociale et environnementale de première importance, reprise dans la Charte de l'environnement. Celle-ci s'appuie explicitement sur le principe de précaution qui, appliqué initialement aux seules questions de santé, s'est étendu depuis aux questions environnementales.
Le conservatisme global en matière écologique du Conseil d'Etat correspond-il à celui des politiques ? Bettina Laville répond qu'il s'agit plus d'erratisme que de conservatisme. Les politiques comme les conseillers d'Etat (dont les sphères d'action sont très distinctes) ont compris beaucoup de choses mais de là à en tirer les conséquences, à impulser de vrais changements, il y a un grand pas. Au fond, l'erratisme de la classe politique est à l'image de celui de la société civile : les Français sont bien conscients des sérieuses menaces qui planent sur la planète mais ne sont pas pour autant prêts à changer de comportements… Néanmoins, ce qui peut faire évoluer les mentalités et les choses au Conseil d'Etat, c'est, tout simplement, la prise en compte du réchauffement climatique car celui-ci interfère directement avec le droit des assurances, considéré par les conseillers comme droit « noble ».
Quel est l'impact des rapports annuels (assortis de recommandations) du Conseil d'Etat sur l'évolution du droit et l'application de la jurisprudence en France ? A l'évidence, convient Bettina Laville, la démocratie ne s'en saisit pas ou peu parce qu'ils sont très techniques. De fait, ils sont beaucoup moins médiatisés que les rapports de la Cour des comptes et leur impact, par conséquent, en reste fort limité. Sauf quand le Conseil d'Etat, directement ou indirectement, souligne l'inflation du droit et la difficulté d'interpréter ce droit…
Revenant sur la notion de développement durable, notre invitée admet que celle-ci a été mise à mal ces dernières années, principalement du fait de sa récupération marketing. Elle rappelle que le Comité 21, qu'elle a créé en 1994 avec Huguette Bouchardeau et Simone Weil, a accompli un énorme travail de sensibilisation des collectivités locales et des entreprises aux enjeux du développement durable. Il faut désormais, estime-t-elle, travailler à nouveaux frais sur cette notion, en souligner et en clarifier la complexité. Et, surtout, mettre enfin l'accent sur la nécessaire révision non seulement des modes de production mais aussi des modes de consommation pour que ceux-ci deviennent eux aussi éco-compatibles. On ne changera pas cette société si on ne change pas notre façon de consommer, martèle-t-elle. C'est tout l'enjeu de la rencontre qu'elle organise le 4 avril, à 14H30, à l'Hôtel de la monnaie. L'objectif, à terme, étant d'arriver à globaliser le concept de développement durable et de s'en saisir comme base de la démocratie, comme base de l'action politique. Pour qu'il cesse d'être un concept technocratique, pris en otage par le monde des entreprises. Et devienne, bel et bien, un nouvel humanisme au sein duquel le consommateur est l'un des acteurs principal, par la pression qu'il exerce (ou devrait exercer…) sur les méthodes de fabrication et de distribution.
De cette rencontre, nous avons retenu que la gestion du droit, français ou européen, sera de plus en plus importante pour la surveillance de tous les aspects de la gestion de l'aménagement du territoire. Mais nous avons compris aussi que les membres du Conseil d'Etat pouvaient (majoritairement) être en retard par rapport à l'évolution de la société civile, comme encore prisonniers d'un certain conservatisme. Juridique…bien sûr. Ce qui ne simplifie évidemment pas la tache de ceux qui, avec une sensibilité environnementaliste, s'efforcent de faire évoluer non pas le droit mais l'interprétation du droit telle que la réclament les associations de protection.

Par Claude-Marie Vadrot
Vidéo du petit déjeuner avec José Bové
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Une semaine avant l'officialisation de sa candidature à la présidence de la République, alors que la probabilité de cette annonce était dans toutes les têtes, José Bové est venu aux JNE évoquer les rapports de l'agriculture avec l'environnement et, donc, les différences d'appréciation sur le métier et sur ses conséquences écologiques, entre son syndicat, la Confédération paysanne, dont il a été l'un des co-fondateurs, et la FNSEA, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles qui domine (même si cela diminue) le monde paysan. Il a donné le point de vue de ceux qui cultivent mais aussi celui de l'éleveur de brebis qu'il est depuis 1975. Aujourd'hui, en raison de ses activités syndicales et politiques il s'occupe, dans la structure collective du Larzac, des labours et des récoltes de fourrage.
Une quarantaine de membres de l'association ont assisté ce petit-déjeuner soit le double que pour la venue de Dominique Voynet…
Il explique sa décision: « probablement, bien qu'ils me voient souvent à la télévision, que les gens sentent que je ne suis pas hors de leur monde, que je n'appartiens pas à une caste, que je ne suis pas un individu hors-sol, que je suis vraiment issu de la société civile. Alors ils m'encouragent, viennent bavarder ou me donner des conseils. Ca, c'est formidable, cela fait du bien, et je ne ressens pas leurs questions, leur sympathie comme une intrusion. D'autant plus que ce n'est pas l'homme qu'ils félicitent, mais les idées que nous allons défendre, que nous défendons depuis longtemps et qui les ont amenés à voter non au référendum sur l'Europe ».
L'un des trois thèmes de sa campagne lancée le 1 er février sera l'écologie, les deux autres étant « vivre ensemble » et l'antilibéralisme. L'un de ses porte-parole sera François Dufour, agriculteur normand, qui fut avec lui l'un des représentants officiels de la Confédération Paysanne.
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Photo © Anneli AIRAKSINEN |
« Vivre ensemble, dit José Bové, c'est retrouver, réconcilier, rassembler tous ceux qui se sentent stigmatisés, exclus, brisés. Tous ceux qui sont victimes d'une fracture qui peut aussi bien être sociale, culturelle qu'économique. Tous ceux qui sont finalement victimes de la vieille idéologie du bouc émissaire, quel que soit leur milieu social. Les gens ont envie d'être reconnus pour leur importance, pour ce qu'ils sont, pas seulement pour ce que la société fait d'eux. Cela explique que notre mouvement reçoive tant d'appels, de demandes, de soutien de la banlieue. Cette liaison n'est pas vraiment nouvelle car à l'occasion du rassemblement de Larzac 2003, nous avions constaté que la liaison entre les luttes des banlieues, les revendications écologistes et altermondialistes commençaient à se faire. »
Pour José Bové, au niveau français comme dans le reste du monde l'agriculture n'est pas « seulement la production » mais la recherche d'un équilibre entre le travail du sol et la biodiversité. « Pour nous, l'agriculture doit faire vivre et nourrir alors que pour la FNSEA, c'est un marché, des trucs à vendre, une matière première, c'est pour cette raison que nous sommes vigoureusement opposés à cette notion de pétrole vert qui contribuera à augmenter la pollution et enrichir quelques agro-businessmen ».
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Photo © Anneli AIRAKSINEN |
« Il ne faut jamais perdre de vue que notre métier s'effectue dans le vivant, un vivant qu'il faut respecter, qu'il s'agisse des plantes, des animaux et des sols. Le sol n'est pas un support neutre avec lequel on peut faire n'importe quoi. Il faut soigner ces sols, soigner le milieu naturel».
Ensuite, celui dont les parents ont travaillé pour l'INRA, explique longuement que l'agriculture, telle que conçue par la Confédération Paysanne, doit d'abord être un mode de vie, une culture, une démarche spirituelle aussi. Et non pas une activité de « chef d'entreprise ou hélas trop souvent d'0S de la production agricole ». Il ajoute que de par le monde il n'y a que 28 millions de paysans utilisant un tracteur alors que 250 autres millions ont recours à la traction animale tandis que 1 200 000 travaillent le sol à la main. Il dénonce l'ouverture des marchés qui pénalise les petits agriculteurs, en France comme dans le reste du monde : « Il faut donc revenir à la notion de territoire, nous ne devons pas avoir une activité industrielle et c'est pour cela que nous nous opposons aux OGM qui sont non seulement un risque mais en plus une escroquerie. Partout il est possible de produire autrement, même du coton et il ne faut pas que l'agriculture de rente liée aux cours internationaux prenne le pas sur l'agriculture de vie. Contrairement à ce que le pouvoir essaie de nous faire croire, le bio n'est pas un problème pour la productivité d'une exploitation car la productivité ne doit pas se compter en quantité mais en qualité ».
Tout en refusant que sa candidature soit étiquetée « écologiste », celui qui est toujours porte parole de Via Campesina , veut insister sur tous les problèmes d'environnement, ceux qui sont induits par l'industrie et le transport comme ceux qui proviennent trop souvent des activités agricoles. Il rappelle notamment que les coûts environnementaux ne sont jamais pris en compte tout en étant payés par les consommateurs d'une façon ou d'une autre. Comme, par exemple, le nitrate déversé il y a quinze ans dont l'élimination se retrouve aujourd'hui sur les factures d'eau. Il souligne aussi qu'il devra expliquer pourquoi notre alimentation trop carnée organise un non-sens écologique et économique et qu'il sera impossible de l'étendre à l'ensemble de la planète : « il s'agit d'une impasse, on nous raconte des histoires en le laissant croire aux populations. Car il est impossible de reproduire à l'échelle de la planète un système dans lequel il faut sept protéines végétales pour produire une protéine animale ; Quant à la dernière lubie de nos politiques, le pétrole vert, c'est une folie. Cela enrichira quelques agro-industriels qui se feront en plus subventionner et cela épuisera les terres tout en permettant de plus en plus de pesticides. Donc en polluant et détruisant des sols déjà partout fragilisés. Trente traitements pour des pommes, douze pour du blé ».
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Photo © Anneli AIRAKSINEN |
José Bové expliquera aussi au cours de sa campagne que les « petits gestes » pour sauver la planète ne suffiront pas : « j'ai une maison écologique guère plus chère que les maisons Borloo et économe en énergie, je suis un éleveur bio, j'essaie d'avoir un comportement le plus responsable possible. Mais cela ne suffit pas, il faut aussi, en agriculture et dans les autres domaines s'attaquer au logiciel du productivisme. L'écologie ne peut pas être un consensus. Elle ne peut être qu'une bataille frontale, une opposition aux principes économiques actuels, à la recherche effrénée du profit. C'est l'envers de la mondialisation. Si on veut sauver la planète, il faut attaquer ; et vite. Pour l'énergie, il faut relocaliser, régionaliser la production à chaque fois que c'est possible ».
Sur l'écologie, sur la création d'une OME –organisation mondiale de l'environnement- dotée de pouvoirs cœrcitifs, notamment sur la question du réchauffement, sur la préservation des services publics essentiels, sur les OGM, sur l'énergie, sur le nucléaire, sur la rupture avec la dictature des multinationales, sur la préservation des biens immatériels comme la culture, sur la technique qui ne doit pas imposer un modèle politique, sa campagne, explique-il, sera à la fois intraitable, collective et résolue. Manifestement, il s'en régale d'avance, comme si elle représentait un aboutissement d'une vie militante, dont on a souvent oublié qu'elle le conduisit, avant d'être connu, aussi bien en Nouvelle Calédonie pour défendre ses amis Kanaks que dans les eaux de la Polynésie pour dire son opposition au nucléaire.
Quand on lui demande pourquoi il s'embarque dans une telle aventure, après avoir détaillé ses objectifs politiques avec sérieux, il dit en riant « Il faut être fou, parfois »
Et quand on lui demande quelle sera sa première décision une fois élu, il répond après avoir longuement réfléchi : « il y en aura deux. La première je la garde pour moi et la seconde sera l'élection et la convocation d'une assemblée nationale constituante . Et la troisième sera pour limiter sévèrement le cumul des mandats. Avec pouvoir à la population de révoquer ses élus qui ne lui donnent pas satisfaction, comme cela se pratique aux Etats-Unis ».

