Sauver la biodiversité, et nous avec
Par Marie-Sophie Bazin
La nature saura se passer de nous, c'est sûr. Bien que malmenée, sacrifiée sur l'autel de notre impérialisme planétaire, elle pourra se remettre des outrages que les humains lui ont fait subir.
Durant la première édition des Entretiens de la biodiversité qui se tenaient à Metz et Nancy en juin dernier, les intervenants l'ont rappelé : l'homme, tout grand malin qu'il se prétende, ne représente qu'une espèce parmi d'autres au sein du tissu vivant. Capable de tout saccager, certes, mais pas indispensable pour autant. D'ailleurs, s'il se débrouille bien, il pourrait presque finir en même temps que les ours polaires… La nature s'en moque pas mal ! Elle saura rectifier le tir, réinventer d‘autres formes de vies et aura le dernier mot
Mais avant que la Terre ne tourne de nouveau rond, il faudra attendre bien des millénaires. Une échelle de temps vertigineuse pour nous pauvres quidams, qui nous serons sans doute empoisonnés, asphyxiés, affamés, entretués, depuis belle lurette.
Aujourd'hui, alors que nous entrons dans la sixième crise d'extinction connue, tout l'enjeu de la préservation de la biodiversité tient en cela : avec ou sans nous. Si c'est avec les hommes, si nous souhaitons préserver la vie en sauvant notre peau, il faudra nous réconcilier avec cette nature que nous nous acharnons à renier depuis la révolution néolithique. Et, plutôt que de poursuivre notre conquête du Monde tel Tamerlan empilant des crânes sur terrain brûlé à jamais infertile, François Letourneux propose à l'Humanité de sauter à pieds joints dans l'ère du post néolithique . « Nous nous sommes montrés fort intelligents pour détruire la nature, tâchons de nous montrer aussi intelligents et aussi efficaces pour trouver les moyens de la réintégrer », souligne le Président de l'UICN France.
Il ne s'agit évidemment pas de retourner à l'âge de pierre, au temps des chasseurs cueilleurs, et de considérer la nature comme une divinité. Il ne s'agit pas non plus de la mettre sous cloche et de nous retirer sur la pointe des pieds en pensant que tout ira bien. Pas si simple ! Des expériences l'ont prouvé. Dans les Cévennes, par exemple, François Letourneux constate que le départ des hommes et le retour à la nature ont provoqué un effondrement de la biodiversité. La monoculture des châtaigniers ayant remplacé petits champs de seigle et vergers, le milieu est devenu sensiblement moins subtil que le précédent.
On comprend ainsi qu'à force d'avoir imprégné la nature en la cernant de toutes parts, l'homme est paradoxalement devenu un maillon indispensable au maintien de l'équilibre de la biodiversité. Pour peu qu'il la considère comme sa famille et non comme une étrangère, il pourrait donc devenir son plus fervent défenseur…
A nous écologistes, journalistes, de tenir le même discours et ne plus opposer, comme nous l'avons fait trop longtemps, la nature d'un côté et l'homme de l'autre. « Les écologistes ont privilégié les espèces autres que la nôtre et ont donc développé un monde comme si l'homme n'y était pas », constate le Professeur Robert Barbault, Directeur de l'Institut d'écologie fondamentale et appliquée de l'ENS (*) . D'où leurs difficultés à défendre, depuis, l'importance de leurs recherches, l'utilité de la biodiversité et des écosystèmes.
Or dans nos sociétés consuméristes où rien n'est gratuit, tout doit se justifier. Peut-être faudra- t-il donc utiliser le même langage économique pour enfin se faire entendre. Raisonner en termes de service écologique, ne plus protéger les tigres, les orangs outans ou les dendrobates pour eux-mêmes mais pour les bienfaits de leur présence au sein de la communauté des vivants. Et peut-être faudra t-il aussi accepter, du moins dans un premier temps, de chiffrer l'inestimable, en donnant une valeur marchande à la biodiversité. A chaque fois, qu'un atoll, une mangrove ou un morceau de forêt tropicale sera détruit, estimer les dégâts et réclamer une compensation en monnaie sonnante et trébuchante.