Avec Philippe J. Dubois et Allain Bougrain-Dubourg (LPO)
Par Claude-Marie Vadrot et Bernadette Gilbertas
Rencontrés en pleine « chaleur » hivernale, Philippe Dubois et Allain Bougrain-Dubourg, respectivement coordinateur scientifique et président de la LPO, la Ligue pour la Protection des Oiseaux, avaient prévenu : pour les oiseaux, la première conséquence du réchauffement est qu'ils peuvent être gravement affectés par l'arrivée d'une vague de froid les surprenant en activité printanière précoce. Autrement dit, les migrateurs au long cours, hirondelles, cigognes ou grues cendrées par exemple, qui s'attardent sur le territoire français ou décident d'y passer l'hiver parce que la nourriture reste abondante, voire ceux qui installent leurs nids plus tôt qu'à l'ordinaire, peuvent être soudainement surpris par le froid. Car, la migration, explique Dubois, « n'est pas inscrite dans le marbre et correspond simplement à une disponibilité de leur pitance habituelle ». Des insectes et tout ce qui peut grouiller dans les jardins et la nature tant que la température reste au-dessus de zéro. Le froid étant arrivé cette semaine alors que le milieu naturel est déjà en pleine effervescence, la réalité rejoint les craintes.
Il était important de nous préciser en préambule que la capacité d'adaptation , voire de réaction des oiseaux est plus forte que celle des mammifères, et de bien faire la distinction entre les migrateurs au long cours qui semblent plus affectés par le réchauffement climatique que par les hivernants qui migrent sur de plus courtes distances.
Un constat plutôt positif à court terme
La modification significative des habitudes de nombreux oiseaux, ceux qui ne partent plus tous vers le sud et ceux qui ne viennent plus du nord, remonte à une bonne vingtaine d'années, explique la LPO. A première vue, le constat est positif, notamment pour les 2,5 millions de canards qui ne sont plus contraints à se fatiguer pour venir se réfugier en France et dans le sud de l'Europe ; et pour ceux que les conséquences du froid contraignent depuis des siècles à se réfugier en Afrique. Résultat exemplaire parmi d'autres : dix couples de cigognes blanches à la fin des années 70 et un millier actuellement ; une croissance également attribuable à la loi de protection de nombreux oiseaux adoptée le 10 juillet 1976. Tout pour comme les milliers de grues cendrées passant désormais l'hiver en Champagne ou dans le sud-ouest de la France.
Autre problème, une part importante des oiseaux partant encore en Espagne ou en Afrique, notamment les petits passereaux, n'étant pas directement reliés à la météo, française ou autre, reviennent à un moment où, pour cause de radoucissement général, de nombreux insectes et larves ont déjà pris leur envol. Ce qui les prive de nourriture au moment où ils installent leurs nids, pondent leurs œufs et commencent à nourrir leurs petits. Certaines espèces comme le pouillot siffleur ont déjà vu leurs populations se réduire de 80%.
Les oiseaux de l'arctique en première ligne
La France n'est pas le seul territoire où les oiseaux sont menacés par le réchauffement. Le changement climatique ayant un impact beaucoup plus marqué sur les régions arctiques, la taïga, la forêt des contrées froides, grimpe rapidement vers le nord depuis une trentaine d'années, aux dépens de la toundra fréquentée au nord de la Russie et du Canada par une quinzaine de millions d'oies, de canards et de limicoles divers. Dernières estimations du désastre : dans une vingtaine d'années, la population sera réduite de moitié, une extinction progressive étant envisagée. Et la montée des océans va peu à peu noyer les estuaires où ces mêmes espèces trouvent leur nourriture.
Les fauvettes noires préfèrent les Anglais
Afin de bien nous faire réaliser la vitesse d'adaptation de certains oiseaux aux modifications climatiques, Philippe Dubois prend l'exemple de la fauvette à tête noire, oiseau très commun dans notre Europe. Les Grands Bretons l'ont vue arriver de plus en plus souvent et en nombre grandissant. Des opérations de baguage ont alors été organisées en masse. Ces oiseaux venant d'Europe centrale avaient pour habitude d'hiverner dans le bassin méditerranéen. Or les fauvettes à tête noire avaient changé leur mode de migration, préférant les Anglais aux Turcs, ou autres peuples méditerranéens. Tout cela, parce que les températures devenant de plus en plus douces en Grande Bretagne, les hivernages étaient donc tout aussi confortables qu'à Alger, évitant également les trajets, la fatigue, et assurant du coup une meilleure reproduction.
Mais le plus étonnant a été ce qu'une expérience a révélé sur les jeunes fauvetttes qui elles aussi arrivaient en nombre. Le nouveau trajet de migration de leurs parents s'était déjà inscrit dans leur génome !
Autre aspect du changement climatique : la ceinture saharienne ne cesse de s'étendre, et les oasis qui les parsèment de s'assécher. Les migrateurs du sud en route vers le nord ont de moins en moins de haltes pour s'arrêter, et les distances à parcourir au-dessus du désert ne cessent de s'allonger.
Les grands migrateurs au long cours semblent souffrir beaucoup plus des changements climatiques, car ils possèdent une horloge interne qui ne tient pas compte des ressources du milieu. Ainsi le pic des insectes ne correspond pas forcément avec leur arrivée et n'est pas toujours en accord avec le pic de naissance des jeunes. D'où une très forte mortalité chez les poussins.
En résumé : de l'optimisme à court terme, une meilleure santé pour l'avifaune, suivie par un franc pessimisme à long terme.
Des oiseaux qui vont mourir en bonne santé
La situation des oiseaux est donc très complexe. Ce qu'Allain Bougrain-Dubourg et Philippe Dubois traduisent par un paradoxe : « partout dans le monde, à cause du réchauffement, des millions d'oiseaux vont mourir en bonne santé ! Il y a toujours eu des modifications climatiques, mais le réchauffement actuel, engendré par les activité humaines, est trop rapide pour que les espacés aient le temps d'adapter leurs comportements ; d'autant plus que les modifications précédentes se sont faites au sein d'une nature quasiment vierge. Désormais, entre la modification des territoires, la pollution, la fragmentation des milieux s'ajoutent aux modifications aléatoires des climats. Il n'y a que le loup qui est assez malin, il l'a prouvé, pour changer d'écosystème ».
Les mêmes difficultés s'opposent à la migration nécessaire des espèces végétales. Au cours d'un colloque sur le développement durable organisé le dernier week-end à Courchevel (1), François Letourneux, patron en France de l'Union Internationale pour la conservation de la nature, a expliqué à quel point, dans un espace dangereusement mité, les chênes avaient des difficultés pour « partir » vers le nord, alors qu'ils sont « chassés » par l'élévation des températures moyennes.
« Le problème , explique Philippe Dubois, c'est que la biodiversité est le parent pauvre du débat sur le climat et le cadet des soucis des politiques ». Et, comme de nombreux naturalistes, il constate une « mondialisation » de cette biodiversité » qui se traduira par une diminution rapide du nombre d'espèces, y compris celles dont nous pourrons avoir besoin pour survivre dans un monde réchauffé ou bouleversé.
En conclusion Dubois et Bougrain-Dubourg ont affirmé que les Régions, grâce aux Verts, commencent à installer une nouvelle culture écologique, ajoutant que si les élus urbains sont plutôt au-dessus de la moyenne écologique, les autres élus sont largement en dessous. Autre remarque forte qui n'est pas nouvelle : le peu de cas que le gouvernement actuel fait de la vie associative alors qu'elle est essentielle à l'observation de la biodiversité.
(1) Les Ateliers de la Terre

Petit-déjeuner JNE/Fondation Gaz de France - Le 12/12/06
Avec l'Association Française pour la Prévention des Catastrophes Naturelles (AFPCN), représentée par Yves Le Bars, vice-président, Yves Dauge, sénateur et maire de Chinon, Philippe Huet, ingénieur du GREF et Nicolas-Gérard Camp'huis directeur du Centre Européen de Prévention du Risque d'Inondation.
Petit-déjeuner réalisé en collaboration avec l'AJSPI et animé par Pierre Lefèvre membre des deux associations.
Risques d'inondation : L'AFPCN tire la sonnette d'alarme
Par Carine Mayo
Des inondations, notre pays en a connu ces dernières années : celles de l'Aude, de la Loire… Mais que se passerait-il si la France devait faire face à une crue semblable à celle de 1856 ? Cette année-là, 55 départements avaient été touchés car les rivières des bassins du Rhône, de la Loire, de la Garonne, du Rhin et du sud de la Seine avaient connu simultanément des crues importantes, de même que l'Espagne et l'Italie. Si un tel épisode se passait aujourd'hui, c'est l'ensemble de l'Etat qui serait concerné. L'ampleur du phénomène pourrait être alors comparable avec ce qu'ont connu les Américains lors du cyclone Katrina qui a provoqué une crue importante (250 000 km2 touchés, soit la moitié de la France). Une fiction ? Non, une réalité pour l'AFPCN qui estime qu'il faut se préparer à y faire face dès maintenant.
Gestion de la crise
Pour l'AFPCN, une chose est sûre : il est impossible de prévoir la crise plusieurs jours à l'avance, et une fois qu'elle se produira, elle causera des réactions en chaîne (effet domino) qu'il faut essayer d'anticiper. Par exemple en ce qui concerne l'évacuation des personnes dans les hôpitaux, les maisons de retraite : si de nombreux départements sont touchés en même temps, où pourra-t-on héberger ces personnes ? D'où la nécessité d'imaginer une coordination au plan européen. Outre les transports, de nombreux secteurs de notre vie économique et sociale pourraient être touchés. A la question de savoir ce qu'il adviendrait des usines SEVESO et des centrales nucléaires, il est répondu que les centrales ont été redimensionnées pour faire face à des crues importantes (surélévation des zones sensibles) mais qu'une forte crue sur la Loire pourrait interrompre la production d'électricité et affecter également la population vivant en région parisienne. Quant aux autres conséquences, nos interlocuteurs nous invitent à nous rapprocher des entreprises concernées pour mieux les évaluer. Pour faire face à une crise de grande ampleur, de nombreuses personnes devront être mobilisées aussi bien dans les entreprises qu'au niveau de l'Etat ou des collectivités locales. Aussi, plusieurs d'entre elles ont mis en place des « réserves communales » composées de volontaires mobilisables 15 jours par an (un dédommagement est prévu pour les employeurs). On en compte actuellement 134 à travers la France.
Actions de prévention
Il existe des outils de prévention déjà en œuvre. Les PPRI(plans de prévention des risques d'inondation) visent à limiter l'urbanisation en zone inondable. Mais ils se heurtent souvent à la grogne des élus locaux qui jugent que l'Etat impose des contraintes trop fortes. Les PAPI (programmes d'action de prévention des inondations)sont des projets élaborés par les collectivités et soutenus par l'Etat. Pour être efficaces, ils doivent être menés à l'échelle d'un bassin de risques et non d'une commune. Aujourd'hui, l'on admet que l'on ne peut se protéger totalement des crues. Un barrage, même important, ne pourrait pas contenir plus de 1 ou 2% des volumes d'eau en cas de crue type 1856. C'est pourquoi, il est essentiel de conserver des champs d'expansion des crues, de créer des déversoirs… Parallèlement, l'Etat a lancé un programme de rénovations des digues dont 10% se sont révélées être sans propriétaire !
Construire en zone inondable
Malgré cela, il est difficile d'empêcher la construction en zone inondable. La pression démographique, surtout dans le sud de la France, fait que la loi est souvent contournée. Et quand des logements existent, il est difficile de faire partir les gens qui s'y sont installés (ex. du quartier La Bouillie à Blois). Néanmoins les mairies ont pour obligation d' info rmer les locataires et les propriétaires lorsqu'ils veulent habiter en zone inondable.
A la question de savoir si l'on ne pourrait pas adapter les normes d'habitat au risque d'inondation, il est répondu qu'il existe des tentatives de ce type, mais que pour fonctionner il faut qu'elles soient économiquement soutenables et sociologiquement acceptables : par exemple, on peut surélever les prises électriques, mettre du carrelage sur les murs plutôt que du papier peint, ne pas créer de rez-de-chaussée habitable. Anecdote intéressante : le campus de Grenoble, qui avait été construit sur pilotis, a muré le rez-de-chaussée pour créer des salles supplémentaires, et le CEMAGREF vient d'inaugurer un labo sous les pilotis ! Cela pose le problème de la mémoire qui est essentiel lorsque l'on se trouve face à un risque. Dans la période qui suit une inondation, on met en place de quoi faire face au risque, mais ensuite, les années passent et on oublie tout ! Enfin, la gestion post-crise est aussi importante. Sur ce point, notre pays ne semble pas trop mal placé selon nos interlocuteurs, notamment grâce à son système d'assurance avec une indemnisation qui est complétée par les caisses de réassurance lorsque les dégâts dépassent un certain niveau, puis par un financement de l'Etat, lorsque les dégâts atteignent un niveau encore supérieur.