Pour l'heure, comme le rappelle le naturaliste philosophe Yves Paccalet, « un arbre, ça n'a de prix qu'à partir du moment où on le coupe pour en faire des planches. En tant que tel ça n'a aucun prix. Un éléphant, ça n'a pas de prix, si c'est en Afrique ou en Inde en train de se balader dans la jungle. Ca un prix uniquement si on le tue pour prendre ses défenses. Là, l'ivoire a un prix ».
Par conséquent, pour sortir de ce commerce mortifère, donnons un prix aux éléphants et aux forêts, aussi fictif soit-il, quand ils sont encore vivants… « Parce qu'ils le valent bien ». Et plus la biodiversité vaudra son pesant d'or, plus des démarches de protection auront-elles des chances d'être entreprises, les pesticides abolis, les parcs marins et les corridors écologiques créés, des crédits accordés à la recherche, des études menées, des solutions de cohabitation harmonieuses pour l'ensemble des espèces entrevues. Et plus nombreuses seront aussi sans doute les pages accordées à ce sujet dans les rubriques de nos journaux…
A terme, parviendrons-nous peut-être à concevoir que la richesse de la biodiversité a un prix supérieur au prix monétaire, « c'est à dire, un non prix comme la Joconde ou la Tour Eiffel en ont un (…), espère Yves Paccalet. Cela veut dire aussi que nous devons nous réformer nous-mêmes en déclarant que notre système d'évaluation du bien et du moins bien, du bonheur et du malheur, est pour l'instant totalement biaisé. Il faut que nous changions notre propre système d'évaluation. C'est une révolution qu'on demande là, une utopie. »
Ce miracle deviendra réalité si nous renouvelons, à l'instar du Professeur Jean-Marie Pelt, notre crédo dans l'écologie et les valeurs de solidarité, d'équité, de promotion de la paix et d'alliance avec la nature qu'elle véhicule. « Nous avons une écrasante responsabilité dans un monde qui a idolâtré l'argent et qui l'idolâtrera d'autant plus que la vie sera plus difficile. Nous devons faire contrepoids en apportant les valeurs qui pourront sauver la situation », souligne le Président de l'Institut Européen d'Ecologie.
Alors, enfin, reconnaîtrons-nous qu'un ours polaire ou un récif corallien a le droit d'exister sans avoir à justifier pour autant des services qu'il rend. Que les oiseaux, les petites fleurs et les moustiques ont leur mot à dire sur cette planète. Qu'ils méritent qu'on se batte pour eux. Juste pour eux.
(*) ENS : Ecole Normale Supérieure
Au cours de ces entretiens sont aussi intervenus Yvon Le Maho, Directeur de recherche au CNRS et membre de l'Académie des Sciences et Jacques Fleurentin, Président de la Société Française d'Ethnopharmacologie, qui ont rendu compte de leurs travaux passionnants et partagé avec nous leur réflexion.
Toutes les interventions, interviews et impressions sont disponibles en audio ici :
www.europa21.org/index.php?cat/18
Chaque fichier est aussi disponible sur la page des intervenants ou participants sur le site des Entretiens : www.entretiens-biodiversite.org/
Les JNE partenaires des Entretiens de la biodiversité
« Supprimer une espèce c'est changer le cours des choses, une atteinte à la liberté qu'a le monde de se déployer »
Jacques Blondel, CNRS,
conférence sur la biodiversité Janvier 2005
Concept
«Les Entretiens de la Biodiversité sont une approche originale visant à permettre aux constructeurs de l'information [...] de maîtriser tant les enjeux de la biodiversité, que ses interactions pour les sociétés humaines»
Les Entretiens de la Biodiversité sont un parallèle des Entretiens de Combloux sur le climat et les énergies.
Les grands enjeux planétaires que l'on retrouve au cœur des réflexions du développement durable comportent de multiples axes, intimement liés et interdépendants.