Par Jean-Michel Groult
PETIT DEJEUNER JNE/Fondation Gaz de France - Le 20 DECEMBRE 2006
Invité : Gilles Clément, paysagiste, auteur de "Une écologie humaniste" (co-écrit avec Louisa Jones)
Le retour au jardin : effet de mode ou besoin existentiel ?
GC indique que cette question lui a déjà été posée depuis 20 ans. La "mode du jardin" n'est donc pas une question nouvelle mais la dimension écologique actuelle l'est. Le jardin lie l'individu à son territoire. Le jardinier est en proie à un sentiment double : celui de liberté (il établit une sorte de collaboration partagée avec la nature) et celui de contrainte (il n'a pas de prise réelle sur ce qui se passe, il peut seulement l'influencer avec des artifices). Le jardin ne se soumet pas à la mode
L'écologie, alors, serait-elle une mode ?
On ne peut nier que les pratiques ont évolué. D'ailleurs, c'est parmi les jardiniers que l'on retrouvera ceux qui savent vraiment ce que c'est que l'écologie, qui la vivent. Pour GC, l'écologie constitue le seul projet politique sérieux à long terme. Mais on assiste à un engouement massif pour ces questions, qui peut donc se récupérer pour des visées électorales, par des gens qui ne sont pas compétents. Peu d'homme politiques ont réellement repris les questions d'écologie dans le sens vrai du terme, sauf ceux parlant de décroissance. La croissance effrénée est néfaste : un mode de gestion écologique doit être forcément précautionneux. D'ailleurs, parmi le seul français qui compterait, dans le champ des idées écologistes, serait Serge Latouche : ce n'est pas un hasard. Nicolas Hulot (dont GC n'a pas lu le pacte et sur lequel il ne peut donc pas se prononcer) dénonce ce qu'il faisait lui-même, finalement, il y a quelques années dans "Ushuaïa". Mais il a évolué et tente de faire passer un message. GC partage d'ailleurs une de ses convictions : la question environnementale est trop importante pour être portée par une petite structure ministérielle.
Photo © Florence Leray
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Conférence de presse de Gilles Clément. |
L'école de Versailles a-t-elle changé ?
Petit retour en arrière : dans les faits, l'art des jardins n'a pas disparu, mais on constate une "éclipse" datant de la
1 ère guerre mondiale.
On a ainsi observé l'émergence d'un mouvement, le Néoclassicisme au moment de l'Art Déco puis la créativité s'est tarie. Entre-temps, c'est la Grande-Bretagne qui faisait figure de référence. C'était cependant un "rêve achevé", c'est-à-dire que le modèle n'évoluant plus, l'intérêt s'est amenuisé. Actuellement, il n'y a pas de leadership d'un pays donné. La France, de par la qualité de ses paysagistes, est bien positionnée dans le groupe de tête.
La raison en revient sans doute au fait que l'école française ne s'appuie pas sur le " matter of fact ", la technique pure du métier, et intègre d'autres dimensions. Avant, la pensée de référence à l'école de Versailles faisait du paysagisme une préoccupation réservée à une élite. Pourtant, le jardin, c'est l'inverse : un espace d'ouverture sur le monde ! La découverte de la chose "naturaliste" a disparu des cursus et les étudiants ont maintenant peu de connaissance du végétal. GC a par exemple entrepris un travail sur les 3 ème années afin de leur donner des rudiments.
L'éloge du jardin sauvage n'est-elle pas paradoxale, parce qu'antithétique de la maîtrise du jardin ?
GC n'est pas partisan d'éradiquer tout ce qui n'est pas nécessaire. Le bambou de Sumatra ( Ndr : Reynoutria japonica ??? ) peut par exemple se gérer sur un petit espace. Il ne faut maîtriser que si cela se justifie. "Eradique-t-on les chênes ? Non bien sûr". Les visions de l'équilibre sont faussées : un milieu en équilibre n'est pas immuable. Souvent, on note que l'installation d'une espèce provient de la disqualification d'un milieu. Prôner l'éradication, c'est "vendre la soupe des marchands de pesticides " est-ce que l'on souhaite ? Il y a déjà assez des velléités de breveter et séquestrer le vivant !
Le premier jardin est né lorsque l'homme s'est sédentarisé. Le jardinage correspond à une intervention de l'homme. Elle peut être douce ou brutale. Mais lorsqu'il n'y a pas d'intervention du tout, qu'il s'agit de nature sauvage, ce n'est pas un jardin. C'est ce que GC appelle un "tiers paysage". ". Certes, la notion de "mauvaise herbe" est toujours enseignée. Mais la notion de "peste végétale" se discute. Car une telle espèce ne détruit pas toujours le milieu. Il se rééquilibre et finit par maîtriser de lui-même cette nouvelle espèce. L'histoire de l'évolution est faite de ces arrivées, de ces migrations. Les naturalistes semblent ne pas l'avoir encore compris. Le jardinier d'aujourd'hui, face à la nature, doit se demander comment "faire avec" et non "faire contre". Dans son propre jardin, GC n'utilise bien sûr aucun pesticide. Mais il déplore que les insectes -et pas seulement eux, toute la faune est concernée- soient toujours mal perçus.
N'assiste-on pas à une uniformisation des jardins un peu partout dans le monde ?
Oui, mais cela n'est pas étonnant puisque les lobbies et les firmes diverses ont pris les cultures en otages. Il n'y a qu'à observer le combat du purin d'ortie : on se trouve dans une réelle logique d'" Etat maffieux ". GC affirme que l'Etat a agi, dans cette histoire, par intérêt et non pas par incompétence. On se trouve face à une manipulation et non une innocente conséquence. D'ailleurs, GC a un projet de petit "jardin d'ortie", à Melle (Deux-Sèvres), qui sera inauguré le 24 juin 2007. Il comportera un carré d'ortie et un filtre géant, comme celui que l'on utilise pour filtrer le purin d'ortie. Avec une distribution de purin aux visiteurs, bien sûr !
Dans l'esprit du public, l'ortie pique et doit être éliminée. GC estime que le public a perdu le sens des réalités, de la nature. Les paysans, qui sont devenus des gestionnaires, sont un peu comme " décérébrés ", dont les actes ont des conséquences certaines pour notre environnement. La question des biocarburants est d'ailleurs édifiante à ce propos, puisque leur production reviendra à utiliser davantage d'engrais. Et surtout cela offre un boulevard à l'utilisation d'OGM. Un discours écologiste irréfléchi pourrait servir de tels buts !
Photo © Florence Leray 
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Conférence de presse de Gilles Clément. |
Les jardins urbains contemporains n'ont-ils par pour but d'offrir un lieu de retrouvailles avec la nature ?
Au XIXème siècle, les jardins avaient une vocation sociale et hygiéniste, selon le fameux triangle "eau, air, lumière". Cette vision est devenue obsolète, vue la qualité de l'air qu'on peut respirer dans les jardins urbains !
(On notera d'ailleurs que, curieusement, la récente étude d'Airparif tombe à point nommé pour le lancement du tramway parisien…). En fait, l'objectif des jardins actuels n'est pas de créer un lieu de communion, car ils résultent d'un processus différent. C'est en effet de la volonté des habitants, qui doivent faire pression sur les élus pour obtenir un tel aménagement, que revient l'initiative. Ce ne sont pas les gouvernants qui prennent l'initiative de créer un jardin: ils ne font que répondre à une sollicitation de la population. On résout ainsi plus des problèmes de société que celui d'une connaissance de la nature…
Mais avec 80% de la population vivant en ville, comment retrouver le lien à la nature ?
Il faut agir avec des leviers, comme les professeurs des écoles. Ils font un travail de base, s'impliquent à titre personnel et font découvrir des choses aux enfants. Hélas ce travail n'est pas relayé par la suite du cursus, où, au mieux, les élèves sont orientés vers la biologie moléculaire... GC cite l'exemple d'un lycée où l'initiative de quelques enseignants, avec la complicité du responsable, a abouti à un projet de jardin en mouvement de 6ha (dont GC supervise la conception et qui est en cours de réalisation). 3 promotions se sont déjà succédées depuis le début du projet mais l'enthousiasme des jeunes est demeuré intact. Dans un tel exemple, les obstacles proviennent de ceux qui détiennent la vérité, c'est-à-dire les enseignants qui relayent les prescriptions de lobbys (utilisation de pesticides et d'herbicides, etc.).
Les projets et réalisations :
- Aménagement du parc de Mouans-Sartoux, autour de l'espace d'art concret. Le maire est un des rares vrais maires écolo de France.
- Aménagement d'un immense talus à Bruxelles, à proximité d'habitats sociaux ; l'idée est de fractionner l'espace par des jardins afin de créer des rencontres entre habitants et végétal.
- Commémoration des 30 ans de Beaubourg : GC y participera au même titre que d'autres invités et présentera une installation sur le tiers paysage, face à une réalisation de Patrick Blanc ( Ndr : dont on pourra par ailleurs voir les Folies végétales à l'espace Electra jusqu'au 4 mars 2007 .)
L'heure serait venue de refaire une manifestation comme fut celle du Jardin Planétaire, qui avait beaucoup touché le public. Mais notre invité n'a pas de tel projet pour l'instant, faute de financement.

28 novembre 2006 – Mise au point sur la réglementation chimique européenne REACH.
Par Sophie Chapelle
Les JNE ont accueilli dans leurs locaux le 28 novembre 2006 Marie-Hélène Aubert, Députée européenne du parti Verts, et François Veillerette, Président du Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures (MDRGF). L'objectif de cette rencontre : faire le point sur la réglementation chimique européenne. Reach, l'acronyme pour Registration, Evaluation and Autorisation of CHemicals, est en cours d'élaboration au niveau européen. Actuellement, environ 100 000 substances chimiques sont en circulation dans l'Union Européenne. Seules les 5 000 plus récentes ont été testées. Le 13 décembre, le règlement REACH sera voté en deuxième lecture au Parlement européen.
- Autour de la législation européenne…
Nuance juridique entre règlement et directive.
Comme l'explique Marie-Hélène Aubert, « si Reach fait l'objet d'un véritable bras de fer entre l'industrie chimique et les citoyens, c'est en partie dû à sa nature réglementaire. » Dans le droit de l'Union Européenne, un règlement est obligatoire dans tous ses éléments : il ne peut pas s'appliquer de manière incomplète ou sélective. Une directive par exemple est beaucoup moins contraignante qu'un règlement : elle fixe un but à atteindre mais laisse aux Etats le choix des moyens pour y arriver (on parle de « transposition » en droit national). François Veillerette cite notamment la Directive européenne 91/414/CEE, qui gère les évaluations des matières actives des pesticides et leurs Autorisations de Mise sur le Marché (AMM) : il constate « un non respect des objectifs fixés par cette Directive en France. » Les attendus de l'application du règlement Reach font par conséquent naître de plus grands espoirs que toutes les législations en vigueur jusqu'ici sur les substances chimiques.
Avant l'entrée en vigueur de Reach, un long parcours législatif…
Marie-Hélène Aubert précise que « l'adoption d'un règlement européen est un parcours législatif complexe de co-décision entre le Parlement européen et le Conseil. » Dans un premier temps, la Commission européenne rédige la proposition de loi. Puis, le Parlement européen vote les amendements pré-inscrits par les commissions parlementaires compétentes (pour Reach, les commissions Environnement, Industrie et Marché intérieur). Ensuite, le Conseil de l'Union européenne examine à son tour le texte original de la Commission, en tenant compte des amendements proposés par le Parlement et formule un Accord Politique. Cette première étape dite de « première lecture » a eu lieu pour Reach en novembre-décembre 2005. Cet Accord Politique a été affiné en Position Commune du Conseil. Le 27 juin 2006, cette Position Commune a été communiquée au Parlement européen, ce qui a marqué officiellement le début de la deuxième lecture. Après le 13 décembre 2006, date du vote de Reach en séance plénière au Parlement européen, le Conseil de l'Union Européenne devra s'exprimer in fine. Si le Parlement et le Conseil ne parviennent pas à un accord, une procédure de conciliation sera mise en place pour que le texte entre en vigueur avant fin 2007.
- Les enjeux de la deuxième lecture.
Au sortir de la première lecture de nombreux objectifs de Reach ont été revus à la baisse.
La première déception concerne le devoir de responsabilité des industriels et le droit d' info rmation des consommateurs. Certes, les industriels doivent prévenir des risques en communiquant les info rmations sur les précautions d'usage et les substances contenues dans les articles vendus ; mais ce ne sont que des principes généraux sans contrainte légale forte. Par ailleurs, constate Marie-Hélène Aubert, « à partir du moment où l'usager est averti, l'industriel est déresponsabilisé. »
D'autre part, l'évaluation des substances a perdu de sa teneur : la quantité d' info rmations est allégée pour les substances produites ou importées entre 1 et 10 tonnes par an. Certains tests ne sont plus obligatoires sauf pour les substances les plus préoccupantes. Selon François Veillerette, l'une des grandes batailles à venir autour de Reach portera sur les substances à cibler.
Enfin, la question des tests, réalisés et financés par les industriels eux-mêmes, pose problème. Pour François Veillerette, l'EFSA (European Food Safety Authority) est à ce jour très contestée pour sa vision toujours positive des substances étudiées. Selon Marie-Hélène Aubert, les parlementaires ont un budget qu'ils pourraient allouer à des chercheurs indépendants. Mais selon elle, si l'étude révélait la toxicité de la substance, on reprocherait à cet expert d'être gagné à la cause anti-pesticide et d'autres études viendraient contrecarrer les résultats ; une véritable impasse…
L'amendement sur le principe de substitution sera-t-il ou non maintenu ?
En première lecture, un des amendements adoptés les plus intéressants selon François Veillerette est le principe de substitution. La substitution signifie le remplacement des substances dangereuses par d'autres substances de dangerosité inférieure, ou de préférence sans caractère dangereux, lorsque de telles alternatives existent. Aussi pour les substances très préoccupantes (notamment celles qui sont cancérigènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction, bioaccumulatives et persistantes dans l'environnement), la substitution est obligatoire. Une limite néanmoins : le Conseil n'a pas souhaité imposer la substitution obligatoire pour toutes les substances, notamment dans le cas où l'industriel peut prouver qu'il peut « contrôler les risques de façon adéquate. » Selon François Veillerette, les industriels sont dans l'évaluation du risque et absolument pas dans celle du danger. Pour lui, cette régulation des substances chimiques doit être en accord avec le Principe de Précaution.
Marie-Hélène Aubert a conscience qu'il sera difficile de faire passer cet amendement en deuxième lecture du fait du lobby de l'industrie. Elle rappelle que Jacques Chirac, Tony Blair et Gerhard Schröder ont par le passé plaidé auprès du Président de la Commission européenne un allègement du dispositif Reach au motif… qu'il impliquait des charges trop élevées pour l'industrie !
Le manque de volonté politique apparaît évident. François Veillerette mentionne à ce titre que « le gouvernement français n'apporte aucun soutien aux systèmes de production intégrée qui réduisent de moitié l'utilisation des pesticides ; l'Etat a fait le choix de soutenir l'agriculture raisonnée, une création de l'UIPP (Union des Industries de la Protection des Plantes), le lobby des pesticides ! »
- Quelques notes d'espoir…
Il n'est nul doute que le manque de transparence et d'indépendance des tests, ajouté à la longueur de la procédure d'homologation, favorisent les industriels. Mais pour François Veillerette, on pourrait parer à ces obstacles par la toxicogénomique (méthode qui permet d'étudier les effets toxiques des substances chimiques sur les cellules humaines ; les résultats se font jour au bout d'une semaine et sont beaucoup moins chers), ou par la bibliographie (en recoupant différentes études).
Sur le plan national, Marie-Hélène Aubert constate que de plus en plus d'entreprises ou d'organismes agricoles se lancent dans des scénarios alternatifs qui font écho à une demande forte de la société civile. Pour elle, le regard doit aussi être tourné vers les pays entrants qui seraient davantage portés vers l'agriculture biologique. Beaucoup d'exploitations sont familiales, de faible superficie, et l'entrée des pesticides sur ces marchés ruinerait une majorité de petits paysans. L'importance de ces nouvelles voix dans l'Union Européenne changera peut-être la donne.

Par Françoise NOWAK
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François Lemarchand : « Je pense que nous pouvons améliorer l'état de l'environnement et aller vers un monde plus chaleureux »
Le 10 octobre 2006, le président-fondateur de Nature et découvertes a accepté de répondre aux questions d'une vingtaine de journalistes de notre association. L'occasion de découvrir, au-delà des produits vendus dans ses 65 magasins, des actions pédagogiques et militantes très engagées.
De l'organisation de sorties « sur le terrain » au financement de projets de protection de l'environnement, ce chef d'entreprise met en acte un solide optimisme, tablant sur la réconciliation de l'économie et de l'écologie.
JNE : François Lemarchand, vous êtes le président-fondateur de l'entreprise « Nature et découvertes ». Comment caractériseriez-vous vos magasins ?
François Lemarchand : Par notre philosophie ! Notre objectif est de rapprocher l'homme des villes de la nature. Nous avons créé nos premiers magasins, ma femme et moi, il y a 16 ans et, depuis le début, nous menons en parallèle un programme éducatif, en coopération avec diverses associations.
Nous voulons inciter les enfants à comprendre la nature, l'observer et l'admirer… avec leurs parents. En quelque sorte, nous souhaitons provoquer le déclic nécessaire dans l'esprit des gens qui n'ont jamais quitté le béton, pour qu'ils fassent un premier pas hors de leur univers de référence, et s'intéressent à la richesse de la nature.
Voilà le pourquoi des quelque 30 000 sorties que nous avons organisées, en 2006. Voilà pourquoi des équipes entières consacrent tout leur temps à notre programme éducatif. Voilà aussi pourquoi nous avons lancé, entre autres, une collection de livres à 1 euro, et un magazine annuel d'idées, intitulé Canopée .
L'argent que nous ne dépensons pas en publicité -puisque nous n'en faisons quasiment pas- nous préférons cent fois l'investir dans de l'information « en direct ».
Cette sensibilisation passe également par la mise en réseau d'interlocuteurs qui, en général, ne se parlent pas (hormis dans des lieux confidentiels où l'on retrouve toujours les mêmes personnes !). Je veux parler du grand public, des décideurs et des experts de tous milieux, à savoir associatif, politique, et scientifique. C'est pour cela que, depuis 2005, nous organisons une « Université de la terre ». L'année dernière, cette manifestation de rencontres et d'échanges sur des questions d'environnement et de société a rassemblé quelque 9000 personnes, et nous avons décidé de la rendre annuelle. Sa prochaine mouture aura lieu ce dimanche 22 octobre, à la Sorbonne, sur la thématique de la responsabilité de l'homme sur la nature, dans le prolongement d'un grand cycle de débat consacré à la responsabilité, en général.
Enfin, nous sommes heureux d'avoir contribué, depuis 15 ans, au financement de plus de 700 projets dont l'objectif est de protéger l'environnement. Nous le faisons par le biais d'une fondation que nous alimentons par 10 % de nos bénéfices annuels. C'est notre impôt à la terre !
JNE : A côté de cette philosophie éducative et engagée, vous faites du commerce… Comment êtes-vous organisé, de ce point de vue ?
F. L. : Aujourd'hui, nous avons 65 magasins, situés en centre-ville, dans des villes de plus de 150 000 habitants, un chiffre d'affaires de 153 millions d‘euros et un personnel de 900 personnes, toutes salariées de la société Nature et découvertes . Le capital est détenu à 80% par mon épouse et moi-même, et à 15 % par le personnel. Nature et découvertes est donc une entreprise familiale et privée. Nos magasins représentent chacun de 300 à 400 m2 de vente. Ils sont tous certifiés iso 14001, label qui salue la façon dont une structure minimise les impacts de son activité sur l'environnement.
Nous avons d'ailleurs dans chacun d'eux une personne chargée de veiller aux bonnes pratiques écologiques du lieu.
Nos clients séjournent en moyenne 3/4 d'heure dans nos magasins, et les 2/3 n'achètent jamais rien. Nous ne voulons pas pour autant abréger ce séjour, au contraire : nous offrons près de 4,5 millions de tasses de thé à nos visiteurs, et prévoyons des surfaces plus importantes, pour nos prochains points de vente, de façon à ce que ceux qui le souhaitent puissent s'asseoir.
Nous faisons tout pour que nos clients soient heureux chez nous, et de fait, nous tablons sur une spirale vertueuse : nous faisons en sorte de rendre heureux nos employés ; en conséquence, ils font bon accueil à nos clients, et ces clients achètent alors volontiers dans nos boutiques !
JNE : Est-ce à dire que vous avez une politique sociale spécifique, concernant votre personnel ?
F. L. : Eh bien par exemple, nous misons beaucoup sur la formation. De l'ornithologie à l'astronomie, en passant par les huiles essentielles, l'ensemble de nos salariés est formé sur tous les sujets qui concernent la nature. De ce fait, au lieu de mettre notre clientèle au contact de simples « vendeurs », elle peut se renseigner auprès de ceux que nous appelons nos « guides conseils ». Cette différence est valorisante pour le personnel concerné, et importante également pour nos clients car chez nous, on vient acheter un produit, mais aussi de la connaissance.
De plus, il n'est pas rare que les formations soient assurées par certains de nos employés, très compétents dans un domaine donné. Ils sont alors particulièrement mis en valeur. Quant au reste, chez Nature et découvertes , le turn over annuel est de l'ordre de 18% soit une valeur nettement inférieure à la moyenne générale. C'est très significatif !
JNE : Constatez-vous des tendances lourdes sur les ventes ?
F. L. : Aujourd'hui, les clients veulent être accompagnés. Nous vendons en conséquence de plus en plus de services. Par exemple, les voyages représentent actuellement 3% de notre chiffre d'affaires.
En terme de centre d'intérêts, ce qui me frappe, c'est qu'aujourd'hui on aime la nature surtout parce qu'elle nous fait du bien. C'est très égocentrique. On n'y met pas les pieds, mais on ne veut pas la perdre ! Cela explique le succès des produits de bien-être, mais nous restons fidèles à nos lignes directrices d'il y a 15 ans : par exemple, nous ne sommes pas près d'abandonner notre volet « astronomie », même s'il est loin de faire courir les foules !
Ce qui marche bien, actuellement, chez Nature et découvertes, c'est tout ce qui permet de faire « du jardin dans la ville », et les -petites- randonnées. Du côté du
livre, on assiste par ailleurs à un véritable boom sur les ouvrages traitant de la construction et du fonctionnement de maisons écologiques.
JNE : Etes-vous un adepte du commerce équitable ?
F. L. : le commerce doit par excellence être équitable ! Pour moi, commercer n'a de sens que si je connais mes fournisseurs : quelqu'un avec qui on a échangé un regard, on ne peut le tromper ! C'est bien simple : nos fournisseurs sont des amis !
Les produits que nous achetons doivent répondre à trois critères : être désirables, être créatifs, et bien sûr être dans le concept de Nature et découvertes .
Faire du commerce équitable, c'est aussi faire travailler des artisans en France. Hélas, parmi les produits que nous achetons, le pourcentage de ceux qui sont d'origine française est en baisse depuis 10 ans, pour n'être plus que de 50 % aujourd'hui.
Il y a une telle différence entre les prix des produits chinois et asiatiques et les prix des produits français, que c'est difficile à gérer. Ce problème dépasse évidemment le cadre de Natures et découvertes , mais il faudrait que nous prenions tous acte du fait qu'on ne peut à la fois bénéficier des prix les plus bas et préserver l'emploi !
Quoi qu'il en soit, quand les produits français sont très imaginatifs, ils trouvent toujours leur acheteur, le prix n'est plus un problème.
JNE : Avez-vous des exigences, en terme de fabrication ?
F. L. : Nous avons élaboré une charte, concernant le choix des matériaux. Par exemple, nous préférons bien sûr les matières naturelles, telles la laine et le coton, pour le tissu, et le coton bio, plutôt que le coton « basique ».
Nous préférons de même les objets qui fonctionnent avec des énergies renouvelables, plutôt qu'avec des piles. Pour le contrôle de la fabrication de nos produits, nous faisons appel à un organisme extérieur. Les rapports qu'il nous fournit montrent que ce n'est pas au niveau de nos fournisseurs, mais à celui de leurs éventuels sous-traitants que l'on peut rencontrer des problèmes.
Notre autre souci, d'un point de vue environnemental, c'est celui du transport des matériaux, qui viennent pour certains de très loin.
Nous essayons le plus possible d'utiliser un matériau local… mais ce n'est facile que sur le papier ! Il faut se battre avec les fournisseurs français pour obtenir ce qu'on veut, car la plupart vous opposent immédiatement que « la filière est morte » que « ce n'est pas possible », que « ça va coûter trop cher »!
Dans nos magasins, par exemple, nous ne voulions pas utiliser de peinture contenant des composés organiques volatiles, produits chimiques connus pour leurs effets nocifs sur la santé humaine. Je vous assure qu'Il a vraiment fallu batailler dur pour en obtenir d'une autre sorte!
Côté véhicules, nous avons investi dans des camions à gaz, ainsi que dans 16 voitures hybrides, et j'en ai moi-même une depuis trois ans.
Mon empreinte écologique personnelle reste cependant très forte, car j'utilise beaucoup l'avion, tout comme les clients qui achètent des voyages à Nature et découvertes . C'est pourquoi nous cherchons à investir dans des actions qui compensent ce type de dommage.
JNE : Vos approches philosophiques et commerciales sont pour le moins atypiques. D'où cela provient-il, selon vous ?
F. L. : J'ai fait mes études aux Etats-Unis, puis j'ai été chargé de liquider l'entreprise Pier one import , qui vendait des objets dans la mouvance hippie. C'est ce qui m'a inspiré de développer l'entreprise Pier Import , dont l'idée était de promouvoir et de vendre un artisanat authentique, venu de contrées peu connues.
A la fin des années 80, le monde s'est ouvert au transport de masse, et les productions d'Asie et d'Amérique du Sud ont peu à peu perdu de leur authenticité. Je voulais passer à autre chose, et j'ai vendu Pier Import. A l'occasion d'un voyage, j'ai rencontré, à San Francisco, un professeur de Berkeley qui avait créé un magasin dénommé « Nature Company », résultat de son envie d'apprendre la nature à ses enfants, puis aux autres professeurs de Berkeley ! J'ai encore en mémoire les bonnes odeurs qui s'exhalaient, dans ce magasin. Je me suis dit que j'allais faire la même chose en France, et ma femme et moi avons créé Nature et découvertes, en 1990.
J'ai également été très marqué par les pratiques du créateur de la firme Patagonia, le californien Yvon Chouinard : depuis 1985, ce chef d'entreprise consacre par exemple 1% de son chiffre d'affaires à protéger l'environnement.
D'autres encore nous montrent actuellement la voie d'un avenir meilleur : « les bioneers », traduisez : « les pionniers du biologique ». Ce groupement de citoyens éclairés -californiens, eux aussi- a notamment créé une carte de crédit particulière : celle-ci permet de prélever, sur chaque achat effectué par son intermédiaire, un pourcentage qui alimente un fonds d'investissement dédié à aider la création d'entreprises écologiques. C'est à des démarches de ce type que je crois, et dans ce sens que je veux aller.
JNE : De quel développement idéal rêvez-vous pour Nature et découverte s ?
F. L. : Nous nous développons uniquement dans des pays francophones. Dans les autres, se pose la question des traductions de tous les textes que nous diffusons, et des explications que nous donnons dans nos magasins. De toutes façons, se développer n'est pas une fin en soi. Il faut toujours se demander d'abord pourquoi on fait les choses. Je n'ai pas pour objectif de faire toujours plus de profits !
Nous n'avons pas choisi par hasard la symbolique de la tortue, pour notre logo. Nous avons l'idée de durer et d'avoir une croissance douce.
En tout état de cause, je tiens à me garder du temps pour aller me balader dans la nature sauvage, afin de rester connecté avec elle!
JNE : Entre Nicolas Hulot, Corinne Lepage, Dominique Voynet, et Olivier Besancenot, de qui vous sentez-vous le plus proche ?
F. L. : L'écologie n'appartient pas plus à un parti qu'à un autre. Dans la liste que vous me donnez, le seul qui connaisse bien la nature est Nicolas Hulot. Il nous alerte et nous réveille par ses interventions, mais il est urgent maintenant d'élaborer et de mettre en œuvre des solutions. Contrairement à lui, j'ai une vision optimiste du monde. Je pense que nous pouvons améliorer l'état de l'environnement, et aller vers un monde plus chaleureux. Je crois qu'on peut changer les choses. Les chefs d'entreprise ont un rôle à jouer en la matière, sans compter que leur personnel les y conduit, de l'intérieur. Le fait qu'une partie des élites ne veut plus aller travailler ailleurs que dans des ONG en dit long, de ce point de vue ! Les consommateurs ont, eux aussi, un poids considérable, mais pour pouvoir utiliser cet atout, ils doivent devenir des consommateurs actifs !