L'un de ces grands axes est la Biodiversité, dont le concept est particulièrement difficile à maîtriser, et dont les interactions elles mêmes, de part leur complexité, échappent à beaucoup d'entre nous, alors peu en mesure de saisir l'enjeu qui sous-tend : garder la terre vivable et permettre aux sociétés humaines de s'y maintenir.
Les Entretiens de la Biodiversité sont une approche originale visant à permettre aux constructeurs de l'information (Agences de presse, journalistes, présentateurs de journaux télévisés …) de maîtriser tant les enjeux de la biodiversité, que ses interactions pour les sociétés humaines, en s'entretenant directement avec les meilleurs scientifiques sur le sujet, les meilleurs spécialistes, maîtrisant eux mêmes les plus récentes données scientifiques disponibles.
La retraduction ainsi faite, dans les grands médias télévisuels, radiophoniques , et la presse écrite, permet alors aux citoyens de disposer et d'accéder à la bonne information, plus fréquemment, de mieux mesurer les enjeux et de participer plus activement aux projets de société devant prendre ce problème à bras le corps.
S'agissant du climat et des Entretiens de Combloux, la valeur pédagogique de l'exercice a déjà remarquablement porté ses fruits, et chacun peut remarquer depuis, en outre de plus fréquents sujets, la pertinence de leur traitement, la disparition des approximations, et l'exactitude scientifique des propos tenus.
Les Entretiens de la Biodiversité visent le même résultat pour contribuer à traiter, au mieux et au plus vite, le violent effondrement de la diversité du vivant sur la planète; effondrement dont les sociétés humaines seront les premières victimes
Les Entretiens de la biodiversité, en bref....
- du 6 au 8 juin 2008 en Lorraine, à Metz, à Nancy et au Domaine de Lindre.
- 20 à 25 journalistes de premier plan (télévision, radio et presse) vont s'entretenir avec les meilleurs spécialistes français.
- Le but ? Leur permettre de mieux construire l'information vers les citoyens.
Objectifs :
Les Entretiens de la Biodiversite ont pour objectif de fournir aux participants un état des recherches les plus récentes, de commenter les données de cadrage sur la biodiversité ainsi que les grands enjeux locaux et globaux qu'elle représente.
Sur le même principe que les Entretiens de Combloux (relatif aux énergies et au changement climatique), la Biodiversité est un sujet en apparence exotique, trop souvent réduite à des débats classiques, comme l'Amazonie ou les grands singes, qui, bien que fondamentaux, occultent l'idée que les problèmes, les enjeux et les solutions sont sous toutes les latitudes, dans tous les dossiers, à la clé de toutes les décisions.
La capacité biologique de la Terre, système fermé, a donc des limites, et la biodiversité qu'elle comporte est la l'origine de la quasi intégralité de ce qui a permis le développement des sociétés humaines : nourriture végétale, gibier et élevage, bois et énergie/construction, médicaments, fibres et vêtements, outils, sans parler des valeurs spirituelles qu'elle a inspirée aux hommes. Or, et à l'heure actuelle, nous assistons à une perte massive de cette biodiversité.
Pire. L'essentiel des espèces qui disparaissent ne sont même pas connues, ne portent même pas de nom et n'ont même pas été étudiées pour en connaître les spécificités, les principes actifs et molécules dont bon nombre sont des solutions potentielles pour le bien être de l'humanité.
«Il s'agit d'un capital. Et un capital se préserve, se gère.»
Les thèmes abordés :
1 - L'homme et la protection de la nature par François LETOURNEUX
2 - L'équlibre et les écosystèmes par Robert BARBAULT
3 - Le monde marin par Yves PACCALET
4 - A quoi sert la biodiversité par Yvon LE MAHO
5 - La biodiversité végétale par Jean-Marie PELT et Jacques FLEURENTIN
Les Organisateurs :
Les Entretiens de la Biodiversité sont placés sous la présidence scientifique du Professeur Jean - Marie PELT, Président de l'Institut Européen d'Écologie.
L'idée originale est une initiative de Patrice COSTA – Grand Reporter à l'Est Républicain, naturaliste – qui a permis de constituer un groupe d'organisation comprenant :
Le Professeur Jean-Marie PELT et l'Institut Européen d'Écologie. Président et garant de la pertinence scientifique des Entretiens, il est aussi intervenant et plus particulièrement chargé de constituer le groupe de scientifiques des Entretiens.