Par Laurent Samuel
Alors qu'une loi sur les OGM était ce printemps en discussion au Parlement, les JNE ont invité dans leurs locaux Alain Toppan, chercheur chez Biogemma, firme productrice de plantes génétiquement modifiées, et Arnaud Apoteker, responsable de campagne OGM de Greenpeace France. Le débat était animé par Hervé Kempf, journaliste au Monde et membre de notre association.
Alain Toppan, qui a travaillé 12 ans au CNRS avant de passer au privé, estime qu'il ne faut pas globaliser les OGM et qu'il convient de juger au cas par cas. Arnaud Apoteker, biologiste de formation, se déclare d'accord avec Alain Toppan sur le fait que les OGM peuvent constituer un outil de recherche permettant des avancées importantes, par exemple pour comprendre les relations entre les gènes et l'environnement. Mais pour lui, les OGM doivent rester confinés afin d'éviter tout risque de dissémination. Alain Toppan estime pour sa part qu'il est nécessaire dans certains cas d'aller «aux champs». Exemple : la mise au point de plantes OGM moins gourmandes en eau. Tout en reconnaissant qu'il n'y a pas de solution OGM à tous les problèmes, il affirme que le risque d'un transfert de gènes est inférieur à 10 puissance – 17. Un chiffre vigoureusement contesté par Arnaud Apoteker !

Le débat, long et riche, aborde ensuite des questions aussi diverses que les faucheurs volontaires, le type d'agriculture souhaitable/soutenable, les risques éventuels pour la santé humaine ou encore le manque de transparence… Alain Toppan reconnaît que les outils manquent pour évaluer ce type de risques peu aigus, tandis qu'Arnaud Apoteker conclut avec une interrogation de fond : a-t-on besoin de prendre ce risque ?

Par Carine Mayo
Retour sur la saga du Clemenceau : Alors que, sous la pression des associations écologistes, l'Inde a refusé de désamianter le porte-avions qui va revenir en France, les journalistes reviennent sur la polémique lancée par l'association Robin des bois. Celle-ci, en effet, a dénoncé les effets pervers d'une telle décision, qui peut entraîner la prolongation d'exploitation de navires en fin de vie contenant de l'amiante, leur déconstruction sans désamiantage préalable. A moins qu'ils ne soient tout simplement coulés, parce qu'il n'existe pas à l'heure actuelle d'infrastructures de démantèlement et de désamiantage dans des conditions satisfaisantes. Pour Pascal Husting, il s'agit avant tout d'un problème financier. Les pays riches n'ont qu'à se donner les moyens de créer ces infrastructures. Il souligne que Greenpeace France est intervenue à la demande des Indiens, et que cette application de la convention de Bâle sur le transfert des déchets toxiques est un gros succès écologique. Les pays du sud ne veulent plus être une poubelle pour les pays du nord et, à la suite de cet épisode, le Bangladesh a refusé d'accueillir dans ses chantiers le Norway.
Loi sur les OGM : Si elle est adoptée, la séparation entre les cultures bio et OGM ne sera plus possible et l'Europe ne pourra plus être le dernier bastion contre les OGM. A la question « comment agir ? » , il répond que les associations écologistes doivent s'appuyer sur les consommateurs, la grande distribution, et faire valoir les régions sans OGM.
Création de l'Alliance pour la planète : la création de ce collectif d'associations (qui rassemble, entre autres, le WWF, la Fondation Nicolas Hulot, FNE, les Amis de la Terre) est née d'un désir d'efficacité. L'une de ses interventions prioritaires va se situer pendant la campagne pour les présidentielles et les législatives. L'idée est d'interpeller les candidats, puis ensuite, une fois les élections passées, de mettre leurs actes en regard de leurs promesses, en les interpellant de nouveau de manière officielle, un peu à la manière des auditions sénatoriales aux USA.
Océans : Greenpeace va relancer sa mission Océans et se préoccuper davantage de la surpêche, notamment en ce qui concerne le thon. L'association prône également la création de réserves marines.
Nucléaire : Pascal Husting considère que la création d'une Haute Autorité équivaut à une abdication de l'Etat sur la question du nucléaire. Cela revient à créer un Etat à côté de l'Etat. Quand on lui objecte que le mouvement antinucléaire est moins puissant que par le passé, il répond qu'il faut changer de discours. Pourquoi ne pas comparer le nombre d'emplois créés par le nucléaire avec ceux créés par les énergies renouvelables ? Etudier la balance commerciale d'Areva ? Il annonce également que Greenpeace va sortir une grosse étude sur le nombre réel de victimes de l'accident de Tchernobyl.
Fonctionnement de l'association : Greenpeace France compte maintenant plus de cinquante salariés et s'appuie sur plus de 100 000 adhérents et 20 groupes locaux de bénévoles. Quant à Pascal Husting, c'est un Luxembourgeois qui fut dans une autre vie professeur d'éducation physique avant de se spécialiser dans l'audit financier et de diriger l'association Greenpeace en Europe méditerranéenne puis en France. Il pense que le discours environnementaliste doit davantage s'ouvrir aux questions financières et sociales. Au niveau international, il explique que Greenpeace a perdu son eurocentrisme et aide maintenant de nouveaux bureaux à se monter à l'étranger : en Argentine, Inde, Asie du sud-est. Résultat : l'association possède maintenant un réseau plus étendu et plus diversifié.


Par Carine Mayo
Ayant dirigé pendant 30 ans un laboratoire de biologie au CNRS, Claude Reiss s'est intéressé à la toxicogénomique, méthode qui permet d'étudier les effets toxiques de substances chimiques sur les cellules humaines. Cette technique a été inventée en 1993 aux USA et elle est actuellement expérimentée par l'équipe de Claude Reiss en collaboration avec deux laboratoires allemands. Le but ? Identifier si certaines substances jouent un rôle dans l'apparition de cancers ou de maladies type Alzheimer, Parkinson… Des cellules humaines (hépatiques ou neuronales) sont exposées à une substance chimique. Puis on les met en présence de puces à ADN contenant des fragments de gènes humains et l'on observe si cela perturbe ou non l'activité de ces gènes. Selon le professeur Reiss, cette méthode constitue une alternative intéressante à l'expérimentation animale utilisée pour jusqu'ici pour évaluer la toxicité des substances chimiques, notamment utilisée dans l'industrie pharmaceutique et cosmétique. Il y voit un triple intérêt : les résultats trouvés sur des souris, rats et autres cobayes ne sont pas forcément applicables à l'homme ; cela peut épargner la vie de milliers d'animaux (pour cette raison Antidote Europe est financée en partie par l'association de protection animale One Voice) ; ces tests sont beaucoup moins longs (résultats au bout d'une semaine) et moins chers (de l'ordre de 10000 euros au lieu de 2 à 4 millions de dollars). Pourquoi alors cette méthode n'est-elle pas davantage reconnue ? Selon Claude Reiss, les laboratoires ont l'habitude de l'expérimentation animale et il est difficile d'instaurer de nouvelles pratiques. Néanmoins, les Américains ont déjà un Centre national de toxicogénomique et le Japonais sont aussi très actifs dans ce domaine. L'association Antidote Europe s'est rapprochée du Parlement européen dans le cadre de l'adoption de la réglementation REACH sur l'évaluation et l'autorisation des substances chimiques. La toxicogénomique est désormais reconnue comme une alternative possible à l'expérimentation animale et Antidote est en train d'essayer d'obtenir la validation de sa méthode scientifique auprès de la Commission Européenne, car la mise en œuvre de REACH va conduire à l'évaluation de milliers de substances chimiques. En attendant, on peut retrouver sur le site d'Antidote
www.antidote-europe.org les résultats de tests effectués sur 28 substances chimiques présentes dans les insecticides, les cosmétiques, les produits utilisés dans l'industrie chimique ou l'agriculture et les médicaments.

Par Laurent Samuel
Toi, Jane, nous JNE !

Dans le cadre des petits déjeuners JNE/Fondation de Gaz de France, nous avons reçu Jane Goodall le 19 janvier 2006 au Chien qui fume. Un succès puisqu'une quarantaine de journalistes étaient présents pour écouter et questionner la célèbre spécialiste des primates. Interrogée sur sa visite en France, Jane Goodall souligne que notre pays préside l'initiative de l'ONU Great Apes Survival (1). Ainsi que Nelly Olin, ministre de l'Ecologie, le lui a confirmé lors d'un entretien, la France est également impliquée dans la réserve forestière du bassin du Congo. Le fait qu'elle ait reçu lors de son séjour à Paris la médaille de l'Unesco et la légion d'honneur témoigne d'une reconnaissance de son combat. Et l'Institut Jane Goodall (IJG), présent dans 23 pays, existe depuis un an en France (2).
Pour Jane Goodall, le plus grand danger qui menace les grands singes (et aussi la vie traditionnelle des Pygmées) est la chasse pour la viande de brousse. Hélas, les habitants la préfèrent à la viande d'élevage. Leurs habitudes sont aussi difficiles à changer qu'au Texas. Aux yeux de Jane Goodall, la surconsommation de viande est la cause de nombreux problèmes d'environnement. En particulier, la culture des céréales pour l'alimentation du bétail est une cause importante de la déforestation. Jane Goodall dénonce aussi l'extraction du coltane, métal présent dans nos téléphones portables, dans la forêt du Congo.
Aujourd'hui, on trouve davantage de grands singes dans les zoos que dans les laboratoires médicaux, qui en utilisent moins qu'il y a 50 ans. L'IJG France vient de réaliser un rapport pour le ministère de l'Ecologie demandant l'interdiction des grands singes dans les cirques, ou au moins une amélioration de leurs conditions de captivité. Il a aussi lancé récemment avec Air France une campagne pour le renforcement des contrôles contre les trafics d'animaux. Dix agents CITES seront recrutés à Roissy dans des délais hélas non précisés. De son côté, l'IJG Etats-Unis a lancé une campagne contre l'utilisation des grands singes dans les films (3). Au sujet de la version 2005 de King Kong, Jane Goodall se félicite qu'aucun singe n'ait participé au tournage. Et le film a aussi le mérite de montrer ce qui arrive quand on sort un gorille de son environnement !
Interrogée sur une étude parue dans Science selon laquelle les chimpanzés seraient indifférents ou hostiles aux «étrangers », Jane Goodall la juge biaisée car elle ne porte que sur 18 singes en captivité. Elle a envoyé une réponse, non encore publiée, à la célèbre revue scientifique. Quant au tourisme de vision des grands singes, il est essentiel car il apporte de l'argent pour la protection et dissuade de détruire la forêt. A condition qu'un maximum de précautions soient prises. Enfin, Jane Goodall indique que des juristes travaillent sur une déclaration des droits des grands singes, interdisant notamment la torture et les mauvais traitements. Mais elle rappelle que la Déclaration des droits de l'homme n'empêche pas qu'ils soient bafoués dans de nombreux pays…
Merci à Nicole Aussedat pour la traduction

Pour en savoir plus :
(1) Survie des grands singes, voir
www.unep.org/grasp/index.asp
(2)
www.janegoodall.fr
(3)
www.chimpcollaboratory.org