Patrice COSTA – Grand reporter à l'Est Républicain, naturaliste, rédacteur en chef de la revue En passant par la Lorraine et auteur d'ouvrages sur la biodiversité lorraine. Il est plus particulièrement chargé des intervenants scientifiques avec le Professeur JM PELT, et des journalistes avec Fabrice NICOLINO.
Dominique VALCK - Directeur de l'Agence Lorraine de Développement Durable pour les Territoires, ancien directeur et concepteur du Conservatoire Botanique National de Mascarin à La Réunion. Sa structure s'est vue confier l'ensemble de l'organisation des Entretiens de la Biodiversite, la conception du site Internet, des cahiers des Entretiens, de tous les éléments de valorisation et de sortie.
Fabrice NICOLINO est journaliste à Terre Sauvage, chroniqueur à La Croix et écrivain. Conseiller éditorial du groupe Bayard, il est aussi l'auteur, avec François VEILLERETTE, de Pesticides,Révélations sur un scandale français (Fayard, 2007) et de La faim, la bagnole, le blé et nous. Pour les Entretiens de la Biodiversité, il est en charge, avec Patrice COSTA, d'identifier et inviter les journalistes.
Les intervenants :
Professeur Jean-Marie PELT
Président de l'Institut Européen d'Écologie.
Professeur Robert BARBAULT
Directeur de l'Institut d'écologie fondamentale et appliquée de L'École Normale Supérieure.
Yvon LE MAHO
Directeur de recherche au CNRS, membre de l'Académie des Sciences.
Docteur Jacques FLEURENTIN
Président de la société Française d'Ethnopharmacologie
François LETOURNEUX
Président du comité français de l'UICN
Yves PACCALET
Naturaliste, philosophe Journaliste et écrivain.
Les participants :
Marie-Sophie BAZIN
Brigitte BEGUE
Georges BOURQUARD
Frédérique BRACONNOT
Francine BUCHI
Denis CHEISSOUX
Patrice COSTA
Philippe BOHLINGER
Michel VALENTIN
Julie DELFOUR
Marc GIRAUD
Françoise LATOUR
Catherine LEVESQUE
Jean-Christophe MARTINEAU
Carine MAYO
Jean-Claude NOYE
Xavier BROUET
Le Progrès de LYON
Jacques PRADEL
Didier ROSE
Catherine STERN
Jean-Marc TOUSSAINT
Anne CHAON
Dominique MARTIN FERRARI
Ruth STEGASSY
Cyril BIGNAULT
Le journal de la Haute-Marne
Appartenant aux média :
TF1 – Dernières Nouvelles d'Alsace – 20 minutes – Est Républicain – Figaro madame – Le Dauphiné – La liberté de l'est – Le parisien – Europe 1 – AFP - Planète Thalassa – Prier – France Inter – France Culture – JNE – Marie-Claire Maison – Le journal de la Haute-Marne – Viva – TV Hebdo - Wapiti – Le Républicain Lorrain – Le journal de Saône-et-Loire – Actes Sud Junior – Plongeurs International – Energie Plus – Le progrès de Lyon – Panda Magazine – Environnement Magazine – Terre Sauvage – Gaia Network – Echos Système – Le bien public…
Ont contribué à la première édition des Entretiens de la Biodiversité :
• Partenaires institutionnels :
Conseil Général de Moselle, Communauté Urbaine du Grand Nancy, la ville de Metz.
• Entreprises Partenaires :
Décor Jardin, Crédit Agricole de Lorraine.
• Partenaires scientifiques et techniques :
Institut Européen d'Ecologie, 3D Territoires, le groupe EBRA, JNE.
Plus de renseignements ?
Secrétariat Permanent
3D Territoires, Agence de Développement Durable pour les Territoires
17 rue Laurent Bonnevay
54000 NANCY
Tel/Fax : 03.83.96.16.95
Mail : contact@3dterritoires.org
Site : www.entretiens-biodiversite.org