Par Laurent Samuel
Klaus Toepfer, directeur exécutif du Programme des Nations-Unies pour l'environnement (PNUE), était le mercredi 12 janvier l'invité du premier petit déjeuner JNE /Fondation Gaz de France de l'année 2006. L'ex-ministre allemand de l'environnement regrette d'abord que les préoccupations écologiques se trouvent parfois reléguées au second plan par des problèmes tels que le vieillissement ou le chômage dans les pays du Nord, ou la pauvreté dans les pays du Sud. A l'intérieur de cette catégorie, la situation de l'Afrique n'a rien à voir avec celle des pays en croissance rapide comme la Chine. A cet égard, Klaus Toepfer souligne que le vice-Premier ministre chinois, membre du conseil d'administration du PNUE, est très conscient des problèmes d'environnement et que ce pays est en train de prendre certaines mesures positives. Ainsi, en raison de la déforestation dans la vallée du Yang Tsé, la Chine a interdit l'exploitation commerciale du bois. Effet pervers: la déforestation s'est accélérée dans d'autres pays…
Sur l'affaire du Clemenceau, le directeur exécutif du PNUE indique que, selon la décision de la Conférence des parties de la convention de Bâle (déchets toxiques) en 2003, ladite convention s'applique aux bateaux. Et donc au porte-avions français. De plus, comme le souligne Klaus Toepfer, l'Inde ne dispose pas de travailleurs assez qualifiés pour traiter l'amiante restant et une cour de justice indienne vient de juger que l'épave du Clemenceau doit être considérée comme un déchet, cette décision devant être confirmée le 20 janvier par la Cour suprême de ce pays. Le directeur exécutif du PNUE souligne aussi que des milliers d'autres bateaux contenant des substances toxiques doivent être démantelés et que les pays occidentaux "exportent" en Chine et ailleurs de vieux ordinateurs et autres appareils électroniques riches en substances toxiques. De même, de nombreux pesticides continuent d'être exportés aux pays en voie de développement juste avant leur date de péremption. Des problèmes moins "visibles" que celui du Clemenceau, mais tout aussi graves !
Klaus Toepfer nous dit ensuite que la conférence de Montréal sur le climat constitue à ses yeux un pas en avant, un succès pour l'avenir. Pour lui, l'objectif de baisse de 5,2 % des émissions de CO2 est déjà énorme. Le directeur exécutif du PNUE souligne l'évolution positive de la position des pays émergents (Chine, Inde…) qui ont accepté de discuter de leur participation après 2012, et de celle des grandes entreprises. Ainsi, le PDG de General Electric vient d'appeler à une nouvelle révolution verte dans le dernier numéro de la revue du PNUE. Klaus Toepfer note aussi que les nouvelles technologies ne se développent que s'il se forme des goulots d'étranglement. Jusqu'à maintenant, le problème était que la consommation de pétrole ne se réduisait pas quand les prix augmentaient. Mais cela commence à changer. Après avoir indiqué que depuis sa naissance, il y a bientôt 68 ans, la population du globe s'est multipliée presque par trois, le directeur du PNUE nous indique que la transformation de ce programme des Nations-Unies en une agence (comme l'OMS ou la FAO) permettrait de lui assurer un financement pérenne. Pour l'instant, le PNUE dépend de contributions volontaires. Principaux donateurs : Royaume-Uni, Allemagne, France. Les Etats-Unis viennent derrière, même si leur contribution ne s'est pas réduite ces dernières années. Le PNUE complète ces financements publics par des contrats avec des entreprises sur des campagnes précises. Il vient par exemple de conclure un accord avec TNT (transporteur international de colis) pour une Afrique sans plomb (dans les carburants) en 2006. La création d'une organisation mondiale de l'environnement, soutenue par le Président Chirac et la France, permettrait aussi de mieux coordonner les agendas et les actions actuellement segmentées sur les différents problèmes (climat, biodiversité…). Enfin, Klaus Toepfer, dont le mandat de directeur exécutif se termine en mars, se borne à souhaiter que son successeur soit une personne raisonnable, très forte et avec ses propres idées !
Merci à Nicole Aussedat pour la traduction
Pour en savoir plus :
www.unep.org/french
http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/4607070.stm (interview de K. Toepfer par la BBC)

Notre association rencontrait Yves Contassot, élu Vert, adjoint à l'environnement à la Mairie de Paris. M. Contassot apporte un premier bilan au Plan de déplacement urbain. Il rappelle que les mesures de la pollution ne sont pas faites pour la pollution de proximité et que les outils de mesure ne sont pas assez précis pour constater l'impact réel. 40% des polluants sont liés à la voiture. En conséquence, on ne peut pas réduire la pollution uniquement en touchant à la circulation. Un dispositif va être mis en place pour mesurer les polluants d'abord sur les axes en cours de chantiers. Une fois les travaux effectués, d'autres mesures seront faites ce qui donnera un bilan précis de la situation. M. Contassot rappelle que les deux roues polluent plus que les voitures (facteur de 3 à 10 selon l'équipement en pot catalytique) mais que l'essentiel de la pollution vient des camions qui passent par le périphérique ou qui livrent sur Paris. Pour lui, si on veut mettre en place une vraie politique de limitation de CO2, il faut que l'Etat interdise le passage des camions de plus de 3,5 tonnes sur le périphérique et sur certains axes de l'Ile de France.
En ce qui concerne la pollution sonore des deux roues, M. Contassot souhaite rendre obligatoire le pot catalytique. En fin d'année, devrait être rendu public un plan de lutte contre le bruit présentant 50 mesures. Il regrette le faible engagement de la préfecture de Police en matière de contrôle et sa volonté à promouvoir le tout voiture. Par ailleurs, les relations avec les architectes des Bâtiments de France sont mauvaises, ces derniers estimant que les couloirs de bus dénaturent l'espace public.
M. Contassot se réjouit que la circulation automobile ait réduit de 13% cette année au profit des transports en commun. Trois facteurs expliquent ce chiffre : la difficulté rencontrée par les automobilistes à circuler après les travaux effectués sur les couloirs de bus, le contournement de la capitale et la hausse du pétrole. Par ailleurs, on constate une hausse de 40% en trois ans de l'utilisation des vélos. Mais on part de si bas qu'il faut relativiser ce chiffre. La Mairie souhaite un développement du vélo, mais pour cela il faut mettre en place des aménagements cohérents avec des emplacements réservés, des magasins de location. On compte 314 km de couloirs et pistes réservés sur Paris. A terme, le projet de réduire de 50% le flot des voitures est réalisable à condition que l'on développe les transports en communs de banlieue à banlieue.
Quant au fret sur la Seine, on constate une augmentation pour le fret marchandise, mais le transport des passagers reste faible. Le coût reste élevé. M. Contassot souhaite un système de carte orange utilisable sur terre, sous terre et sur Seine. Pour le fret des marchandises, le principal frein à son développement est la SNCF qui ne veut pas en entendre parler, cette dernière ne voulant pas garantir des délais aux entreprises.
En ce qui concerne les déchets, M. Contassot est en discussion avec la RATP afin que celle-ci transporte ses déchets par métro directement en banlieue au lieu de les monter chaque jour dans la rue.
Pour la collecte sélective, il y a nécessité de passer au moins deux fois par semaine. M. Contassot a lancé une étude pour une collecte le dimanche des restaurants. L'objectif est de passer de 100 000 t à 150 000 t de déchets collectés à court terme. Il trouve par ailleurs regrettable que les collectivités n'aient pas les mêmes obligations que les particuliers. Une réflexion est actuellement menée pour imposer la collecte sélective aux entreprises.
16% des Parisiens ont collé un logo « stop pub » sur leur boîte aux lettres. La Mairie envisage des restrictions réglementaires afin de verbaliser le donneur d'ordre et non le distributeur.
Une réunion est prévue en fin d'année avec les sociétés commerciales afin d'arrêter totalement la distribution de sacs plastiques que ce soit pour les grandes, moyennes et petites surfaces. Les marchés sont aussi visés. Ce projet ne devrait pas poser de problème car les Parisiens sont dans une large majorité favorables à l'arrêt des sacs plastiques.
Enfin, M. Contassot réfléchit à la création d'espaces pour les chiens. On dénombre de moins en moins de déjections canines, 60% des propriétaires (en majorité des femmes) jouant le jeu en ramassant systématiquement.
Marianne Dejouet

Laurent Samuel
C'est dans une atmosphère conviviale que Nelly Olin a reçu pour déjeuner une quinzaine de journalistes des JNE, le lundi 10 octobre, au ministère de l'Ecologie. La ministre, qui sortait d'une conférence de presse présentant la campagne de prévention de l'ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) sur les déchets ménagers, a d'abord insisté sur le «besoin de pédagogie» dans ce domaine. Elle indique que les usines d'incinération ne respectant pas les normes seront fermées le 28 décembre et que les décharges sauvages de pneus seront éliminées d'ici deux ans. De manière générale, pour résoudre les problèmes d'environnement, Nelly Olin, qui ne prétend pas être une spécialiste du domaine et avoue sportivement ses ignorances, préfère l'incitation et la force de l'exemple plutôt que la répression ou des lois trop sévères (1). Puis elle nous indique que (c'est depuis longtemps qu'on l'attend) la loi sur l'eau sera débattue au Parlement en février 2006. La ministre se réjouit de ce qu'en Charente, la production de maïs, surconsommateur d'eau, a déjà reculé de 20 %. Et les infractions pour non-respect de la réglementation sur l'eau sont en baisse. « Le monde agricole doit vivre, pas à n'importe quelles conditions, mais il doit vivre », conclut-elle. Sur le réchauffement climatique, l'objectif est toujours de diviser par 4 les émissions de CO2 d'ici à 2050. Pour y répondre, Nelly Olin mise beaucoup sur la HQE (Haute qualité ernvironnementale). Désormais, tous les nouveaux projets d'urbanisme dans les quartiers dits «sensibles » répondront à cette norme, qui, selon la ministre, ne coûte pas plus cher si la HQE est prévue dès la conception de l'immeuble. Elle vante aussi les vertus du ferroutage (liaison Lyon-Turin) et du merroutage. Côté auto, la ministre rappelle que l'étiquette énergie sera obligatoire dès janvier sur les véhicules neufs. Elle « n'est pas contre les 4x4, mais contre la pollution». Pour la conférence sur le climat de Montréal (fin novembre-début décembre), la France sera sur une position énergique avec des pays comme le Groenland.
Pour Natura 2000, la ministre assure que la France sera en rendez-vous pour présenter une nouvelle liste de sites en avril 2006 (2). En ce qui concerne la directive européenne Reach sur les produits toxiques, notre ligne sera « la plus dure », avec charge de la preuve à l'industrie.
Enfin, sur l'éducation à l'environnement, Nelly Olin annonce une opération avec le photographe Yann Arthus-Bertrand pour expliquer le développement durable à 12 milions d'élèves, avec en particulier des posters de la Terre vue du ciel. Pour plusieurs des journalistes présents, ce type de «coup» est un faux-semblant alors que l'éducation à l'environnement reste négligée au quotidien. Mais la ministre se veut confiante : « les enfants vont faire l'éducation de leurs parents ».
(1) Contre la criminalité, une partie de la majorité à laquelle appartient Nelly Olin tient le discours rigoureusement inverse
(2) Pour la première fois dans une rencontre entre les JNE et un ministre de l'Environnement, la chasse n'a pas été abordée.


Laurent Samuel et Christian Weiss
Dans le cadre des petits-déjeuners JNE/Fondation Gaz de France, nous avons reçu le lundi 26 septembre au Pied de Cochon Sylvia Earle, océanologue américaine, conseillère scientifique de Conservation International et membre de la National Geographical Society, en compagnie de Rémi Parmentier, coordinateur de la coalition pour la préservation des grands fonds marins, et d'Yves Paccalet, grand spécialiste des océans et membre des JNE. Plus une « guest star », Jean-Michel Cousteau (Fondation Océan Futur). Après avoir dit quelques mots à la mémoire de Natacha Zana, adhérente JNE morte durant le tsunami de décembre 2004 en Thaïlande et passionnée par les dauphins et la vie marine, Laurent Samuel demande à Sylvia Earle d'expliquer les raisons pour lesquelles elle participe à la campagne pour l'interdiction provisoire (moratoire) de la pêche industrielle au chalut en haute mer dans les grands fonds marins. Au terme d'un exposé général, passionné et passionnant, sur la perte de biodiversité des océans, la spécialiste des océans explique que le raclage des fonds par les bateaux de pêche détruit les coraux froids dans de nombreuses régions du monde (Norvège, Nouvelle-Zélande, Ecosse, Grèce, Canada...). De plus, cette pêche menace des espèces de poissons comme le sébaste, le grenadier de roche ou l'hoplostète orange, qui vit plus de 100 ans. « C'est comme utiliser un bulldozer pour attraper des écureuils », s'insurge Sylvia Earle. Rémi Parmentier précise que 11 pays, dont l'Espagne et la Norvège, sont responsables de l'essentiel de cette pêche en haute mer. Le projet de moratoire, porté par des pays comme le Costa Rica ou Palau, sera débattu en octobre-novembre par l'Assemblée générale des Nations-Unies. L'objectif du voyage de Sylvia Earle à Paris est de pousser la France à influer favorablement sur la position de l'Union européenne sur cette question. Lors de la conférence sur la biodiversité en janvier, le Président Chirac a déclaré : « il faut protéger les grands fonds marins ». Jean-Michel Cousteau ajoute que la France, grand pays maritime, peut jouer un rôle déterminant pour imposer ce moratoire. Pour sa part, Yves Paccalet dénonce les dégâts causés par la pêche au grenadier et surtout à la légine dans les grands fonds près de «nos» îles de Crozet et Kerguélen. Peu de contrôles sont réalisés autour de ces îles, précise-t-il et près de 6500 tonnes de légines sont ainsi prélevées chaque année, menaçant gravement cette population dont la reproduction est lente. On observe également à la suite de la raréfaction des proies et à l'action de l'homme que les orques changent de "culture" en se nourrissant sur les lignes et que les cachalots eux aussi adoptent ces pratiques. Attirés par ces proies faciles, les oiseaux de mer ont compris qu'ils pouvaient également se rabattre sur cette nourriture pêchée par l'homme. Les mêmes phénomènes s'observent sur les côtes russes et étasuniennes. Faute de morue, les orques des eaux froides s'en prennent aujourd'hui aux loutres de mer ... "Que faire ? " demande alors l'une des journalistes. "Évitez de consommer les poissons des grands fonds comme le grenadier, l'empereur, la légine, ..." Pour Sylvia Earle, consommer aujourd'hui du thon engage à porter atteinte à la biodiversité en raison de l'impact de cette pêche sur le milieu marin .... " Les petits pays (pauvres) sont soumis à la corruption qu'entretiennent les pays possédant de grandes flottes de pêche comme le Japon, la Corée, la Russie et il s'avère difficile de faire respecter des quotas ou des recommandations, réitère JM Cousteau. La Polynésie française est également touchée par ce pillage, en particulier avec la pêche excessive des requins ... pour leurs ailerons, très prisés au Japon ... ". Par ailleurs le discours de certains pays (comme pour le désarmement ! note de CW) au regard d'un moratoire se résume à clamer que "l'on sera d'accord le jour où tout le monde sera d'accord pour arrêter !". Un constat qui abandonne pour un temps encore indéterminé la haute mer, ce nouvel eldorado, à toutes les convoitises."
Post-scriptum Lors d'un débat public organisé le 26 septembre au soir à l'Institut océanographique de Paris, en présence d'une centaine de personnes, Denys Gauer, ambassadeur de France à l'environnement, a indiqué que la position de notre pays pourrait être de laisser la décision de décréter ou non un moratoire aux organisations régionales de pêche supervisées par l'ONU dans les secteurs (25 % des océans) où elles existent, et d'interdire provisoirement la pêche en profondeur dans les 75 % restants, dans l'attente de la création de ces organisations régionales.
Merci à Nicole Aussedat qui a assuré avec compétence la traduction simultanée des propos de Sylvia Earle
Pour en savoir plus :
www.savethehighseas.org/
http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/4308156.stm
http://chezremi.blogspot.com/2005/why-should-we-stop-if-everything-has.html


Par
Florence Leray
Claude-Marie Vadrot a ouvert le débat en demandant à Emmanuel
Lopez ce que le Conservatoire comptait faire pour son trentième
anniversaire. La réponse : il est possible que le Président Jacques
Chirac vienne rendre hommage au Conservatoire à Rochefort pendant
la deuxième quinzaine de juillet à l'occasion du Conseil d'administration.
A Paris en décembre, il y aura une autre grande manifestation
avec les gardes des sites, les gestionnaires et Rivages de France.
Question
sur le budget du Conservatoire :
Le gouvernement donne un budget constant de 12 millions d'euros
chaque année au Conservatoire. Le problème est de trouver chaque
année 8 millions d'euros pour arriver à 20 millions d'euros, afin
que le Conservatoire puisse garder un budget similaire aux années
précédentes. En septembre 2004, c'est le CIADT (Le Comité Interministériel
d'Aménagement du Territoire) qui avait mis les 8 millions manquants.
Mais quelles vont être les solutions pour les prochaines années
? Le gouvernement souhaite que le Conservatoire puisse trouver
une solution pour pourvoir lui-même à ces 8 millions d'euros annuels.
C'est le premier ministre qui devrait prochainement annoncer cette
solution. Si j'ai bien saisi, le budget global se monte à près
de 30 millions d'euros avec les 9 millions d'euros des collectivités
territoriales et de l'Europe. Ce sont près de 450 gardes et agents
littoral qui sont pris en charge par les collectivités territoriales.
Et 25 millions d'euros du budget total sont consacrés à l'acquisition
et à l'aménagement des sites. Le vœu du Conservatoire est de libérer
encore 6 à 7 millions d'euros normalement consacrés à l'aménagement
pour le transférer au budget acquisition.
Question
sur le rapport de la Datar de septembre dernier , intitulé : "
Construire ensemble un développement équilibré du littoral ".
N'est-ce -pas l'ouverture d'une brèche favorable à la construction
immobilière sur le littoral et la bande inconstructible des cent
mètres ?
Emmanuel Lopez tient tout d'abord à préciser que ce rapport n'a
rien à voir avec celui de l'Assemblée nationale en juin 2003,
qui estimait que la loi littoral freinait l'essor économique de
la côte… Non, le rapport de la Datar propose une politique raisonnée
d'aménagement du littoral face à l'urbanisation des espaces littoraux,
un phénomène mondial. Pour Emmanuel Lopez, cela demande un certain
courage politique face à la pression immobilière : il s'agit de
préserver la façade et d'aménager des sites d'accueil touristiques
" en profondeur ", c'est-à-dire plus à l'intérieur des terres.
Il a expliqué que le processus de regroupement des communes l'aidait
dans cette démarche. Il a donné un exemple : le village de St
Florent, en Corse, situé près de la mer. Des sites touristiques
ont été aménagés à 10 km du littoral. L'argument du Littoral à
destination des maires : " vous aurez des touristes seulement
si le rivage est préservé ! ". Il a néanmoins ajouté que la facilité
pour les maires était de racheter les anciennes zones agricoles
près de la mer et de construire dessus. C'est pourquoi le Conservatoire
s'efforce de racheter ces terres agricoles, d'y maintenir une
activité agricole (cultures bio, élevages de bovins en plein air)
et d'aider de jeunes agriculteurs à s'y installer (exemples donnés
par le délégué Bretagne du Conservatoire, Denis Bredin, dans le
Golfe du Morbihan et à Vannes). En Bretagne, ce sont ainsi près
de 600 jeunes agriculteurs qui ont bénéficié du soutien du Conservatoire.
Question sur la dépoldérisation des terrains
autour du Mont ST Michel
C'est une bonne chose pour Emmanuel Lopez. Il a ajouté qu'il était
pour une reconquête des espaces naturels et donc des parkings
qui se trouvent dessus. EX : petit port de plaisance construit
de manière sauvage sur l'île de Porquerolles qui a été détruit
par le Conservatoire. Une décision qui a valu à Emmanuel Lopez
des lettres d'insultes…
Question
sur la pression immobilière
Denis Bredin explique qu'en Bretagne, ce sont sur les zones déjà
en partie urbanisées que la pression est la plus forte. Sur les
zones totalement préservées, la présence du Conservatoire dissuade
- pour le moment - les promoteurs.
Question
sur la stratégie à long terme du Conservatoire
Le Conservatoire veut détruire le bâti qui n'a pas beaucoup d'intérêt
historique. Bientôt, des cartes seront publiées qui définiront
les périmètres d'intervention du Conservatoire jusqu'en 2050.
L'objectif est d'acquérir d'ici 2050, près de 200 000 hectares
en métropole et 70 000 hectares dans les DOM. Pour cela, il faut
non seulement un budget constant pour continuer à acquérir ces
terrains, mais aussi des moyens supplémentaires pour les entretenir
et faire face à la montée en flèche du coût des terrains en zone
littorale. Note d'espoir : il y a de plus en plus de ventes spontanées
de terrains de particuliers à destination du Conservatoire.
Question
subsidiaire sur les parcs régionaux et nationaux
Pour Emmanuel Lopez, ce n'est pas une mauvaise loi. Les parcs
nationaux ne seront pas amoindris. Ce qui change : une plus grande
participation des élus dans les zones périphériques à la zone
centrale préservée. Sa crainte réside plutôt dans la création
d'une sorte de Comité économique et social représentant des usagers
dans ces zones périphériques, et qui pourrait doubler l'action
et l'autorité du Conseil scientifique des Parcs.
Enfin,
question sur la politique du Conservatoire face à la hausse du
niveau de la mer :
Réponse de Denis Bredin : plutôt que des digues qui coûtent cher,
laisser la nature reprendre ses droits (en Camargue, la mer a
déjà gagné 3 à 5% des territoires). Cela entraîne bien évidemment
une redéfinition de la bande littorale inconstructible, qui pourrait
passer de 100 à 200 mètres… Ce qui ne laisse pas de faire ruer
dans les chaumières communales !


Avec Francine Bavay
Membre des Verts et Vice-présidente du Conseil Régional Ile de
France
Chargée des politiques sociales, de l'économie sociale et solidaire
et de la santé
Dans
une autre vie Francine Bavay a été ingénieure des télécoms "
ce qui m'aidé à comprendre ce qu'allait être la mondialisation
et m'a incité à me lancer dans la politique ".
Comme
convenu, la conversation a porté d'abord sur le rôle des Verts
dans un conseil régional avec les réalisations déjà amorcées et
ensuite sur les raisons de voter " Non " au référendum sur le
traité constitutionnel.
D'abord,
Francine Bavay explique que le fait " d'avoir été là avant " a
aidé les Verts à négocier la mandature suivante (2004- 2010) et
à faire bouger les frontières culturelles qui les séparent des
membres du PS. " Maintenant, ce qui a changé, comme ensemble
nous avons une vraie majorité, c'est que nous pouvons mettre en
scène nos débats, nos désaccords, les gens peuvent s'en emparer,
c'est transparent ".
La
majorité PS-Verts est actuellement en train de discuter du Schéma
Directeur de la Région Ile de France qui devrait voir le jour
au 2 ème semestre 2006. La mise au point a été confiée à une Verte
et les enjeux principaux sont la nature, la réhabilitation de
certains espaces et vérifier que l'expression " développement
durable " correspond bien à une réalité. Il y aura des conférences
et des débats partout, et évidemment avec l'Etat.
Dans
le domaine de l'environnement, les avancées budgétaires restent
modestes " mais je rappelle que le budget strictement environnement
du Conseil régional Ile de France est supérieur à celui du ministère
de l'Ecologie ".
Pour Francine Bavay, il est nécessaire d'introduire la " logique
développement durable " dans tous les secteurs " il faut
en mettre partout, ce qui n'est pas simple ". D'autant plus
que l'Etat aurait, paraît-il, tendance à traîner les pieds et
à retarder les promesses faites, notamment pour les tramways.
Le Plan Etat-Région prévoit dix lignes de tramway dans toute la
Région. L'effort sur le transport collectif souhaite répondre
à deux impératifs : égalité d'accès à ces transports et lutte
contre l'effet de serre. La Région veut développer le transport
de substitution avec une " qualité de service égale à celle
de la voiture " et avec deux impératifs, le confort et le
prix de revient. Cela devrait permettre de créer des emplois captifs,
c'est-à-dire non ouverts à la concurrence mondialisée. " Car,
explique Francine Bavay, le problème des appels d'offre, c'est
qu'ils favorisent les grosses structures nationales ou internationales
au détriment des structures régionales ou locales " ; Elle
donne en exemple l'histoire du bac sur la Marne dans un endroit
où les ponts sont rares. Ce bac assure le transport d'une rive
à l'autre et nettoie les berges ; sur une base associative et
de réinsertion sociale. Si cette fonction est soumise à un appel
d'offre, la fonction réinsertion et la fonction sociale locale
disparaîtront.
Parmi
les réalisations ou les projets en cours, Francine Bavay cite
les " emplois-tremplins "qui sont des CDI de droit commun essentiellement
réservés au monde associatif ; et aussi l'opération Bruit-Parif
destinée à limiter le bruit dont les Franciliens se plaignent
(en priorité paraît-il) en commençant par le bruit le long des
grands axes ; cela concernera aussi l'isolation phonique (et thermique)
des 240 000 logements à construire dans les six ans.
En
réponse à une question, Francine Bavay reconnaît que sauf dans
les secteurs des établissements scolaires, des transports et de
la formation permanente, un Conseil Régional a plus un rôle d'incitation
que de réalisation. " Nous préparons l'avenir puisque nous
incitons, nous coordonnons. Mais peu de gens en ont conscience,
donc nous devons le faire mieux savoir. Sans oublier que le budget
des Régions est plutôt modeste et que nous n'avons qu'uns structure
légère puisque nous n'employons que 1100 personnes . Mais contrairement
à une parlementaire qui ne peut modifier que 2 ou 3 % du budget
de l'Etat, je peux changer l'affectation de mes ressources jusqu'à
hauteur de 40% ".
Pour
résumer le projet de l'Ile de France, Francine Bavay utilise le
mot ECO-REGION en précisant que cette appellation sera
d'ailleurs déposée, brevetée en quelque sorte.
Pour
ce qui est du référendum sur le projet de traité constitutionnel,
Francine Bavay explique qu' " européenne convaincue j'aurais voulu
pouvoir voter oui, mais… "
Je ressens
une frustration démocratique par rapport à la façon dont 109 personnes
ont rédigé ce texte, sans mandat.
Je ressens
une frustration démocratique parce qu'on nous impose la partie
III qui fixe des politiques publiques et/ou économiques alors
que tout citoyen peut avoir envie, en France ou ailleurs, de les
changer
Je suis
contre l'article 443 qui empêche toute évolution pour les 50 prochaines
années. Il faut modifier les conditions de modifications.
Je ressens
une frustration écologique car si l'Europe avait acquis une légitimité
-malgré le retard de la France-, c'est bien dans le domaine de
l'environnement. On aurait pu aller à une compétence exclusive
alors qu'avec ce texte ni Natura 2000 ni la plupart des directives
environnementales n'auraient pu exister. Certaines directives,
comme Natura 2000, sont contradictoires au texte constitutionnel.
Le mot " nature " n'apparaît jamais dans les textes, pas une seule
fois. " Toute la partie consacrée à l'environnement est vague
et, de plus elle est contradictoire avec plusieurs phrases essentielles
comme " économie hautement compétitive ", le but de la
Politique Agricole Commune " Accroître la productivité de l'agriculture
" (article 227-3) ou une autre phrase " assurer l'expansion
de la consommation " (article 151). Et il y a beaucoup d'autres
contradictions de ce type.
Ce texte
constitutionnalise les pires excès de l'économie ultra-libérale.
Sans garde-fous, ce qui est dangereux pour la nature et l'environnement.
Le droit
à pétition est illusoire puisque ni le Conseil des Ministres,
ni la Commission ni le Parlement européen n'ont l'obligation d'en
tenir compte.
Avec le
" non " on gagnera…
Que pour une fois les citoyens auront été écoutés
De découvrir que les citoyens sont en avance sur l'Europe
Que d'autres peuples vont se mettre à discuter
Qu'en dehors de quelques souverainistes tout le monde veut l'Europe,
mais pas n'importe laquelle. D'ailleurs les souverainismes sont
en perdition.
Le non est
constructif, on a largement le temps, jusqu'à 2009 (date d'entrée
en vigueur prévue) de rediscuter, d'entrer enfin dans une logique
de Constituante, une logique qui pourrait gagner rapidement tous
les pays dont la population n'est pas appelée à donner son avis.
En cas de
non, c'est-à-dire de désaccords, il n'y aurait pas de drame. On
avait dit que le pacte de stabilité était intangible, incontournable,
pas négociable. La France, l'Allemagne et l'Italie l'ont mis en
pièces et l'Europe continue. Chirac et Blair/Berlusconi ont été
en désaccord radical, profond sur la guerre en Irak, ils ont choisi
des voix différentes… et l'Europe a continué comme avant. Sans
drame.
Avant tout,
tout ce qui n'est pas constitutionnel mais économique doit être
retiré du texte. Ce n'est pas difficile puisque ce fatras a été
ajouté au dernier moment. Le 30 mai, tout commence, ce sera l'AN
01 du renouveau européen.
Ma grande surprise, au cours de cette campagne, aura été de se
voir se constituer plus de 900 comités pour le non alors que nous
en attendions une trentaine. Preuve que les citoyens ont envie
de parler, de donner leur avis, de faire sentir qu'on les a oubliés.
Claude-Marie
Vadrot

Avec
Madame Ségolène Royal
Ancien ministre de l'Environnement
Présidente socialiste du Conseil régional Poitou-Charentes
Madame
Royal dirige un Conseil régional qui emploie 480 salariés "
mais je vais devoir aussi gérer, conséquence de la décentralisation
récente, 1500 salariés des personnels de l'Education nationale
(les TOS) pour lesquels sans dotation supplémentaire du gouvernement,
je vais devoir créer une unité de gestion d'une vingtaine de personnes.
C'est très lourd, alors que nous n'avons aucun contrôle sur leur
carrière et leurs activités ".
Comme
il en avait été convenu et comme pour Francine Bavay, nous avons
abordé avec Madame Royal deux questions : ce que fait et veut
faire le Conseil régional dans le domaine de l'environnement et
sa position sur le référendum.
La Région
Le
travail de la majorité socialiste et les Verts se passe bien et
est constructif, explique Ségolène Royal, et après nous avoir
remis un sac en plastique totalement biodégradable produit dans
la Région et à l'initiative de la Région, ajoute "il n'y a
pas de module environnement, nous avons voulu qu'il soit concrètement
question de l'environnement dans tous les domaines. Notre première
décision, hautement symbolique, a été de proscrire les essais
OGM en plein champ. A la suite de notre délibération, des maires
ont pris des arrêtés d'interdiction qui ont été immédiatement
attaqués, puis annulés par le tribunal administratif à la demande
du préfet. Ce qui ne nous fait pas changer d'opinion". Les
frais d'avocats et de justice des maires ont d'ailleurs été pris
en charge par le Conseil régional. C'est une " verte ", Marie
Legrand, qui a pris en charge les questions d'environnement mais
notre interlocutrice signale que cette responsable, contrairement
à la philosophie des Verts, cumule trop de fonctions dans ce secteur.
"
Cela représente un travail considérable de réorienter un Conseil
régional vers l'environnement et j'ai dû changer des responsables
et en engager d'autres. " Madame Royal explique qu'elle a
trouvé une mauvaise gestion des zones humides alors qu'il faudrait
les maintenir et explique qu'elle a engagé le processus de restauration
du parc naturel régional du Marais Poitevin dont l'agrément avait
été supprimé : " Le Conseil régional finance la remise à l'herbe
et nous avons initié, avec l'ancien personnel du parc - incité
à sortir des bureaux pour découvrir le terrain - avec les maires,
avec les habitants, un processus de rédaction d'une nouvelle charte.
Nous espérons aboutir bien avant la fin de la mandature, ce qui
n'est pas facile car les céréaliers " tiennent " de nombreux conseils
municipaux ".
En attendant, pour maintenir et utiliser les prairies humides,
le Conseil a mis en place une transhumance régionale des troupeaux
et même créé un troupeau public, financé par une partie de la
population.
"
J'ai les céréaliers contre moi. Ils voudraient que les retenues
d'eau créées, à trop grands frais, sur ce qui reste du marais
servent à l'agriculture alors que leur fonction est essentiellement
destinée à garder l'eau, pas à agrandir les espaces emblavés.
En fait, sur ces thèmes et sur les thèmes environnementaux, je
joue les opinions publiques contre des élus. Ca marche, il y a
plein de monde aux réunions. Pour mettre sur pied une politique
de l'environnement dans une région, il faut développer une action
politique ".
Il ne doit pas y avoir, explique Ségolène Royal, de confiscation
privée de l'eau, surtout dans une région qui en manque, mais "
une gestion collective ". Sur le principe qu'il ne faut pas prendre
les gens par surprise mais les avertir longtemps à l'avance des
contraintes à venir pour qu'ils aient le temps de s'organiser.
Exemple : " Nous n'avons pas attendu l'été pour évoquer la
sécheresse et, à notre demande, le préfet de mon département a
pris le premier décret de précautions dés le mois de janvier.
Un exemple que d'autres préfets devraient suivre ".
Ségolène
Royal explique aussi que la Région veut devenir un " Pôle des
éco-industries ". Notamment dans le domaine des énergies nouvelles.
Avec la mise en place d'éoliennes, le développement d'une filière
bois dans le chauffage collectif, le développement du solaire,
qu'il s'agisse de panneaux solaires voltaïques et du chauffe-eau
solaire. La Région a choisi de commencer par les établissements
publics, pour donner l'exemple, pour montrer comment il est possible
de trouver des solutions à la fois rentables et écologiques dans
ces secteurs. " De plus, pour chaque chauffe-eau solaire, le
Conseil régional donne 1000 euros . Nous devons faire office de
levier, d'incitation par des commandes publiques. Avec des règles
simples, claires et stables. C'est de cela dont on a besoin dans
l'environnement ". La Région, non seulement vient d'équiper
deux lycées en chauffage bois, mais a lancé un bilan écologique
de tous les lycées de la région. Ségolène Royal estime aussi que
le citoyen apprécie plus le passage à des énergies dont il peut
apprécier directement les effets. Ce qui aboutit à donner la préférence
au solaire par rapport à l'éolien dont la production électrique
va directement dans le circuit EDF. La Région conditionnera beaucoup
d'aides au recours aux énergies nouvelles...
" Nous avons, selon les mêmes principes, multiplié par cinq
l'aide à l'agriculture biologique. Et en donnant la préférence
à ceux qui ont galéré depuis des années, par rapport à ceux qui
veulent simplement se reconvertir pour profiter de l'aubaine.
Dans tous les domaines, nous voulons faire de l'incitation et
à chaque fois que c'est possible, dans le domaine de l'environnement,
cela consiste à mettre de l'argent sur la table "
Après
avoir dû constater la faillite du " Chévroscope " installé par
son prédécesseur à la Région, Jean-Pierre Raffarin, la région
s'efforce d'organiser la protection des races rustiques et surtout
leur (re)découverte par la population.
Autre
projet en cours de réalisation : la reconstitution des paysages
avec un programme de plantation de 1,6 millions d'arbres, aussi
bien sous forme de réimplantations de haies que de bois et bosquets.
Notamment autour des vallées parce qu'il s'agit " de toute
évidence d'un projet fédérateur pour la population. Pas question
de financer des ronds-points, même plantés. Nous voulons reconstituer
les paysages et dans le cadre de budgets participatifs, chaque
lycée prend la responsabilité d'un projet. Dans les lycées, la
demande pour l'environnement est très forte. C'est encourageant
".
Dans
le domaine de l'environnement, le Conseil a également créé de
nombreux " emplois-tremplins " et projette d'installer dans la
région une usine de production de biocarburant à base de colza
" que le gouvernement soit d'accord ou non ".
La nouvelle
constitution
Madame
Ségolène Royal appelle à voter oui " parce que l'Europe a beaucoup
apporté à l'environnement et que la nouvelle constitution permet
de poursuivre cet effort ".
Pour
notre interlocutrice, il n'y a pas de contradiction entre la "
haute compétitivité " évoquée par le projet de constitution
et ce qui y est écrit sur l'environnement : " Les bases sont
là, les peuples doivent s'en saisir et s'en servir "
En
1995, (1), Ségolène Royal écrivait : " Au fond la question
qui nous est posée est celle de savoir si la science et la morale
seront plus fortes que la loi du marché qui dévore un patrimoine
commun dont la distinction n'est jamais intégrée dans le calcul
économique et le profit (…) Tandis que les quatre cinquièmes de
la planète sont affamés, n'est-il pas temps de tourner le dos
à cette société de l'argent-roi, pour privilégier la seconde possibilité,
celle d'une société de partage, de solidarité, où le développement
s'appuie sur le respect et l'amour de la nature ? ". Elle
affirme aujourd'hui qu'il n'y a pas contradiction avec le projet
de constitution, même si le mot nature et le mot biodiversité
n'y figurent pas et le mot climat une seule fois.
Pour
ce qui concerne l'environnement et le projet soumis au vote, elle
appuie son optimisme et son acceptation sur le Droit de Pétition
prévu par le texte, même s'il n'existe aucune obligation pour
la Commission européenne de la prendre en compte : " C'est
de la politique, de l'action politique. Si plusieurs millions
d'Européens signent un texte demandant à la Commission d'interdire
les OGM en Europe, comment voulez-vous qu'ils puissent politiquement
refuser de prendre une telle pétition en compte, c'est impossible.
Le " oui " ne peut pas être considéré comme un quitus, comme une
incitation à faire comme avant. C'est une réponse démocratique.
Et ce droit de pétition, qui n'existe pas dans la constitution
française, est probablement ce qu'il y a de plus fort, de plus
novateur dans le texte qui nous est proposé. Pour le reste, c'est
vrai que l'on aurait pu faire plus, que la partie III est peut-être
trop technique, mais c'est un début. Ce texte est imprégné par
l'esprit de Lumières, par les idées de la Révolution. Et l'inscription
du développement durable est une promesse dont tous les peuples
peuvent s'emparer. On ne pourra plus dire, comme le disait Jean-erre
Raffarin et bien d'autres au début de la législature " c'est la
faute à l'Europe " pour dénoncer certaines situations. Ce texte
est un compromis où 25 pays ont mis du leur, mais c'est un bon
compromis ".
"
Dans le domaine de l'Environnement, un secteur dans lequel la
France est souvent très en retard, ce texte sera un moyen de recours.
Si on croit à l'action politique c'est une base passionnante ".
Claude-Marie Vadrot
(1)
Environnement Magazine N° 1543, décembre 1995